ANALOGIES ET DIFFÉRENCES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX
nélides dont on connaît )e système nerveux, et que, d'après mes observations, Ivs points ocubires noirs de quelques néréides représentent réellement un renflement infundibnliforme du nerf optique tapissé de pigment noir, il est tr^s vraisemblable que les planaires, et, en général , les animaux inférieurs qui possèdent de semblables points oculaires, ont aussi des nerfs optiques et par conséquent un système neneux.
L'opinion qn*on s*était formée de la simplicité de la structure chez les petits animaux des dernières classes peut être considérée comme complètement réfutée par les recherches des modernes, en particulier par celles d'Ehrenberg. Aucun animal ne peut se passer d'un certain degré de composition : tous ont besoin d'organes sensitifs, moteurs, assimilateurs. La petitesse nimpose aucune borne à la structure, jusque dans les éléments des tissus. Il faut admettre que l'organisation est complète dans toutes les classes ; ses degrés ne sont relatifs qn'au nombre des moyens qui servent au but, et à la multiplicité des rapports d'un animal avecle monde extérieur. A cet égard, on trouve des différences dans toutes les classes. Mais, pour ce qui concerne les facultés intellectuelles, la nature a établi des gradations qu'on ne saurait méconnaître , et qui sautent surtout aux yeux, dans la classe des vertébrés, par les nombreux degrés que le cerveau parcourt,, eu égard à son développement et à l'augmentation de sa masse, depuis le dernier de ces animaux jusqu'aux mammifères et à l'homme.
Les animaux ne diffèrent pas des végétaux uniquement par le sentiment et la faculté d'exercer des mouvements volontaires. Ces attributs modifient nécessairement aussi les autres qualités qui appartiennent en commun aux deux grandes séries d'êtres organisés : c'est ce que Cuvier a très bien développé dans l'introduction de son Anatomie comparée. Les végétaux, attachés au sol, absorbent immédiatemet, par leurs racines, les parties nutritives des liquides qui pénètrent en eux, tandis que les animaux, qui, pour la plupart, ne sont pas fixés dans un lieu, mais peuvent changer de séjour, ou du mains, comme les ])olype8 d'un polypier, saisir leur proie, étaient obligés de |>orter avec eux une provision de sucs nécessaire à la nutrition : adssi la grande majorité d'entre eux ont-ils reçu une cavité intérieure, dans laquelle ils font pénétrer les substances destinées à leur servir d'aliments, et dans les parois de laquelle s'implantent, chez les animaux supérieurs, les radicules des vaisseaux absorbants, qui, pour nous st»r>ir d'une expression tr(»s convenable de Boerhaave, sont de véritables racines intérieures. L'anus manque chez c<Ttains animaux, et il y en a même chez lesquels Vexistence de l'intestin est douleuse. Cependant Mehiis prétend , contrairement à l'opinion commune , que les taenias cmt un estomac vasculiforrae, qui commence à l'étroite ouverture de la bou- ( he et ne tarde pas à se bifurquer. Il assure aussi que l'étroit canal, divisé en deux branches, qui était connu depuis longtemps chez les échinorhynques, est également un intestin. Un autre motif encore rend nécessaire l'existence d'une cavité particulière destinée à la première assimilation : c'est que la nourriture des animaux doit commencer par être dissoute. Celle des plantes est gazeuse et liquide ; elle consiste en acide carbonique, en eau et en ammoniaque. Celle des animaux, qui consiste en combinaisons organiques déjà existantes, a besoin d'cMre préparée , comminuée, dissoute; ce qui fait que la digestion est une assimilation préparatoire des aliments dévolue aux animaux seuls.
