CEKAEAU
ventricule ipanquent généralement, et le cervelet, qui possède moins de fenîBels que celui de l'homme , a aussi, la plupart du temps, moins de volume; mais les touffes sont plus développées^omme chez les oiseaux, et, de môme que chez ces animaux, eUes occupent souvent une fosse particulière creusée dans le rocher. Les lobes olfactifs, que l'on remarquée Textrémité antérieure des hémisphères du cerveau des oiseaux, existent encore chez les mammifères, dont les tubercules oUxtàh diffèrent des neiTs olfactifs de l'homme en ce qu'ils sont creux et que leurs cavités communiquent immédiatement avec les vfntricules latéraux du cerveau*
Forces du cerveau et fiicull^ de rame en général.
Le cerveau des animaux grossit de plus en plus , depuis les poissons josqal rhômme, en raison du développement^s facultés intellectuelles. D'après les énluations données par Carus, sa masse ^t à celle du corps : : 1 : 720 dans la kHe, :: 1 : 1305 dans le brochet, :: 1 : 1837 dans le bars, :: 1 : 380 dans la salamandrt, :: 1 : 2260 dans la tortue terrestre, :: 1 : 91 dans le pigeon, :: 1 : 160 ém Taîgle, :: 1 : 231 dans le serin, :: 1 : 82 dans le rat, :: 1 : 351 dans la brekis, :: 1 : 500 dans l'éléphant, :: 1 : /i8 dans le gibbon, :: 1 : 25 dans le Simiacapucina. D'après Sœmmerring, le plus gros cerveau d'un cheval pèse une livre etsqpt onces, et le plus petit d'un homme adulte deux livres cinq onces et demie; cepesdant les ner& qui sortent de sa base sont près de dix fois plus gros dans le cheial que dans l'homme. Le cerveau d'une baleine de notre Muséum, longue de srâarie et quinze pieds, pesait cinq livres cinq onces et un gros, tandis que, smaA Sœmmerring, celui de l'homme pèse depuis deux livres cinq onces et demie jusqu'à trois livres une once sept gros. Si l'on pense que la moelle épinière dimbiK beaucoup moins chez les animaux inférieurs, puisque sa masse est à celle du coipi, par exemple : : 1 : /i81 dans la lotc, :: 1 : 190 dans la salamandre terrestre, : : 1 : 305 dans le pigeon, et : : 1 : 180 dans le rat, il devient manifeste que k développement des facultés intellectuelles dans le règne animal dépend de la fom du cerveau, et non de celle de la moelle épinière. Les variations considérables qv la proportion subit dans une seule et même classe nous prouvent que le volumeè cerveau, en général, n'y est pas non plus rigoureusement calculé dans la vœè dominer la masse du corps, et qu'il faut chercher, non pas en lui , mais dask moelle épinière, la force des appareils moteurs nécessaires pour exercer la àatt nation sur les masses musculaires (1).
Cependant toutes les parties du cerveau ne marchent pas, dans le règne aniiiBl, d'un pas égal avec le développement des facultés intellectuelles. La prépondéma de cet organe chez les animaux supérieurs se rattache surtout à raccroissemeil des hémisphères. Le ceneict a bien, chez ces animaux, un volume proportioid plus considérable que chez les animaux inférieurs; mais la proportion est beaucof
(1) Voy. les recherches de Leuret ( loc, cit. ) sur le poids et le volume de Pencéphaleà poissons (p. 158), des reptiles (p. 236), des oiseaux (p. 288) et des mammifères (p. ki^\\i résultat est ( p. 588) que le volume absolu du cerveau n*est pas dans un rapport nécessaiicaB le développement de Tintelligence , non plus que le poids de Tencéphale comparé à oda à corps , ni le poids du cervelet , de la moelle épinière et de la moelle allongée comparé à cdoà cerveau. (Soie du tnd.)
pins faible. Les tnbercoles quadrijumeaux'sont proportionnellement plus petits chez rhomme, et la moelle allongée, avec ses ramifications dans le cenreau, n*est pas, proportion gardée, plus grosse chez lui que chez aucén animal. Cette partie amène également, chez tous les animaux , toutes les fibres nerveuses du tronc cntTer au cerveau. Cette circonstance seule nous prouve (fue le cerveau contient des i)arties qui ont la même signification chez tous le» animaux, et qui ont partout la même importance pour la vie ; en effet, la lésion de la moelle allongée est également mor« teUe chez tous les animaux, parce qu*ellc afffecte en quelque sorte le centre de la Tie et de tous les mouvements volontaires , tandis que la lésion des hémisphères apporte bien moins de trouble dans les fonctions chez les reptiles que chez les êtres doués de facultés intellectuelles supérieures.
Sans entrer, dès à présent, dans Texamen des forces que les diverses parties du cerv eau possèdent indépendamment des altitudes intellectuelles, nous allons commencer par rechercher le rapport qui existe entre les facultés de Tâme et Tencéphalc en général. L*anatomie comparée nous montre déjà que nous devons chercher dans le cerveau la source des facultés iutellectueUes ; les expériences sur les animaux et Thistoire des lésions de ce viscère comparées h celles d'autres organes le confirment. Il nous faut donc démontrer que les fonctions de l'âme ne s'accomplissent dans aucune partie du système neneux, ni du corps en général, autre que le cerveau.
Quant à ce qui concerne d'abord les nerfs, les conséquences de leurs lésions prouvent qu'une fois séparés du cerveau, ils sont également soustraits à l'influence de la volonté, et que l'animal n'a plus la conscience de leurs états. A ce point de Tue, la moelle épinière se comporte comme eux : toute lésion de cette colonne soustrait à l'influence du cerveau, et par suite à l'empire de la volonté, tous les nerfs qui naissent au-dessous du point où elle a lieu , tandis que ceux qui prennent leur origine au-dessus de ce point et le tronçon supérieur de ceux sur le trajet desquels on a pratiqué une section, peuvent encore apporter des sensations à la conscience et recevoir du cerveau les ordres de la volonté. La portion antérieure du tronc de la grenouille, derrière la tête séparée du corps, continue de sentir et de se mouvoir volontairement Ainsi la section n'a rien fait perdre de ses forces à l'organe du pouvoir intellectuel ; elle a seulement diminué l'étendue des parties sur lesquelles il règne, absolument de même qu'en perdant ses membres, l'amputé conserve ses facultés intellectuelles, et perd seulement les moyens de les manifester par des actions.
Toute autre partie quelconque du tronc peut encore moins que la moelle épinière être le siège des fonctions de l'âme. Les membres peuvent être amputés et les les viscères frappés de gangrène, c'est-à-dire de mort, sans que Tâme perde rien de sa lucidité, aussi longtemps que la vie persiste en pareil cas ; il arrive même quelquefois qu'après l'apparition de la gangrène, dans une maladie inflanunatoire, la conscience reprend sa netteté , qu'elle avait perdue. Nous ne devons pas être surpris de ce que le délire survient souvent dans les affections pblegmasiques, puisqu'en quelque partie du corps que ceUes-ci s'établissent, même dans celles don l'amputation ne porte aucune atteinte aux facultés intellectuelles, eUes peuvent, lorqu'elles sont violentes, exercer une très vive impression sur le sensorium commune. Une forte inflammation à la peau provoque le délire : pourquoi la même