^0 paokègomLnes. V
Le iiiouveiiieiit du suc nourricier est beaucoup plus simple chez les végéUuxque chez les auiiuaux, et jamais il n'y a là de cœur, c'est-à-dire d'organe moteur spécial pour pousser Je liquide dans les diverses parties. On remarque, chez certaines plantes simples, un mouvement rotatoire du liquide dans l'intérieur de segments ou dans des ceDules. Corti a découvert ce mouvement dans les Chara^ où il a été revu par Fontana, les deux Treviranus, Amici, C.-H. Schultz, Agardh, RaspaiL 3lcyeu en a remarqué un analogue dans les cellules du Vallisneria spiralis et dans les poils des fibres radiculaires de VHydrochaïus morsus ranœ. Enfin on Ta aperçu dans d'autres cas encx)re, au milieu de circonstances à peu près semblables. C'H. Schultz a découvert un mouvement progressif du suc dans les plantes su- |)érieures |)ourvues de vaisseaux (1) : c'est, suivant lui, une circulation complète, ascendante dans certains vaisseaux , descendante dans d'autres, et les deux couraiits communiquent ensemble par des branches transversales. Le microscope iait apercevoir ces courants dajis les feuilles détachées de la plante. L'observation est décisive quand on opère sur des feuilles qui tiennent encore à la tige vivante, où moi-même j'ai vu les deux courants opposés, dans la chélidqine. Le fait constaté par Dutrochet que, quand, après avoir versé de l'eau dans un cylindre de verre mince tenu perpendiculairement, on chauiïe inégalement les côtés de ce cylindre, il s'établit un mouvement de rotation ascendant et descendant, ne saurait expliquer le mouvement du suc dans les végétaux. Les causes de ce phénomène sont encore totalement inconnues. 11 ne s'exécute point de mouvement vibratile dans l'intérieur d<*s vaisseaux. Chez les animaux, au contraire, les causes de la circulation et des mouvements du suc nourricier sont la contraction d'un organe central , le cœur, et quelquefois aussi le mouvement vibratile. L'ascension des liquides dans les vaissi'aux lymphatiques de ces êtres est indépendante de l'une et de l'autre circonstance, et paraît tenir à une impulsion a tergo, qui résulterait de l'absorption dont les radicules des lymphatiques sont le siège. Quelque chose d'analc^ue a lieu, chez beaucoup de plantes, dans l'ascension de la sève par les forces des radnes. On ne sait pas encore bien positivement si une circulation complète est un attribut absolu des animaux; ce qu'il y a de certain, au moins, c'est que jusqu'à présent nous ne connaissons ni cœur ni vaisseaux chez beaucoup d'animaux inférieurs.
I^ respiration des végétaux et des animaux offre une différence fort importante. (Ihez les végétaux et les animaux les plus simples, la respiration a lieu par toute la surface du corps. Chez les animaux composés, au contraire, cette surfaœ ue su£Qt pas au conflit avec Tatmc^sphère, et il y a nécessité d'un organe qui, dans un petit espace, offire une surface respiratoh*e énorme à l'air ambiant. Les produits de la respiration diffèrent aussi dans les deux règnes.
(Jk'z les végétaux, une partie de l'assimilation consiste en ce que les combinaisons binaire, l'acide carbonique (carbone et oxygène) et l'eau (hydrogène et oxygi*ne) sont converties eo combinaisons ternaires de carbone, d'oxygène et d'hydrogène, qui constituent la substance végétale. Les feuilles décomposent l'acide carbooiqiie contenu dans lair, de manière (pie k» carbone et une |)artie de l'oxygène se combinent avec la plante, tandis que la plus grande partie de l'oxygène retourne
<l) VtUréem hrtulamf Jr» .StffirM im, Schodlkiutui. Berlin, 1823. —C.-H. Schulti, Die \itmr der Uh^ménfim Pfaw^eti. Brrlin 1823. — AnmaUs des 3r. niff., L WI! , p. 75 et 79*
ANAL(K;IKS et DlFKf:R£>CES DES VÉGÉTAUX ET DES ANIMAUX. /il
dans l'atmosphcTc ; mais pendant la nuit, à Torabre, et quand les plantes sont nia- Me» ou flétries, celles-ci s'emparent d'une partie de Toxygène de Tair, et exilaient de Facide carbonique, moins toutefois qu'elles n'en prennent durant la journée (1). Suivant Liebig, ce dernier phénomène, qui a lieu dans l'obscurité, ne peut être considéré comme un acte vital, attendu que les plantes vivantes ne se comportent pv alors autrement que ne le font les parties mortes de végétaux.