762 GKRYSAU.
chose n*aurait-cUc pas lieu daps rinlhmiuatioD d'une viscère? et cq)eiidinl ttMile partie de la peau peut être enlevée , avec le membre entier» sans que rime s*« ressente. Mais, que cette viqiente impression d'une partie malade sur les orgaoei centraux vienne h cesser par Teffet de la gangrène ou de la mort de Torgane, aussitôt tombe le voile qui couvrait en quelque sorte le sensorium commune^ et la conscience peut redevenir claire et nette pendant le court espace de temps qui s'écouk jusqu'à la mort définitive. On parvient de cette manière à démontrer qu'aucun des viscères logés dans le bas-ventre ne saurait être le siège des fonctions de Fâme. Les maladies inOammatoires des organes importants contenus dans la cavité tboracique, les poumons et le cœur, peuvent causer la mort avant même d*avoir porté le troubk dans le scjisorivvi. CeiK'ndant les aiïeclious chroniques de ces viscères et leurs dégénérescences démontrent jusqu'à l'évidence qu'ils ne sont pas non plus lesirge des facultés de l'âme. Le phthisique i^ perd rien de ces facultés, malgré la cbtruction totale de ses poumons. L'homme atteint d'une maladie du cœur iieui éprouver une anxiété extrême, comme il arrive toujours quand la circulation est troublée ; mais ses fonctions intellectuelles conservent leur intégrité. Ainsi tons In oi^anes, à Texception du cerveau, peuvent, ou sortir lentement du cercle de l'économie animale, ou périr en peu de temps, sans que les facultés de Tâme subisseoi aucun dérangement
Il en est autrement du cerveau. Tout trouble lent ou soudain de ses fonctions change aussi les aptitudes intellectuelles. L'inflammation de cet organe n*est jamab sans délire, et plus tard sans stupeur. Une pression exercée dans le cerveau {hdprement dit amène toujours le déliie ou la stupeur, suivant qu'elle a lieu avec on sans irritation , et le résultat est le même , qu'elle soit déterminée par une piècr d*os enfoncée, ou par un cor|)s étranger, de la sérosité, du sang, du pus. Ui mêmes causes , suivant le lieu sur le{|uel poite leur action , entraînent souvent b perte du mouvement volontaire ou de la mémoire. Dès que la pression cesse, dès que la pièce d'os est relevée, la connaissance et la mémoire reviennent fréquemment ; ou a même vu des malades reprendre la série de leurs idées au point joitf où la lésion l'avait interrompue. Les lésions du cerveau, chez les animaux , déterminent la stupeur et la perte de connaissance ; de même , la plupart des aliénés ont cet organe atteint de désordres matériels considérables (1) , quoiqu'il y ait néanmoins des cas, surtout dans la folie héréditaire, où les changements matérids subis par des fibres d'une ténuité microscopique, échappent à tous nos moyens d'investigation. On a objecté, il est vrai, que certains sujets ont présenté des destructions considérables , par exemple de tout un hémisphère , sans que leurs facultés intellectuelles fussent altérées ; mais les ex|)ériences sur les animaux prouvent que les lésions , même subites , qui |)ortent sur un seul hémisphère , n*entrahient pas sur-le-champ une stupeur complète , et que celle-ci ne se manifestr qu'après l'ablation des deux hémisphères ; ce qui semble annoncer que ces deni portions du cerveau s'entr'aident réciproquement et peuvent même se suppléer l*une l'autre dans l'exercice des fonctions de l'âme.
Plusieurs savants distmgués , Bichat et liasse entre autres , sont d'une opinion
(i) Conê, Pakchappe, Recherches 9vr renvcphale, su str^iclme, ses fonctions et ses mâUikv Çpris. 1. 1,1836 U H, 1838.
CKRV£AU« 763
dirccteiDciit contraire à la mienne. Quoiqu'ils reconnaissent que le cerveau est le riége des hautes fonctions de l'âme, ils prétendent cependant que d'autres organes encore, par exemple ceux du bas-ventre et de la poitrine, prennent part jusqu'à un certain point à ces fonctions. Ils ont même de la propension à croire que le siège des [Kissions pourrait bien résider dans les viscères, et ils se fondcmt tant sur les aiïections que ceux-ci éprouvent dans les passions que sur les altérai ions morbides qu'on découvre en eux dans certains cas d'aliénation mentale. Assurément, Iç canal intestinal, le foie, la rate, les poumons, le cœur, sont fréquemment malades chez les aliénés, et ils le sont même quelquefois dans des circonstances où le cerveau ne présente aucun changement matériel appréciable. J'accorde aussi que la maladie d'un viscère |x*ut, connue toute autre cause occasionnelle, donner lieu à la manifestation d'un dérangement de l'esprit. Mais je ne conclus pas de Ik que tel ou tel viscère soit la source de certaines passions. Pour amener une maladie mentale cpielconque, il faut unr prédisposition dans le cerveau ; quand cette prédisposition, acquise ou surtout héréditaire, existe, tout désordre prolongé qu'une maladie d'un viscère quelconque provoque dans les fonctions des organes centraux, en vertu de l'impressiou que ces derniers ressentent, et des lois de la propagation des états nerveux dans la moelle épinière et le cerveau, suiBt pour faire éclater l'aUénation mentale, absolument de même que toute partie du corps dont la perte ne porte aucun préjudice à l'âme, peut cependant, aussi longtemps qu'elle jouit de la vie, donner lieu à un délire sympathique par la transmission vive de sa disposition maladive au cerveau. De là vient aussi que, dans les délii*es de ce genre, Tétàt normal se rétablit à la cessation des troubles matériels dans les viscères qui Influent de loin ou de près sur l'encéphale.
Quant aux rapports entre les >iscères et les passions, on no |)eut pas les nier sans doute; mais tout ce qui les concerne est encore enveloppé d'une grande obscurité. Il règne, dans cette partie de la physiologie, des opinions, assez généralement répandues, qui s'éloignent fort peu des simples traditions populaires. On sait qu'en vertu d'un changement d'état qui a lieu dans le cerveau, les |)assions exercent une action tantôt excitante et tantôt déprimante sur tout le système nerveux. Les passions excitantes sont accompagnées de tension et même de mouvements convulsifs dans certains muscles, principalement dans tous ceux qui dépendent du système respiratoire des nerfs, le nerf facial y compris ; les mouvements de la respiration changent au point de produire les pleurs, les soupirs, le hoquet, et les traits du >isage se déforment. Dans les passions déprimantes, telles que ranxiélé, la crainte, la frayeur, tous les muscles sont relâchés, parce que rinfluence motrice de la moelle épinière et du ccr>eau sur eux diminue : les jambes ne soutiennent plus le corps, les traits de la face sont affaissés, l'œil est fixe, et l'effet peut aller jusqu'à la paralysie momentanée de tout le corps, principalement des sphincters. Les mouvements du cœur s'accélèrent dans les deux genres de passions; mais les premières leur impriment en même temps plus de force , tandis que la plupart des autres les rendent plus faibles. Les sensations sont changées dans certaines parties, notamment dans l'organe de la vue, dans l'appareil de la respiration, et dans celui de la digestion, souvent même dans le système nerveux entier. Les effets organiques des passions modifient la sécrétion de la glande lacrymale; celle de la peau, qui ?e rouvre d'jinc siieur froide dans les passions déprimantes; c<îHe
de 1.1 bile, i[ui transsude fréquemnicnl â travers les parois des i aisseaui, et pnM ainsi l'ictcre; t'cUe enfin de l'urine, qui détient aqueuse, comnie dans toatoln aiïections aeneuses. Ils modiOeat égalemeoi les actions des petits vaisseaux, et pr lï changent l'iHat de tui^escence de la peau, qui lanttït rougit et tantôt pilîL En sa mut, l'inOuence des passions porte d'abord sur les aerfs de la respiration, le Uâii. le vague, les rachidiens respiratoires et le phrénique, puis, par la moelle f piniJ'it, Btff le nystème entier des nerfs rachidiens, tant ceux de la vie animale que ceia de la vie organique. Mais, en laissant de côté les mdjtions, je ne cotuiais riea qm établisse que, chez l'homme en santi^, une passion agisse plus sur un or^ne que sur un autre. On dit que te cœur a des relations avec la joie, avec le cbagrin, iMt l'anxiélé; mais quelle est la passiou tant soit peu vive, excitante ou déprimaDlE, dans laquelle son modcd'action ne change pas? lien est de lui comme des orgioa lacrymaux, qui peuvent être afTectËs dans toute passion violente, puisqu'iu nil souvent le chagrin, la odére, la joie, l'admiration, l'émotion, la tristesse, lacrùitt, l'imxiélé. U frayeur s'accompagner de pleurs. On a prétendu que le Toie étaîl ii par une étroite connexion à la colère et au chagrin. C'est une assertion lijrt akcienne, (|iii a passé dans un grand nombre d'ouvrages, même physiologiques, mû qui est absolument fausse, il y a sans doute des personnes dont le foie se tmtn affecté quand elles ont épronvË l'une ou l'autre de ces deux passions, dont le usa devient jaune, qui ressentent des douleurs dans l'hypodiundre droit, ou (pij ntot sont atteintes d'hépatite ; mais ce phénomène u'a lieu qoe quand leur foie est diji malade, ou lorsqu'elles ont une prédisposition innée aux affections hépatiques. U |)lupart du temps, rien de semblable ne s'observe aprf's la colère ou le chigriQ, S j'en appelle là-dessus à l'expérionce des lecteurs. Combien d*hommes qui. api s'être mis en r^rc ou avoir éprouvé des contrariétés, ne ressentent lien da tilt (lu foie, mais souffrent, les uns de l'estomac, les autres du cœur, c'est-à-dire de l'ot^nc le plus impressionnable chez chacun d'entre eux? Il en est de mi^ ta autres passions. Aucune n'agit régulièrement sur le foie, sur l'estomac, sur le cœur, de préférence aux autres viscères ; chez l'homme bien portant, leurs eStb se propagent en rayonnant du cerveau à la moelle épinière, et de celle-ci an qv tème nerveux, tant de ta vie animale que de la vie oi^nique. Tout ce qui arriitde spécial est purement individuel. On serait tenté de croire qu'il appartient en propc ï la pudeur de rougir la peau du visage en délciniinant une accumulation du sug dans les pi'tils vaisseaux ! mais beaucoup de personnes rougissent de dépit, finpatience, tandis que d'autres pâlissent par l'elfet de la honte, du dépit, de b aiitt, tout aussi bien que par celui de la crainte et de la frayeur. Les persoimes «Me d'une complexion hépatique sont les seules chei lesquelles une passiou viokBIt entraîne l'ictère ou l'hépatite. En un mot, les effets des passions sur les dcnr» r^ons des jiarties dépendantes du ccneau ne fournissent aucune preuve à TqfB de l'hyiwthèse dont les partisans prétendent que les passons cUes-méatrg, «»« général c<-riaiues opérations de l'âme, ont leur siège hors de l'encéphak;
Si l'aoatomic comparée, la physiologie et la pathologie se réunissent pour ttm obliger h recoimaltre que le cerveau est l'unique siège des etTets de l'âme, que W nerfs sont les excitateurs de ces elfets, et que toutes les autres parties éprouvai les effets des nerfs, elles ne démontrent cependant qu'une seule chose, c'entqv l'âme a^it au moyen de l'organisation cérébnlc ; mus il oc résulte pas je tt Qt
CKRVEAV. 765
le siège de son essence soit uDiquement le cenean. L'âme poiinolt fort bien ne pouvoir accomplir des actes et reccToir des influcnMS que dans un organe de structure déterminée, et cependant ttre ré)>anâiie d'Une manière générale dans l'organisme.
Je vais signaler des faits qui prQu^cnt d'uuc manière pércmptotre que l'âme, bien qu'elle n'agisse que dans le cerveau, n'est toutefois pas bornée entièrement ï cet organe. Deux sulTisont pour en donner la démonstration.
1° Les animaux inférieurs, tels que les planaires, les polypes, les anuélides, sont divisibles; il y a plus même, certains polypes et certains annélides, comme les tiaîdes et les néréides, se reproduisent par division de lenr corps. Ce fait nous montre que le principe vital est divisible avec la matière, pnisque de tronçons séparés naissent de nouveaux individus. A la vérité, on ne peut pas dire de ces êtres qu'ils sont animés dans le même sens que les animaux saptrieurs; cependant chacun des tronçons a sa volonté jimprc et ses appétits particnliciï; or, c«mme, |)Our Reolir, il faut de la conscience et de l'attention, nous avons la preut e que l'âme de ces êtres inférieurs, qu'il y ait ou non identité entre elle et le principe vital, est susceptible, comme celui-ci, de se diviser avec la matière.
2* L'âme est divisible, ainsi que le principe* de la vie, inËme cliez les animaux supérieurs et le plus haut placés dans l'échelle, sans excepter l'homme. Les animanx supérieurs et l'homme ne produisent piade nouveaux individus animés par division d'eux-int-mes en plusieurs tronçons, mais ils engendrent par production de la semence chez le mSlc et du germe chez la femelle, De quelque manière que puisse s'accompbr la génération du nouvel individu par la rencontre du germe de la femelle et de la semence du mâle, nous savons que cette seule rencontre suffit, chez les poissons, les grenouilles, les salamandres, pour donner lieu à la production d'au nouvel individu, sans nulle participation ni du niîle ni de la fenielle, puisqu'il suffit même que l'art opère le rapprochement, comme l'apprennent les expériences de Spallanzani. Ainsi, le germe de la femelle et la semence du mule renferment tout ce qui est nécessaire pour la manifesution du principe viul individuel et des fonctions de l'âme des animaux. Le germe et le sperme, ou l'un des deux, doivent donc contenir le principe de la vie et celui de l'ittue â l'état pour ainsi dire latent ; car, autrement, ces princijM^s ne pourraient point se manifester à la naissance du uoHvel individu, tir, nous sonmies obligés d'admettre que les choses si' passent de la m<!me manière chez les animaux placés au sommet de l'éciielle et chez l'homme, c'est-à-dire que le sperme et le germe renferment toutes les condiliaos nécessaires à la génération d'un nouvel être vivant et animé, et que tons deux, ou l'un des deux, contiennent â l'étal latent le principe de la vie et celui de l'âme. Peu importe, quant au fond de la question, que le nouvel individu se développe horsdu corps de la mère, comme chez les ovipares, ou dans son intérieur, comme chez les vivipares.
Nous voyons, par cette série de faits et de raisonnements, que, bien que les animaux supérieurs et l'homme ne procréent plus de nouveaux individus vivants et animés par division de leura propres corps en plusieurs tronçons, ils sont cependant encore divisibles quant au principe de la vie et au principe de l'âme, en ce sens qu'une partie de leur matière , représentée par les liquides générateurs, est animée de ces principes, soit que ceux-ci différent l'un de l'autre , soit qu'ils ne fas-
766 CKRVtAU.
stMit qu*iin. Mais, les choses se |)assant ainsi, le principe de l*ilmc n*estéTidenh ment point t)omé au cerveau ; il existe, quoique à l*état htcnt , dans des parties qui sont éloignées de Tencépliale et séparables du tout. C'est I2i ce que je louUi établir.
Le ])rincipe de la vie et le principe de Tâmc arrivent-ib, & Tétat latent, du cerveau à la semence ou au germe par la voie des nerfs, ou bien sont-ils répandus, ï rétat latent, dans le sang, ou bien enfin sont-ils dispersés, toujours à l'état latent, dans le corps entier, tandis qu'ils n*agi8sent el ne reçoivent les effets d'autres parties que dans le cerveau, seul appareil organisé d'une manière à leur permeUredr déployer librement leur activité? Toutes ces questions ne peuvent recevoir de réponse. I^ solution même serait indifférente pour les recherches qui bous occupent actuellement. Il nous suffit de savoir que le sperme et le germe doivent contenir, non seulement la force nécessaire pour produire un individu vivant , maisencorr le principe de l'âme du nouvel être h l'état latent. Il nous suffit de savoir que de» parties du corps autres que le cerceau panici|)ent au principe de l'âme, maisqne c« principe ne déploie sa liberté et son activité que dans le cerveau, parce que li il trouve l'organisation nécessaire tant pour recevoir les impressions des condocteurs sensibles que pour agir sur les forces d'autres parties, sur les appan*ik moteurs. La conscience, la pensée, la volonté, la passion ne sont possib1(*s que dans If cerveau, et, quoique le principe duquel émanent les idées, les pensées, etc., eiiite à l'état latent dans le germe fécondé, il faut que ce germe animé crée l'organisation entière de Tencéphale. Chez l'acéphale, c|ui s'est nourri et qui a vécu dorait le cours de la vie intra-utérine jusqu'au moment de sa naissance, l'organe qw le germe animé avait produit pour la manifestation de l'âme à une époque pin éloignée, a été détruit (par hydropisie) d(s avant qu'il eût les conditions requises pour que le principe de l'âme pût sortir de son état latent , |>our que les facultés de l'âme pussent so manifester.
Comme, ainsi que nous l'avons vu , l'existence de l'âme ne dép^^nd pas de Tintégrité de l'organisation du ceneau , puisqu'on démontre qu'elle doit exister, bien qu'à l'élat latent , ]us(|ue dans le germe rejeté par le corjMi maternel , il suit de B qu'un changement dans la texture du cer\'eau ne saurait modifîer l'essi^nce de l'âme, et qu'il ne jKîut que contraindre son activité à des actions maladivcsi LVtivité seule de l'âme dépend de l'intégrité de la structure anatoniiquc etdclacoo- ]X)sition chimique du cerveau. Le mode d'action et l'état do l'encéphale marchant toujours parallèlement l'un à l'auliv, le second détermine toujours le premier; mais l'essence de l'âme, sa force latente, eu tant qu'elle n'a iniint à se manifesier. ne paraît dépendre d'aucun changement du cerveau. Si l'on s'en tient h ces idées, on c^upe court à toutes les discussions sur la cause finale des maladies mentaK sur la part qu'y prennent le cerveau el l'âme, et le médecin n'a plus à s'occuper, dans toutes les aberrations des facultés intellectutîlles, que du changement matériel qui oblige l'âme à des actions morbides , ou qui l'empêche d'agir. Dans l'idiotisme, même le plus profond, [wr cause de microcéphalie (1), nodsnepmh vont point supposer une maladie innée de l'âme, un défaut primordial du |râripr moral; à coup sûr le germe contenait la disposition aux plus hantes perfectiomtif
(1) Le microcéphale du mvate de Berlio n^atait, k l*état oomplélemenl adulle , que 14 </> onces de cer?eau.
CKRVEAr. 767
ce princii)e j mais le» développement incomplet du trerveau a rendu impossible celai des aptitudes supérieures de rintelligence, de même que, chez l'homme le mieux conformé, un changement soudain de Tétat du ceneau frappe instantanément de maladie les manifestations do I*âme, ou la forc« môme de faire repasser •OD énergie à Tétat latent, d'où elle ressort souvent aussi nette que par le passé, après Téloignement de la cause morbifique.