La respiration et l'assimilation ne forment donc, chez les végétaux, qu'une seule et même fonction, accomplie par les feuilles; la première semble n'être ({ue le correctif de la seconde. Chez les animaux, les deux fonctions sont confiées à des organes tout différents. JLes animaux ne s'assimilent pas de substances gazeuses ni de combinaisons binaires ; mais l'oxygène amené par la respiration sert à changer la nature des matières organiques introduites dans le corps par d'autres voies.
Le règne végétal et le règne animal sont enchaînés l'un à l'autre, tant par leur mode d'assimilation que par la nature inverse du changement qu'ils détenninent dans l'atmosphère. Les plantes sont nécessaires aux animaux, parce que seules elles ont le pouvoir de produire des combinaisons organiques avec les composés inorganiques, qu'en conséquence ce sont elles qui lntn)duisent, dans la grande économie de la nature, ces nouveaux matériaux qui passent ensuite d'elles aux animaux herbivores et de ceux-ci aux carnivores. Les végétaux, au contraire, font leur profit des produits de la décomposition des animaux morts, l'acide carbonique et l'ammoniaque.
I^ respiration des plantes enlève continuellement à l'air une |)arti(* de l'acide carbonique exhalé par les animaux, et lui restitue de l'oxygène. Les animaux respirent à leur tour l'oxygène que les végétaux ont exhalé. De cette manière, sans le monde végétal l'air serait irrespirable pour les animaux; mais le conflit des j)lantes et des animaux l'entretient dans un état de composition toujours à peu près le même, c'est-à-dire formé de soixante-dix-neuf parties d'azote et vingt et une d'oxygène,
Knfîn, comme les plantes ne possèdent qu'une manifestation simple de la force organique, savoir, la végétation , elles n'ont pas besoin d'organes autres qu(» les racines, la tige et les feuilles : toutes leurs parties, à l'exception des organes de la fnictification , se ressemblent parfaitement , puisque le rapport simple de tige à f<'uDles va toujours en se multipliant, et que les organes fructificateurs ont de l'analf>gie avec les feuillets et se transforment même quelquefois en feuilles. Comme, en outre, les végétaux ne montrent, avant la fructification, qu'une répétition de j>arties similaires, dont les commencements sont unis en un ensemble dans le tronc, (cs parties possèdent l'aptitude à devenir indépendantes lorsqu'elles ont été sépar«'»es; car, indépendamment de la fructification, il y a ici une propagation continuelle par voie de rejetons. Chez les animaux, au contraire, le conflit de la circulation du sang, de la respiration et des nerfs est absolument nécessaire à la vie. Les nerfs provoquent les mouvements respiratoires , mais ils n'agissent |)as si le sang n'a respiré, et le sang n'afflue à toutes les parties, par conséquent aussi aux nerfs, que sous l'influence des contractions du cœur, qui elles-mêmes dépendent
'1) TiEDEHJi.>x , Physiologie t Irad. par A.-J.-L. Jourdaii,t. I, p. 290.— GitBy, iïiiiMÔ. pkilos. Journ.y I. VII, 1821.
un PROLÉf^OMÈNES.
du sang vermeil et de l*action nerveuse. Le cerveau, le coeur et le poumon aoiil donc en quelque sorte les principaux engrenages de la machine organique, engrenages mis en mouvement par le renouvellement de matériaux auquel donne lien la respiration. L'accroissement ne consiste pas non plus en une pousse extérieure de parties nouvelles, semblables aux précédentes, mais, la plupart du temps, en un grossissement du tout par augmentation de volume de toutes les parties internes et externes qui avaient été formées en premier lieu. Les animaux ne cnnssent pas ^néralement à la manière des végétaux : il n'y a que les polypes composés qni croissent par gemmation. La plupart des animaux ne sont pas des agr^ts de parties similaires, unies par un tronc ; mais ils renferment des parties douées de qualités tout à fait différentes, des organes divers, qui rendent impossible une pi*opagation par sé|)aration de parties croissantes, à moins que les parties qui se séparent ne contiennent encore les organes essentiels du tout, conrnne chez les polypes et quelques vers.
Le parallèle qui vient d'être établi n'avait qu'un seul but, celui de montrer comment l'existence de nouvelles qualités, chez les animaux , modifie les fonctions que ceux-ci i-ossèdent en commun avec les végétaux.
Cependant, quelque différents que les animaux, à l'état adulte, soient des Totaux, leur organisation |)rimitive n'en repose pas moins sur les mêmes éléments organiques : c'est ce qu'on sait depuis peu seulement , par l'importante découverte de Sciiwann (1). Schwann a reconnu que les tissus des animaux sont partout composés, d'abord, chez l'embryon, de cellules analogues à celles des légétaux, ayant comme elles un noyau appliqué k leur paroi , et se développant autour de ce noyau primitif, absolument comme Schleiden a découvert qu'clks le font dans le rt»gne végétal. Mais de nouvelles cellules se produisent les unes en dedans, les autn's en dehors des celliUes déjà existantes, dans la substance-mère des cellules, c'est-à-dire dans le cytMasfhne, On voit apparaître d'abord , dans ce cytoUastéme, des corps granulés, la plufiart du temps aplatis, parfois aussi arrondis, an milieu desquels s'en fait presque toujours remarquer un plus gros, le imcleuM. Ces nouveaux corps se trouvent donc, les uns au dehors, les autres en dedans des cellules déjà existantes, dans le cytoblastème qui les entoure ou qu'elles renfermenL Autour du noyau se forme ensuite la membrane de la jeune cellule, à laquelle il s(»rt en quelque sorte de ct/toblnste. Une fois la cellule formée, le noyau demeure placé à sa paroi interne, et parfois il est résorbé plus tard.
Di* cette manière, les cellules des animaux et des végétaux , en tant que parties formatives de tous les tissus et du germe lui-même, possèdent une vie propre andedans du tout. Elles naissent et produisent leurs semblables en elles-mêmes : sou- \ent h» microscope en fait découvrir plusieurs générations ensemUe, les celluksmères étant pleines de jeunes cellules, qui , à leur tour, contiennent des celhiles pins jeunes encore, ou de jeunes nopux , comme dans les cellules du cartilage. Ct^s cellules sont aussi les porteurs des forces actives dans le travail de la vie; dtes ont la puissance de métamorphoser les substances placées auprès d'elles, c'est-àiWw ))08sèdent ce qu'on a appelé |iouvoir mMaholiqur, et souvent se n^mplissent
(1) .ViJbnisfiiptsfAf Vntertuehmnfen utbtr die L'ekereinstimwiMn§ imiir Struetur mut ém f^tckstkum der Tkiert mmà êtr PfmxtH. Berlia, 1888.
SYSTÈMES ORGANIQUES DES ANIMAUX. kZ
le matières particulières, par exemple d*amidon, comme on Tobserve surtout chez es végétaux pendant le cours de leur développement. Elles agissent aussi dans là irogression des sucs végétaux, et chez les animaux elles paraissent être les partiules actives dans Tabsorptioii et la sécrétion, car les surfaces animales en offrent Mutout où s*opère soit une résorption, soit une exhalation. Les cellules primitives onservent leur forme dans beaucoup d'organes, par exemple dans les divers épihéllums, dans le tissu cartilagineux, dans les glandes, dans les cellules de la graisse H, du pigment Souvent aussi elles passent à d'autres formes, par leur allongement ^n filaments, qui donne naissance au tissu celinlaire , ou par la réunion de pluieurs d'entre elles en cylindres, comme dans les musdes et les nerfs. Il existe lussi, dans certains liquides, le sang et le jaune de Tœuf, par exemple, des partiules douées d'une actioâ vitale, qui appartiennent à la catégorie des cellules.
Systèmes organiques des animaux.
La comparaison des animaux avec les végétaux avait conduit les anciens à la néthode suivant laquelle ils examinaient les fonctions des premiers de ces êtres.