Comme la matière change toujours en même tem|)s que l'activité, il \a sans dire qu'une activité anomale de l'âme, soit une certaine direction communiquée à l'esprit par le genre de vie habituel, soit un état violent déterminé par des circonstances particulières, doit réagir aussi sur l'organe de l'âme. De quelque imi)ortancé qu'il 9oit alors, pour le médecin , d'éloigner ces causes, l'état des organes n'en demeure pas moins, là comme partout, l'unique objet de ses soins, et les bourrellements de la conscience dont s'occupent certains praticiens fanatiques ne constituent pas Tesaencc de la maladie mentale ; ils ne peuvent être considérés que comme une des nombreuses causes qui la déterminent.
Le principe vital, d'où l'organisation entière part dans le germe, et qui produit aussi l'organe pour l'action du principe do l'âme, diiïère-t-il essentiellement de c«lui-€i , ou bien l'activité de l'âme n'est-elle qu'un modo particulier d'action du principe vital? I^ physiologie empirique ne saurait arriver à la solution de ce problème. Nous savons que le principe vital peut continuer d'agir sans manifestations de rime, car il entretient jusqu'à la naissance la vie même des monstres privés de de cenoau et de moelle épinière. On ne peut pas conclure de là que le principe de l'âme diffère de lui , quant à l'essence ; car nons avons déjà vu qu'il y a, même hors du cer\'eau , un état latent de ce principe dans tout corps animé. Mais on n'en doit pas conclure non plus que le principe de l'âme n'est qu'un mode des effets du principe vital. Nous voyons seulement, ce qui nous est prouvé aussi par la création de l'embryon entier avant le dévelop|>ement des facultés de l'âme, que l'activité de cette dernière n'est point nécessaire à la manifestation du principe vital. D'un aatre cAté, nous savons tout aussi positivement que l'activité de l'âme n'est point poaaibic , dans un corps animal , sans le concours du principe vital , car c'est ce dernier qui crée et qui entretient l'organisation cérébrale , sans laquelle elle ne pourrait s'eicrcer.
L'hypotlièsc que la vie morale n'est qu'une manifestation du princi|)e vital des corps animés en général, peut alléguer en sa faveur que le principe de l'âme ne se manifeste pas dans une seule classe du règne animal , chex l'honune, et qu'on le retrouve jusque chez les animaux les plus inférieurs; car l'âme appartient à tout c« qui jouit de la vie animale, à tout ce qui éprouve des sensations et on a la conscience, h tout ce qui se fait des représentations ou des idées, à tout ce qui conçoit des désii*8 et se fait une idée, tant de leur objet que de leur satisfaction, enfm à tout ce qui est déterminé à des actes de volonté, soit par des idées, soit par des désirs. En élargissant ainsi le cercle des phénomènes de l'âme, on les découvre effectivement jusque chez les animaux placés au plus* bas degré de l'échelle : on voit même paraître aussi les passions chez les animaux supérieurs. D'un autre côté, l'hypothèse d'après laquelle le principe de l'âme est indépendant du principe vital invoque à son appui que toute une classe d'être organisés vivants, celle des plantes, n'offre aucune trace de phénomènes moraux. Cependant ]'ob}èction disparaît en
admettant que là le côté moral du principe vital se trouve à Tétat latent, et, si vm hypothèse n'a pour elle que de pouvoir expliquer un grand nombre de faits, dk est neutralisée par une autre, qui explique tout aussi bien ces faits.
Les deux principes s'accordent , quant à leurs effets , en ce que leurs phénomènes peuvent i6tre ce qu'on appeUe la raison; mais la raison, dans la vie monk, n'est que la simple conscience de ce qui est raisonnable, sans nulle influ^ice créitrice sur l'organisation , sur la matière , et la raison , dans l'activité du principe vital, est la production de l'organisation convenable à la nature animée. La raint qui s'exprime dans l'organisation de l'être le plus simple remporte peut-^tre ca sublimité sur ce que la conscience d'un être animal ou d'un homme peut se représenter de plus élevé. Cette activité créatrice a trouvé la solution de tous les problèmes de la physique. Nul problème de la physique de l'ouïe, de la vue, ne demeure caché à la nature qui crée l'organe de l'audition ou TceiL Elle est aoai h cause de l'instinct, c'est-à-dire la cause qui fait que , dans le sensoriwn d'un animal, naissent des songes qui lui imposent des actions raisonnables , nécessaires à sn existence, sans que l'âme de cette créature entrevoie rien de cet acte de raison e( de sa liaison avec les effets qui en sont la conséquence.
. S'il y a un vrai motif d'admettre que la vie morale des créatures animales n'est qu'un mode de manifestation de leur principe vital, c'est que les deux genra d'effets peuvent être l'expression de la raison, que la production de l'organisalîoi du plus bas animal par le développement du germe est l'expression de la plus hante raison, et que ce qu'il y a en cela de raisonnable surpasse de beaucoup toos ki effets moraux dont cette créature a la conscience. Stahl fait émaner toutes les actions animales de l'âme, parce qu'elle sont conformes à un but Cette âme de StaU, si la vie morale, telle qu'on la conçoit généralement, en dépend ou en émaae, diffère beaucoup de ce qu'on a coutume d'appeler la vie morale ; elle est bien supérieure. On voit sans peine que la théorie de Stahl repose sur TintuitioDdela force qui agit d'après les inspirations de la raison dans tous les êtres vivants , et qu'il considérait comme une émanation de cette première cause d'une créatorece que nous sommes dans l'usage d'appeler vie morale. Mais, pour que cette opînioo soit exacte, ce dont on ne saurait donner la démonstration empirique, il faut ae pas perdre de vue que l'âme qui a la conscience et qui pense n*embrasse qa'iUK petite partie des effets de cette âme supérieure, agissant conformément à la raison, qui est, en définitive, la cause d'un créature, et qui prévoit, dans son organisa* tion, dans ses penchants instinctifs, tout ce qui pourra lui arriver pendant M conflit avec le monde extérieur.
Moelle allongée.
La moelle allongée met le cerveau en rapport avec la moelle épinière. Il importe donc beaucoup au physiologiste de bien connaître la marche des cordons dont elle se compose. Burdach a répandu plus de lumière que personne sur cft objet intéressant, dans son excellent Traité de la structure et des fonctions do cerveau (1). On distingue aujourd'hui les cordons suivants dans la moeDe all<u^
1° Les pyramides. Des fibres fondamentales et des fibres de décussation fes
(i) Vom houe uni Ubendiê gehArnB^ Leipsig, 1819»
MToduisent d'après Bnrdach. Len premières sont sîtaécs à la face antérieure du x>rdon central gris ; elles forment la ptiroi postérieure de la scissure antérieure le la moelle épinière, mais se portent obliquement d'arrière en avant, à la région lu cou, depuis trois pouces et demi jusqu'à dix-huit lignes du pont de Varole; le manière que, constituant d'abord les parois latérales de la scissure de la face intérieure de la moelle épinière, elles finissent par se placer, des deux côtés de cette scissure, sur la face antérieure de la moelle, et qu'eDes se prononcent à la partie interne de son cordon interne et antérieur. Les fibres de décussation sont an bras du cordon latéral de la moelle épinière, qui passe derrière l'olive, monte obliquement de dehors en dedans et d'arrière en avant, et se montre à la surface, avec les fibres fondamentales, sur le côté de la scissure antérieure de la moelle, à on pouce au-dessous du pont 11 n'y a que les fibres de décussation qui se croisent, c'est-à-dire qui passent d'un côté de la scissure à l'autre , et s'appliquent aux fibres fondamentales du côté opposé. Les fibres des pyramides se continuent avec les pédoncules du cerveau, à travers les faisceaux des fibres transversales du pont de Varole.
2^ Les cordons siUquaires (funiculi siliquœ) sont, d'après Burdach, les faisceaux fibreux marchant au côté interne et au côté externe de l'olive , qui ne se montrent point à nu sur la surface de la moelle épinière. L'interne naît des fibres médullaires de la scissure antérieure de cette dernière, qui sont rejetées en dehors par la pyramide , dans l'endroit où sort celle-ci. L'externe est la portion extérieure des cordons antérieurs de la moelle au côté interne de la série des racines antérieures. Les deux cordons demeurent appliqués l'un contre l'autre jusqu'au point où l'olive sort entre eux. Les cordons internes traversent le pont avec pyramides, pour se continuer avec les pédoncules cérébraux. Les externes, marchant de bas en haut et de dehors en dedans, gagnent la partie supérieure des prolongements supérieurs ascendants du cer>'elet { processus cerebelli ad corpora quadragemina), et ainsi la base des tubercules quadrijumeaux.
3"* L'olive naît de l'expansion du cordon gris antérieur de la moelle allongée. En cet endroit, il se détache du cordon gris une vésicule grise et plissée, pleine de substance blanche, et qui est aussi revêtue de substance blanche à l'extérieur. Cette vésicule et son noyau médullaire présentent, quand on les coupe en travers, la figure connue sous le nom de corps dentelé de l'olive.
li^ Le cordon latéral {funiculus lateralis ) de la moelle épinière fournit les fibres de la décussation des pyramides , en dedans et au commencement de la moeUe allongée ; le reste se porte, au-dessus de l'olive, dans les prolongements inférieurs descendants du cervelet {crura cerebelli ad medtdlam oblongatam), et en partie aussi à la région externe du sinus rhomboîdal.
5° Le cordon cunéiforme {funiculus cuneatus) naît des fibres médullaires couvrant les cordons gris postérieurs de la moelle épinière, fibres qui, placées au côté supérieur du cordon latéral, forment, conjointement avec les siennes, les prolongements supérieurs ascendants du cervelet {processus cerebelli ad corpora quadragemina). Ses fibres internes constituent les parties extérieures des parois du sinus rhomboîdal, et vont gagner le cerveau.
6** A la face interne et postérieure du cordon cunéiforme se trouve le cordon grêle (funiculus gracilis), dont la face latérale interne forme la paroi latérale de I. - li9
770 CËBVËAU.
la scissuro {)ostérieui*e, et dont une partie «'applique immédiiieiDtnt à la bcp correspondante du cordon de Tautre côté. Ce cordon se renfle à la pointe du ne rhomboîdal, et produit un tubercule daviforme.
Les cordons ronds {funîculi tereies) se montrent dans Técartement des coidoM grêles, comme parois latérales de la moelle épinière, pénètrent* entre ces wtm cordons, dans le sinus riiomboîdalt se portent en avant, séparés Tun de raotrcfar la scissure de ce sinus« dont ils forment le fond, et se continuent jusqu'au pouitov antérieur et inférieur de l'aqueduc (i).
Quant ai ce qui concerne les forces de la moelle allongée, je dois d*aboni fm remarquer que cet organe participe , en général, aux propriétés de la moelle épiniére. Il jouit, comme elle, du pouvoir réfleclif ; nulle partie même dncyHèoie nerveux entier n'est plus disposée que lui à produire des mouvements rétew; car les nerfs qui en naissent sont, de tous, C4i\i\ qui en déterminent avec k pks de facilité. La moelle allongée fait partie de l'appareil molcur, et aucune portisB du système neneux n'exerce autant d'influence qu'elle sur la production it> mouvements ; toutes les fois qu*on l'irrite , il sur>ient des convulsions daittlr tronc entier , que ses lésions frappent également de paralysie. 31ais les propriétés suivantes sont ce qui la distingue de toutes les autres parties des organes ceotran.
\^ Elle est la source de tous les mouvements respiratoii-es , comme le prooTcit les expériences de Legaliois. Quand on détruit le ceneau d'avant en arrière, àa un animal, la respiration ne cesse qu'au moment où Ton atteint la moelle alloogiée. C'est donc dans cet organe que réside la source des insi)irations périodiques, etdr tous les changements que la respiration éprouve par suite des initatlons ^à^j6^ sent sur les nerfs sensitifs des membranes muquc^uscs. Les {Missions influeit snr elle en excitant tous les nerfs respiratoires , le facial excepté ; en elle se trooreir principe provocateur des mouvements qui acconqiagnent ou déterminent l'actiiB de pleurer ou le rire, le hoquet, les soupirs, le bâillement , la toux , le vomisR' ment, mouvements dans Lesquels le système entier des nerfs respiraioirtsetda nerf facial sont toujours affectés. De même que leur point de départ est i b moelle allongée dans les passions , de même aussi ils peuvent être provoqués fv une action du sensorium sur cet organe , et ils le sont même souvent par de ïinples idées , comme les pleurs, le rire, le bâillement. La dis|)osition à bâiller ftfiil exister toujours lorsque les parties centrales du système nerveux se trouTeat dtfs un état de lassitude : si alors l'idée du bâillement se présente à l'esprit, parce (]iK nous voyons d'autres personnes bâiller, cette propension se réalise, et nous bilons. Dans ce mouvement, il y a affection du système des nerfs re^iratoireseldi nerf facial, tant des branches de ce dernier qui se portent à la face, que de cdf qui répand dans le muscle digastrique.
2"* La moelle allongée est le siège de l'influence de la volonté ; car, ainsi q« l'ont fait voir les expériences de Flourens , les animaux qui ont perdu les ièé-
(1) Coiif., sur la marche des fibres dans IVncépbale, Valbbitin, Traité de nétrvlop€% ttâpar A.-J*-L. Joardjn. Paris, iSdS. — Kovillb, Traité complet de Vanatomie , Jt la pkfridrf' §t del^pathologiedmêystèmenerveuT eéréhro^pinal, Paris, I84&. — ff. Guillot, £«^«M*" anatomique de Vorganisaiion du ceiitn nerveuse dam Uê quatre eiaemê d'mtimmMSiertâ'é, Paris , i84« — L. Hirscbfield, Névrolagie ou description et ieomofrm^hit du ajfMimimrtm^ dei organet des $ent. Paris, 4851.
tfbèrés da cenaan «mt hian frappég de stupeur » mai» ik aHuer^jCfii epcore la iiicalté d*exerGer det mouveiQaQti volontaires. D'an autre côté, la jouûaance im cette faculté leur reate également aprèi l'ablation du cervelet , qui n'enlève que Ténergie de» naouvementa et l'aptitude à des mouvements coordonnés de locomodon (1),
Z** Cet organe est aussi le siège de la faculté de sentir. Cette propo&ilion est dé*montrée non seulement par l'origine des nerfe cérébraux, qui tous, k l'exception du premier et du second, ont des connexions soit avec les prolongements que la (Doelle allongée envoie dans le cerveau, soit avec ce cordon lui-même , mais encore par l'histoire des lésions des parties cérébrales. Il résulte des expériences do Magendie et Desmoulins qu'un animal auquel on a enlevé les hémisphères du cer- .vaiu et du cervelet n'a pas perdu pour cela le sentiment L'ablation des hémisphères le prive des organes centraux de la vue et de l'odorat, et il devient aveugle ; jnais la conscience des sensations ne parait point être liée aux hémisphères cérébraux. Flourens a bien conclu de ses expériences sur l'enlèventent des hémispbàres du cerveau que ces parties sont les organes centraux des sensations , et que l'animal ne sent plus rien quand on l'en a privé (2) ; mais , loin que cette conclusion découle de ses expériences, c'est le contraire précisément qui en ressort» comme Cuvier l'a démontré dans son Rapport (3). Un animal auquel ou enlève les hémisphères du cerveau tombe dans la stupeur, mais il n'en donne pas moins des signes non équivoques de sentiment , et non pas seulement de mouvements réflexes : il ne se détermine plus de lui-même i se mouvoir ; mais, quand on le pousse, il montre les allures d'un animal qui se réveille ; si on lui donne nue antre position , il cherche l'équilibre ; mis sur le dos , il se redresse ; poussé en avant, il saute ; l'oiseau qu'on jette en l'air essaie de voler ; la grenouille exécute des sauUk L'animal n'a plus de mémoire, il ne réfléchit pas, mais il sent, et il réagit sur les sensations par des mouvements qui ne sont pas de simples phénomènes réflexeSb Cutier le compare avec raison à un homme endormi, qui, malgré Tétat de sommeil, sent, puisqu'il cherche enaureà prendre une ])osition commode {U).
Chex un être animé qui jouit de la santé, il faut bien distinguer les sensations de l'attention qui leiu* est accordée, de l'aptitude à en former des idées. L'attention
(i) Comp,^ sur les •céphalti dosés de auNivcBsent votoiHiire, Muillbi*s Arekie, 1834 , pu 46i.
(2} Dfiis ff première édilkm {Reck, $ur U syst. tierr., 1823, p. 136), Flourens disait que les lobes cérébraux sont le siège e&clusif de toute unêationt de toute volition, de toute inlctli- Benee. Cuvlcr, duns son rapport (fLooius, Reek, nr te sjfst, N«rv., i8&2, p. 78), ayant fjlt reflsarqUer que des npérlenoes H ressortait sculflaent que les hémisphères du oerveou sont lu féfliptMie wiique oft les seassUons ds la vue et de Toole pulsscot deveoir perceptibles pour l*Milmal, Floureaa, dans sa seconde dditlo* (p. 132), sabsUtua i^ moi pereepiiom à celui de «ifiMlio9, et d*aUleiirs ne changea rien à sa oodcIusIod. L*aiiimaU dit-il (p. 79), qui a perdu ses lobes cérébraux n'a pas perdu la sensibilité ; il la conserve tout entière. Il u*a perdu que la perception de ses sensations ; il ira perdu que Tlnteltigence. {Note du trad.)
(8) BoofHavd et Longet (Ànat, iu jysf. nerv., 1. 1, p. 6â8] affirment, d'après lenrs propre» etpérienoes, que rimpressionnabilité à la InmièraparsIUii «iwi les dsiivi, après l'ablathNi des séi#ra«g, (iVola du trad.)
(4) FuooisnSi AarA. exp, nw Uê fropr^ ti its fouet, dm 9ifêi, nerv» Parte, 1842, p. 78.