Les fonctions qui semblent Otre communes aux uns et aux autres portent le nom X organiques ou vitales : elles ont pour but de produire et de conserver toutes es parties de TensemUe; ce sont des lïianifestations de Taflinité organique qui se )roiionccnt parmi les effets de la cause essentielle de la vie. Les fonctions qui iistinguent surtout les animaux, le sentiment, le mouvement, la pensée, parais- •ent être le but de Texistence animale : ce sont elles qui caractériseraient l'aninal, quand bien même il ne devrait durer qu'un seul instant Les anciens les ont ppelées animales, par opposition aux précédentes. Une troisième série de phéomènes embrasse les fonctions qui amènent la formation de nouveaux germes ans un individu, la séparation et l'accroissement de ces germes, et qui par coniqnent tendent à conserver l'espèce, malgré le caractère périssable des individus.
Cette division a des avantages; mais elle peut aussi donner lieu à un malentendu, a force qui détermine le développement du germe est la môme que celle d'où ^pendent le maintien du tout et la reproduction; d'après cela, assimilation, molité et sensibilité seraient en quelque sorte les forces fondamentales. Mais on peut * demander si cette division n'est pas purement artificielle.
En effet, les trois formes principales de manifestation de la vie animale ne sont ue des phénomènes divers d'une seule et même force essentielle, qui dépendent p la différence de composition des divers organes. Il y a quelque chose d'absurde .se figurer que la force reproductive engendre la substance nen ciise , pendant le les effets du nerf une fois formé sojpient les conséquences d'une force diffé- 'nte de celle à laquelle il a été redevable de sa formation. La cause première de
vie, qui agit dans les animaux , crée toutes les parties qui entrent dans l'idée on être animal , et produit en elles le niode de composition dont le résultat est
faculté de se mouvoir et celle de sentir, c'est-à-dire la faculté cx)nductrice d'iniressions qui se propagent à un centre de perce])tion et de réaction. I^s produits e cette force unique, de ce primum movens, qui engendre et reproduit sans cesse mtes les parties, sont, les uns, aptes h opérer des transformations de matières estinées k être conduites plus loin pour servir aux besoins du tout, d'autres des
orgaiies de iocomotiou, el d*autrcs encore des organes par le moyeu des((uels onl lieu les actions de tous ks organes sur un centre commun et les réactions de celui-ci sur eux. Les premiers sont les organes de la nutrition; les autres, les muscles; et les derniers, les nerfs. Il y a, en outre, des }>arties auxquelles l'activité créatrice et reproductive ou la cause fondamentale de tous les organes, ne fait acquérir d'autres propnétés essentielles que des qualités physiques de solidité, d'élasticité, de viscosité, etc., comme les os, les cartilages, les ligaments, les tendons.
Ainsi, par exemple, les glandes acquièrent par la nutrition et la reproduction l'aptitude à attirer certaines parties du sang dans leur voisinage, à les combiner de nouveau et à les éliminer. Les mêmes actes de nutiition et de reproduction procurent aux muscles la faculté d'attirer leurs propres molécules, ou de se mouvoir sous l'influence de certaines causes, et cette faculté n'est pas uik^ force fondamentale différente de la force génératrice. La force primitive de formation et de reproduction donne également aux nerfs l'aptitude à faire naître les phénomènes vitaux qui leur sont propres, et leurs facultés ne sont qu'une simple conséquence de leur production. Mais il parait souverainement absurde de regarder la reproduction comme une sorte d'état d'indifférence ou de neutralité de la force motrice et de la force sensitive.
Si on laisse de côté les parties auxquelles le travail organique de leur continuelle re4)roduction ne fait acquérir que des qualités physiques d'élasticité, de solidité, etc. , on peut caractériser de la manière suivante les propriétés des autres principaux systèmes chez les animaux.
1" Organes qui, dans l'intérêt du tout, cliangcnt la composition des liquides, comme les organes sécfétoires, les vaisseaux sanguins et lymphatiques, les pumous. Le phénomène particulier qu'offrent ces organes est non pas la nutrition, car elle appartient à tous les organes, mais le changement de h combinaison organique dans les liquides qui entrent en contact avec eux , et ce changement résulte des manifestations de l'affinité organique.