772 CEBVEAU.
paraît être une facalté des hémisphères da cerveau, dont la perte entraîne la bUk peur, sans abolir le sentiment Ub homme qui se porte bien peut, parmi un ccr* tain nombre de sensations qui ont lieu à la fois , ne consacrer son attention qsl une seule ; il peut la rendre dominante, faire que ce soit elle qui arrive à la osscience dans toute la plénitude de son intensité, et qui excite en lui des idées, taHb que les autres, bien qu*il en soit informé aussi, denaeurent vagues, parce que Fittention n*est point dirigée sur eUes. Nous sommes même en état de consacrer pin spécialement notre attention à telle ou telle partie d*une figure qui fait imprarâ sur ikotre sens de la vue, ce qui nous permet d'analyser les figures compiiqaée& Nous avons également Faptitude de suivre avec attention un seul des instraments de musique d*un orchestre , même le plus faible ; les sons rendus par 1b antres ne produisent alors en nous que des sensations vagues. Ainsi la netteté ia sensatioùs dépend du concours d*organes dont la destruction des hémiqdière cérébraux entraîne la perte, tandis que la moelle allongée est susceptible de senstions vagues et confuses.
Quelques physiologistes ont cm que la moelle allongée était l'organe central de toutes lê& sensations, comme elle est le si^e de la volonté. Je crois qu'il y a & m malentendu lorsqu'on n'appelle moelle allongée que la partie supérieure et nnffe de la moelle épinière, sans y comprendre ses probngements dans lé cerveau. Aaarémcnt, prise ainsi dans le sens le plus restreint, elle est l'organe central de tonln les sensatioas tactiles, et celles-ci ont lieu même après la perte du cerrojan, mis elles sont alors sans attention. D'un autre côté, il y a aussi, pour le sens de ia m et pour celui de l'odorat, des appareils centraux, qui résident dans les hémiaplièm du cencau. Après que ces derniers ont été blessés, la vue et l'odorat sont abolis, de même que la cécité succède aux lésions de la paire antérieure des tubercules quadrijumcaux , des couches optiques, et en général des parties profondes de hémisphères. Il semble donc que les organes ^centraux des divers sens aient me existence indépendante ; quoiqu'ils appartiennent en partie aux prolongements do système des cordons de la moelle allongée, leur action parait néanmoins pooToir s'exercer isolément, et ce n*est (^uc par le concours des hémisphères avec eux qi*i lieu l'attention, c'est-à-dire l'intuition claire et nette des sensations éprouvées par chacun d'eux. Voilà ce qui est vraisemblable pour le mouvement , bien que nous manquions encore de faits suffisants pour en administrer la preuve. A la vérité, il parait certain, d'un côté, qu'après l'ablation de raiq[>areil central pour la vue b sensations tactiles peuvent encore avoir lieu avec conscience, au moyen de la moék allongée; mais, d'un autre côté, nous ne savons pas si, après la perte delamofUe allongée, il peut encore y avoir des sensations dans les organes centraux daaotres aens. Après la lésion de la moelle allongée, la respiration cesse, et la vie setroore par là réduite à un minimum qui rend impossible de faire des ol)servatioiis iv b persisuince des sensations de ia vue, de l'odorat, etc. Mais ce qu'il y a de {dv probable jusqu'à ce jour, c'est que les hémisphères du cerveau, et non la modk allongée , sont les organes auxquels aboutissent les effets des différents appareils centraux des sensations, et où les sensations indépendantes les unes des antres sooi transformées en intuitions sensorielles.
Quant à ce qui concerne l'organe de l'ouïe, on admet ordinairement qn'i a pnr organe le plancher du quatrième ventricule, parce que c'est de b que
Jes flbres du nerf anditit Flourens prétend, au coutraire, que la faculté d'entendre cesse après l'ablation des hémisphères du cerveau, bien que les oiseaux puissent onrmre plusieurs mois à cette perte, conmie le prouvent ses expériences et celles de Hertwig. QuoJk[u'il puisse bien se Dure que les sensations auditives soient liées à l'intégrité du plancher du quatrième ventricule, cependant les fibres transvénales Manches du sinus rhomboklal, qui n'ont pas toujours, à beaucoup près, de connexions avec le nerf acoustique, et qui parfois passent manifestement an-dessus de la racine supérieure de ce nerf, pour aller se jeter dans le prolongement que le cervelet envoie au pont de Yarole, ne paraissent pas jouer, dans les sensations auditives, le rôle important qu'on leur attribue si souvent 11 existe dans le cabinet de Berlin le cerveau d'une jeune fille qui fut peu à peu paralysée de tout le corps» à la suite d'une chute sur la nuque et l'occiput , les stries médullaires transversales du plancher du tissu rhomboidal étaient couvertes d'une exsudation de fibrine, et cependant l'audition n'avait nullement souffert chez ce sujet (1).
Tnberctiles qaadrijamcaax.
Les tubercules quadrijumeaux des mammifères, et les lobes optiques des oiseaux, des reptiles et des poissons, appartiennent à l'appareil central du sens de la vue, amn que les couches optiques des animaux supérieurs. Si l'on enlève l'un des lobes optiques chez un pigeon, ou une moitié des corps quadrijumeaux chez un mammifère, la cécité a heu du côté opposé, mais l'iris de cet œil conserve encore pendant longtemps sa mobilité. C'est du moins ce qu'assure Flourens, car Magendie dit que l'effet n'a point lieu chez les mammifères. Les animaux tournent à plusieurs reprises sur eux-mêmes, et toujours du même côté où l'ablation a été pratiquée, ce que Magendie et Desmoulins ont aussi reconnu. Ce tournoiement, qu'on remarque également chez les grenouilles, paraît être la suite d'un vertige (2). Quand on bandait un odl à des pigeons non mutilés, ils tournaient aussi sur le côté de Toeil non bandé, mais bien moins brusquement et beaucoup moins longtemps que les jiigeons mutilés. La lésion des tubercules quadrijumeaux entraînait toujours des trémoussements convulsiis généraux et une faiblesse marquée dans les muscles du côté opposé à la partie enlevée.
Un phénomène digne de remarque, c'est que la contractilité de l'iris ne se perd point après la lésion superficieUe d'un lobe optique, tandis que l'abhtion complète de ce lobe l'abolit, et que toute lésion qu'il éprouve éteint la faculté de voir du côté opposé. Flourens l'explique en disant qu'une extirpation incomplète du lobe optique ne détruit pas l'excitabilité des nerfs optiques, parce qu'elle n'entraîne pas la destruction de toutes les racines de ces nerb. Or, les mouvements de l'iris dépendent de l'excitation du nerf optique; car, dès que Flourens irritait ceux-ci eux-mêmes, l'iris se contractait, et, après la section complète des neris mis à nu, h membrane ne se meut plus sous l'influence de la lumière. Cette explicatioa est exacte; mais on peut aussi concevoir d'une manière plus simple la persistance des
(1) Foy« FuGHift, De rariore encephalitidit eagu, Berlia , 1834*
(3) Cbfis. Kiicss , ZIe eerebri l^si ad motum voiuntarium rtlalhne ^ertafue vertigini» dircc» iiont m eertù eertbri laiionihuM pewUnH. Brariau , 1836.
77^ f:EliVËA(j.
ihoirveinenfs de l-iris par rirritation de ta Imnière après la léaioa MiperficîeUe di lobe optique d*nn côté; car il suffit déjà, pour que cette membrane se iiie«ve« qve lé nerf optique du côté opposé soit Irrité par la lumière, puisque, même dans TM de santé, Tiris d*nn œil se contracte quand la rétine de Tautre ceil vient à (tn irritée (1). Les expériences de Flourens ont été presque entièrement confiraoéa par celles de Hertwig (2). Elles font voir, en effet, qne la léaion partMte d*M ds ttibercules quadrijumeaux, chex les mammifères et les oiseaux, produit la Mtkm miTsculaire et la perte de la vue du côté opposé du corps ; qu*^le éteint bien h vue pendant quelque temps, mais que cette faculté revient ensuite; qu*elle n*aboÉ pas le mouvement de Tiris, cpri persiste quelquefois ; qu'une lésion plus profaide on nne extir|)ation totale entraîne la perte complète de la vue et des moovemeati dé Tirls; que la lésion des tubercules quadrijumeaux produit sar l'ail presque bi mêmes effets que celle des nerfs optiques; que letir lésion d'un seul côté dter mine dans le coté opposé du corps une faiblesse musculaire qui se dissipe au boit d'un certain laps de temps; qu'elle est accompagnée d'un tournoiement vertigiuni de ranimai ; eufm, que ces phénomènes sont les seuls auxquels elle donne lien, d ({u'eile a'amùiie aucun autre trouble quelconque, par exemple dans la mémoire oi dans la conscience. Les observations de Hertwig ne diffèrent de celles de Flonfas qu'en un seul point; le physiologiste allemand n'a pas vu de convulsions soocédiri la lésion des couches optiques, d'où il semUe probable que celles qui ont étésbsenrées par Flourens dépendaient de ce qu'il avait pénétré à une trop grande psfondeur.
tiCrreiGL
Uolandoi Flourens, Magcndic, Schceps et Hertwig ont fait d'intéressantes recherches sur les propriétés du cervelet.
il résuite de celles de Rolaudo (3) que la diminution des mouvements est ea raison directe de la lésion de l'organe ; que cette lésion ne plonge pas les animain dans la torpeur ; que toutes les parties de leur corps conseneut la faculté de sentir, mais qu'ils {Perdent l'énergie de leurs mouvements musculaires. Ils ont les jeoi ouverts, et voient les objets, mais tous leurs cftorts sont vains pour exécuter W mouvements nécessaires à la locomotion. In animal auquel on a enlevé un oô<« du cervelet tombe sur le mOme cOté du corps, et ne peut plus se soutenir nr h patte correspondante (?}. Ces obsenations déterminèrent Rolande à admettre, ce dont il est impossible d'ap|)ortcr la preuve, que le cervelet est l'organe productev du principe nerveux, comparé par lui au fluide galvanique, et que les coocbe alternatives de substance blanche et de substance grise qui le a)nstituent agisml, comme le croyait déjà Reil, à la manière d'tme pile galvanique.
(1) Longet ( Anat, du syst. nerp,^ t II, p. SS) a fait ceUe remarque ititémsante, que IVi* lation mécanique d*un seul tubercule optique (diet les ofseant) n'eteile pas unlquimit fn eoRtradioiii de Vlth opposé, conmc l'avait cm Klooma, malt qw Teffel de celte irrHatMiff nanifeite aoMi dans ririi du même oAiè. Il a égalemcnl «b^enré des iBouveioeals liarateA dans les deui ouvertures pupillaires, en pinçant ou piquant, a pK*8 division, le bout encèpliatiM> d*ufi seul uerr optique. Il se rend compte de ces résultats eu admettant que, dans les deaira^i une lumière subjective impressbnne Penimal. [ff, ifs irai,)
(2) Jixp. de affectibui lœtionum in pnriihu tncepkàlL Berlin , 1 89i(. ;a) Journal de Phjisiulofjic, i83J,«-5ff^/|9 iopr^ fi» vtrn iiruttunt épi cervdh, Turia, IM^
Les expériences de Ftonrens sont plus claires et (rias décisives dins leurs résdl- Uts (1 ). En supprimant le cenelet par couches successives, l'ablation des premières coaches était suivie d*un peu de faiblesse et de désharmonie dans les mouvements ; atix moyennes couches, il se manifestait une agitation presque générale , mais sans convulsions ; l'animal opérait des mouvements brusques et déréglés; il voyait et entendait ; au retranchement des dernières couches, l'animal perdait la faculté de sauter, de voler, de marcher, de rester debout, de se tenir en équilibre. Placé alors sur le dos, il ne savait plus se relever, il s'agitait follement et presque continuellement, sans donner aucune marque de stupeur ; il voyait le coup qui le menaçait, et voulait l'éviter, sans lo pouvoir. Donc la volonté, le sentiment et la conscience persistaient : il n'y avait d'aboli que la possibilité de coordonner TactkNI des muscles en mouvements réglés et déterminés , et les efforts de l'animal pour se maintenir en équilibre lui donnaient l'air d'être ivre. De ces expériences, dont Flourens a obtenu les mêmes résultats dans toutes les classes d'animaux, il condnt que le cenelet n'appartient ni aux appareils sensoriels ni aux appareils intellectuels ; que la source des mouvements volontaires ne se trouve point en lui ; qtt*il lait bien partie des appareils moteurs, mais que ses lésions n'entraînent pas de convulsions, comme en entraînent celles d'autres appareils nnoteurs, la moelle épiniére et la moelle allongée, et qu'elles ne font qu'abolir l'énergie des mouvements et la Ucnhé de les coordonner d'une manière convenable pour opérer la locomotion. Si cette opinion est juste, le mécanisme de l'excitation des muscles par groupes doit avoir son prototype dans cet organe, de sorte que toute altération de sa structure détruit en quelque sorte l'harmonie préétablie entre lui et les groupes de muscles, ainsi que leurs conducteurs nerveux. Il est ë remarquer encore que les lésions du cervelet manifestent toujours leurs effets d'une manière croisée, sur le côté opposé du tronc
Ces observations ont été conflrmées par celles de Hertwig et de Ix^nget, desquelles Il résulte que le cervelet n'est point sensible ; que ses irritations ne déterminent pas de convulsions dans les muscles ; que l'intégrité de son action est indispensable au concours des mouvements pour un certain but, pour le vol, la marche, la station, et pour la conservation de l'équilibre ; enfm que ses lésions n'exercent d'influence ni sur les sens ni sur aucune fonction du corps. Cependant Hertwig a vu que la puissance du cenelet se rétablissait peu II peu après une destruction partielle. Il a constaté aussi l'effet croisé de cette portion de l'encéphale.
Magendie a vu que des hérissons et des cochons d'Inde auxquels il avait enlevé le cerveau et le cervelet, se frottaient encore le museau avec les pattes de devant, quand on leur mettait du vinaigre sous le nez. Il dit avoir obsené, après la lésion du cervelet, que les animaux s'efforçaient d'aller en avant, mais qu'une puissance intérieure les obligeait de reculer. La lésion des prolongements moyens (crui cere- Mii ad pontem) et du pont de Yarolc lui-même, d'un côté seulement, faisait constamment tourner l'animal du même côté. Cet effet a lieu même après toute section verticale qui intéresse la masse médullaire située au-dessus du quatrième ventricule ; mais il se mo:iti*e surtout très prononcé aprrs la lésion du prolonge-
0) Recherches sur le système nerveux» p^ris, i8A2.
meot moyen. Magendie prétend que les animaux faisaient ^joekpiefQis jusqa'k soixante tours par minute , et il a vu le phénomène continuer ainsi pendant huk jours sans interruption. Ces mouvements ne sont pas des convulsions; ranimai ks exécute volontairement, comme si un pouvoir intérieur Ty contraignait, ou comme s'il était pris de vertige. Magendie assure que la section du pédoncule de TaolK côté rétablit Téquilibre. Hertwig a vu aussi des tournoiements dn côté de la lésk» du pont de Varole , chez les diiens (1) ; en même temps , Tun des yeni était tourné vers le haut, etTautre vers le bas. 11 a remarqué également que les lésions superficielles du pont de Varole causaient une douleur médiocre. Il attribue use action croisée à cette partie, et il n*a jamais vu les lésions dont elle devenait le siège entraîner les convulsions.
Le pédoncule inférieur du cervelet, ou corps restiforme, appartient au systèoe de la moelle allongée; ses lésions sont suivies, d*après les expériences de Rolando ' sur une chèvre, de convulsions dans lesquelles le corps de Tanimal s*iniléchitdB côté de la blessure (2). Les pédoncules quadrijumeaux, ou pndongements qai se portent aux tubercules antérieurs, produisent aussi des convulsions, d*aprèsie même auteur, quand on les blesse ; les mouvements étaient plus prononcés ùês les extrémités opposées, et ranimai, qui était une lapine, retombait toujonnsor le côté blessé, après avoir sauté.
Gall regarde le cervelet comme Torgane central de l'instinct de la propagatioi. Cette hypothèse ne repose point sur des faits certains. Suivant Burdach, Taffectifla des parties génitales tenait dans dix-sept cas à des vices du cervelet, et dans trois cent trente-deux cas à des vices du cerveau. On a observé des épanchements de sang au cervelet dans des cas d'apoplexie avec érection (3). Dung^isona va le priapisme accompagoer une cérébellite compliquée d'épanchement séreux. Oa détermine aussi quelquefois l'érection on détruisant la moelle épinière chei ks animaux. Les observations de Heusingcr (^), qui, chez deux oiseaux morts subitement, a trouvé les testicules gorgés de sang et un épanchement sanguin àas le cervelet, ne sauraient être considérées comme des arguments à l'appui df l'hypothèse de Gall , et tous les autres faits rapportés par Burdach d'altératioiis simultanées dans le cervelet et dans les fonctions génitales , ne prouvent ^oèn davantage. La coïncidence des maladies de la moelle épinière avec les désordres de l'appareil régénérateur est plus fréquente encore. D'ailleurs le développemeat du cervelet n'est point proportionné, dans la série animale, à Ténergie de î'instioct propagateur. Chez les reptiles nus, où cet organe ne représente cprune w^ languette tendue sur le quatrième ventricule, il est d'une petitesse extrême, et cependant la salacité de ces animaux est devenue proverbiale, bien que rérectioi n'ait pas lieu chez eux. Contre l'hypotlièse de Gall s'élève encore une pièce o»-
(1) Longet {Ânat. du syst. nerv., t. II , p. &3&, &52] affirme que, dans scsexpérieoai.lc tournoiement a toujours eu lieu du côté opposé à la lésion , et les Siils pathologiques quli npporte déposent en faveur de son ol»enralion. Cetle rectification mérite qu'on y ait égard, a c qu*il est peut-être permis de penser avec Longet que le mouvement rotatoire n'est aotrechori dans œi cas , qu*une manifestation de riiémiplégie divisée* (.Y du irwC)
(3) Sagffio, éd. 3, p. 128.