2" Organes nmsculeux , qui se contractent à l'occasion de certaines influences , et dont les fibres se raccourcissent, en se frisant, sur le point où a lieu un chang(Mnent de la substance musculaire. Ilaller appelait irritabilité la faculté que les muscles ont de se contracter par l'effet d'impressions mécaniques, chimiques et électriques. L'irritabilité hallériennc ne peut être attribuée qu'aux parties niusculeuses, taudis que d'autres parties se distinguent par des phénomènes d'une autre eiijK'ce d'irritabilité. Quelques écrivains, abusés par les mots, ont fait de celte idcc d'iiTitabilité une formule pour des fictions arbitraires, de sorte qu'on en est venu à prier même d'une irritabilité dans les nerfs, comme s'il était possible que tantôt l'irritabihté et tantôt la sensibilité de ces tkrgancs changeât. Dans le corps vivant, les effets des nmscles ont constamment heu sous l'influence des nerfs umsculairci^, et tout ce qui change légèrement la composition des nerfs détermine en quelque sorte une décharge de la force nerveuse, ayant pour résultat la contraction des muscles. De là vient que l'étude des mouvements, des spasmes et des paralysies ramène en grande partie à examiner les lois des effets qui se passent dans les nerfs. Le mouvement a lieu dans tous les changements matériels, dans la génération , la nutrition, la sécrétion : une affinité organique entre les humeurs et les organes de-
JRRÏTAniUTf: DES ANIMAUX. 45
Irrmîiio dos mmivoinents d<» hirgosrenco ; il faut doiir hion se fçardiT do ronsid^Tor les muscles comme les seules i>artics susceptibles de se mouvoir ; mais les parties inusculouses et ailles qui s'en rapprochent sont Jî's scniles qui se meuvent par conti-actiou et frisi*nicnt de leurs libres; toutes celles qui ne peuvent pas se contracter ainsi, et qui n'appartiennent pas essentiellement à la classe des muscles, doivent h plupart du temps leur mobflité h de la substance musculaire éparse, principalement à des fibres musculaires, comme les conduits excréteurs des glandes, qui se contractent, ainsi que je le ferai voir.
3* I^es nerfs ont la faculté de provoquer des mouvements dans les nmscles, par de petits changements qui échappent aux sens de Tobservateur. Ils ont aussi celle de conduire tout changement survenu dans leur propre état au ceneau, organe central d'où partent des influences sur tous les autres organes ; c'est là ce qu'on appelle sentir. Des sensations n'ont lieu qu'autant que les nerfs communiquent avec le cerceau. Beaucoup de nerfs qui partent du cerveau et de la mot»lle épinière sont, par ces deux organes, excitateurs de mouvements volontaires, tant qu'ils communi(|iient avec les centres, tandis que, snit avec, soit sans cette communication, ils provoquent aussi des contractions involontaires dans les muscles, lorsque leur état vient i subir quelque changement. Quant aux parties mobiles qui dépondent du Rrand sympathique, elles sont soustraites à l'empire de la volonté et soumises seulement d'une maniée conditionnelle au cerveau et à la moelle épinière, avec lesquels le nerf communiqué indirectement, c'est-à-dire par l'intermédiaire de véritables nerfs cérébraux rachidicns. C'est dans les nerfs que les forces organiques montrent la plus grande mobilité, saus mouvement de la masse }X)ndérable, et leur action est nécessaire à l'accomplissement de toutes les fonctions, car tontes les pailles réagissent sur le cerveau et la moelle épinière par des changements sur-» V(*nus clans les nerfs, comme aussi elles éprouvent de la part de ces centres cer-* taines influences néc<ïssaires à leur propre action.
Ces trois systètnes organiques s'engrènent de mainte façon les uns dans les autre.s. Tous les organes ne sont sensibles que par les nerfs qui entrent dans leur tissu ; ceux qui servent à la métamorphose chimique des liquides ne sont contractiles, lorsqu*ils p<»uvent se contracter, qu'en raison des fibres musculaires é^iarses dans leur tissu ; tous ceux enfin dans lesquels, indépc^ndamment de qualités vitales particulières, il s'accomplit des sécrétions de lit[uides pouvant servir au tout, ont à cet oflca des tissus spéciaux. C'est ainsi que, dans les organes des sens, certains tissus particuliers sont chargés de produire aussi des sécrétions liquides.
Irrilabililé des auimaux.
Les lois de l'irritabilité des êtres organiques ont déjà été examinées en général dans le paragraphe précédent, où j'ai déterminé le rapport qui existe entre les înritanisdcla vie et la manifestation de l'activité. Ici je vais étudier déplus près les lois de l'irritabilité chez les animaux, quoique, dans l'état actuel de la scienc<>, il soit à peine poœible de répandre quelque lumière sur ces difliciles problèmes, dont la solution serait cependant si à désirer, attendu que, à ce point de vue, la médecine est en droit de se montrer fort exigeante envei-s la physiologie.
Oiie la force organiqne soit le résultat du mélang(> de matières pondèrabl<s et
iinpoiidérabl(*8, ou que ce soit eile-uiôuie qui détermine et inaiutieune la compo sition de la matière organique, uou3 voyons qu'il y a des circonstances où elle peut s'accroître dans certains organes ; les actions sont alors plus intenses et |^us durables, comme on Tobserve dans l'appareil génital durant la grossesse et pendant la période du rut La force oi^anique diminue aussi dans le bois , auparavant organisé, du cerf, quand cette excroissance mçurt, et elle reprend une nouvelle vigueur lorsque le bois repousse. Toute partie qui est plus animée reçoit davantage de sang, et le sang s'y métamorphose plus qu'ailleurs en matière organisée. Tiedemann dit (i) qu'un organe irrité subit des changements plus rapides dans sa composition matérielle, et par cela même attire avec plus de rapidité et en plus grande abondance le sang, qui seul est en état de déterminer un accroissement d'énergie dans les manifestations de la force. Quand, au contraire, une partie 8rganique souffre qudque dommage par un changement matériel , il s'y déploie une activité plus grande pour remédier à ce dommage, pourvu que la décomposition de la partie organique n*ait pas été portée trop loin. Les corps organiques passèdent constamment la faculté de maintenir le mode de composition des parties qui est nécessaire à U vie du tout Toutes les fois que cette composition est lésée, la tendance dont il vient d'être parlé se manifeste. Ceci ressort déjà de l'aiiome que les corps organiques cherchent continuellement à faire équilibre aux influences chimiques. Voilà pourquoi le sang aiDue en plus grande quantité à une partie blessée, car l'actiWté organique s'est accrue dans cette partie. On reconnaît dans l'inflammation le conflit entre la force organique accrue, qui cherche à faire équilibre au commencement de décomposition, et la tendance déjà existante à cette déc4>mposition.
(le cas et beaucoup d'autres, même déjà seulement la lassitude et l'épuisement qui succèdent à de grands efforts, nous montrent que la force organique est eu quelque sorte consommée par l'exercice des fonctions. On en a encore la preuve après la mort; car, lorsque, prenant deux lambeaux égaux de muscle sur un animal qui vient d'être tué, on provoque de petites convulsions dans l'un avec la pointe d'un couteau, tandis qu'on abandonne l'autre à lui-même, on voit le premier perdre d'autant plus tôt son inilabilité qu'il se meut da\'antage (2). Toute impression de lumière émousse Tœil pour ainsi dire, et la même excitation, reproduite après, ne donne lieu à une réaction égale que quand l'œil s'est rei)osé. On pourrait attribuer le phénomène à ce qu'une partie de la force sert à réparer les changements matériels provoqués par la stimulation : mais cette fatigue arrive aussi dans le cas où l'activité augmente sans stimulant extérieur, pourvu seulement que la force ne soit pas accnie en même temps. Il semble donc que cette activité elle-même produit un changement matériel dans les organes, peut-être parce ([ue la nutrition continuelle de la substance par le sang respirant, san^aquelle il n'y aurait pas plus de vie que lie combustion sluis décomposition, est accellérée ou augmentée, taudis que lai reproduction aux dépens des aliments ne peut s'effectuer que peu à peu, à la façon du r^'.pos api'ès la fatigue. iMais, eu général, plus un homme est actif et plus la décoittposition des substances semble être grande, plus aussi l'individu a besoin d'ail-* ments. Les hommes et les animaux qui sont morts à la suite d'un violent dépioîe-
(1) Physiologie, t I, p. 408.
(3) AoTfcKutni, PkffsMogie, 1 1, p, 6S»