(3) Serbes, dans Magendie , Journal de physiologie, t. III, p. ii^.
Cl) MEr.KEL*s Arehiv, t. VI, p. 551.
^ CBRVEAU. 777
serfé» dus le cabinet d'anâtomie de Bonn : c'est un cervelet dont la moitié fut trouvée atrojriûée (i) ; le sujet avait succombé à une maladie inflammatoire ; il était marié et père de plusieurs enfants; pour l'instinct génital, ses facultés étaient plutôt très prononcées que faibles. Mais les faits les plus remarquables sont ceux dont nous devons la connaissance à Gruveilhier (2). Dans un de ces cas, chez un homme de vingt et un ans, l'hémisphère du cervelet contenait deux grosses masses tuberculeuses ; il n'y avait eu chez lui ni symptômes de paralysie, ni maux de tête, ni aucune affection morbide positive du côté des parties génitales. Ce sujet n'éprouvant aucun penchant pour les plaisirs de l'amour, on pourrait être tenté de considérer le fait comme favorable à l'hypothèse de Gall; mais un second cas nous montre la coïncidence de l'absence complète du cervelet avec le goût de la masturbation : c^était chez une petite fille de onze années ; à sept ans, cet enfant avait les extrémités très faibles, elle manquait jd'intelligence, et n'articulait pas distinctement les sons ; à onze ans^, époque à laquelle elle fut examinée avec plus de soin, \Ê faiblesse des extrémités était si considérable, qu'à peine pouvait-elle mouvoir les jambes, qui, du reste, n'avaient rien perdu de leur sensibilité : le mouvement des bras avait lieu ; l'intelligence était fort obtuse. L'enfant mourut d'une maladie inflammatoire. Les fosses occipitales inférieures étaient pleines de sérosité. Au lieu du cervelet, on trouva une petite bandelette membraneuse tendue en travers sur la moelle allongée, et présentant de chaque côté un renflement de la grosseur d'une noisette. Le pont de Varole manquait en totalité ; les olives étaient peu perceptibles.
Héinispbèrei du cenreatu
La gradation dans le développement des hémisphères cérébraux jusqu'à rbomme, et la coïncidence de son atrophie et de l'absence de ses circonvolutions avec l'idiotisme, démontrent déjà que c'est dans une portion de Tencéphale qu'il faut chercher le siège des (acuités supérieures de l'âme ; mais on peut aussi prouver par des expériences directes que ce siège réside efléctivement là. Les expériences de Fiourens sont fort instructives à cet égard, et celles de Hertwig, de Bouillaud (3), de Longet, n'ont fait que les conûrmer, quant aux points essentiels. Les hémisphères cérébraux ne montrent pas de sensibilité quand on fait agir siu* eux des instruments piquants ou tranchants. L'endroit du ceneau où les sensations se transforment en idées, et où les idées sont conservées, pour réapparaître en quelque sorte comme les ombres de la sensation, n'est point lui-même sensible» Cette remarque, qu a faite aussi Hertwig, s'accorde avec les observations qu'on a recueillies sur des hommes atteints de plaies de tête ; fort souvent, en effet, on a été obligé de retrancher des portions de cerveau devenues exubérantes, sans que les malades, quand ils jouissaient pleinement de leur connaissance, en éprouvassent aucune sensation. Les lésions des hémisphères ne déterminent pas non phis
(i) WuBB, Nov, aet. naU c«r., i^, iii.
(2) Anatomie pathologique du corps humain, Paris, 1834, livr. XV et XVIII.
(9) Rteherckeê elinitiues propreê à dénwnlrer que la perte de U paroU eorreêptmd d la Uêiom des UéuUêomtérieurt du cerveau (Archivée de médecine^ iSSS, t VllI, p. S6| BuileiindêCA^^ demie d€ médecine, 1639, t. IV, p. 383 ; même Recueil, 1848, U XIII, p. 6M» 77S)«
778 (XIVBAO. ^
de coimiltions; It seule conséquencequ'ellei entftlûcnt conattunmiatt lanp'clki sont profondes, est h perte de la tue du côté Ueifé, et it ttopeDr. Htller et fin avaient déjà reconnu que les parties supérieures des hémliph^pct ne penreBi faner lieu à aucune contraction muacnûre. Il en esc de même des eorps ttriéie des couches optiques, d*après Plourens, et Lorry a?eit fait fa même obseniliai par rapport au corps calleux.
Les expériences que Floureos et Ilertwig ont faites sur des aniiDaux diren, pour constater les fonctions des hémisphères , sont eo général très concordulaL Flourens enleva le lobe cérébral droit ^ un pigeon : l*animal perdit aussilAt Iivk du côté opposé : cei)eAdant la centractilité de l'iris de cet œil persista, par lo a»tifs qui ont été dévelo|^)és précédemment. Un peu de faiblesse parut daniloals les parties du côté opposé du corps; mais, d*aprës Flourens, cette faiblesse OK m phénomène variable au point de vue du degré et k celui de h durée : chei tm les animaux , les forces ne tardent pas à revenir, et l'équilibre à se rétablir eatit les deux côtés. Le pigeon voyait très bien du côté de la blessure : il entcodat, marchait, sautait et se mouvait comme auparavant Après l'ablation des deux bba, il y eut perte de la vue des deux yeux (1), et faiblesse musculaire ; celle^i ne flot toutefois ni considérable ni continue. L*animal volait quand on le jetait en Pair, d marchait lorsqu'on le poussait L*iris était mobile dans ses deux yeux. Il n'eaifodait plus, et ne se mouvait plus volontairement; lorsqu'on l'irritait « il se codiportait comme un animal qui s'é\eillc Dans quelque position qu'on le plaçât, il se mettait en équilibre; couché sur le dos, il se relevait; il buvait l'eau qu*oahi versait dans le bec ; il résistait aux efforts faits pour lui ouvrir le bec. Floorens compare un tel animal à un être qui est forcé de dormir toujours, mais qui a penln mémo la faculté de rêver. Ses expériences sur les mammifères ont eu presque 1» mêmes résultats. Celles de Hertwig sont d'accord avec lés siennes. Hert«iga trouvé que les hémisphères cérébraux ne sont point sensibles, et un chien senlement donna des signes de douleur quand on blessa la base du cerveau. Un aatir. auquel on avait enlevé les deux hémisphères, ne quittait plus volontairement Ir lieu où il se trouvait, et il était plongé dans une stupeur absolue; (fuand on Teidtait, il faisait quelques pas, mais retombait aussitôt sur le sol et dans le coma. H n'entendait pas le bruit d'une arme à feu. Vn pigeon auquel on avait enlevé la pvtif supérieure des hémisphères perdit la vue et TouTe ; il restait comme endormi. Oi lui fit prendre des aliments; il n'avalait pas les grains qu'on se contentait de hô mettre dans le bec, mais bien ceux qu'on lui plaçait sur la langue ( mouvemeat réflexe) ; les muscles étaient peu affaiblis ; l'animal se tenait ferme sur ses pattes, et il volait quand on le jetait en l'air. (>t état dura jusqu'au (piinzième joor. époque à laquelle l'ouïe et la sensibilité revinrent en grande partie ; l'animal vécut trois mois. Une poule dont on avait coupé les deux hémlsphèn>s presque à la base perdit la vue, l'oufe, le goût et l'odorat; elle demeurait toujours au même endroit, et ne donnait aucun signe de vie, jusqu'à ce qu'ayant été vivement irritée, elle 6t quelques |)as; l'animal vécut trois mois dans cet état d'engourdissement, sans qw les facultés sensorielles se rétablissent
(i) Noua arons dit plus hoat (p. 771, note S) qu^au contraire nouilloiid et Looget odaieUCDi. •4*aprèt leurs propres rccberclies, la persistincc de la vue, cbei h» oiseaux, après rablaiioo db deux lobes cérébraux. {l^otë dm trud,)
Schoeps a fait des expériences analogues (1).
De ces expériences et des effets de la compression sur les hémisphères de rhomme, il ressort évidemment que ces parties du cerveau sont le siégé des fonctions de Tâmc, le lieu où les sensations non seulement arrivent à la conscience, nuis encore sont transformées en idées, celui d*où l'activité de l'âme s'applique spécialement , comme attention , tantôt è une partie et tantôt k une autre des im« pressions sensorielles. La capacité du pouvoir de Tâme s'accroit manifestement , dans le règne animal, avec l'étendue de la surface des circonvolutions cérébrales; mais nous ne connaissons pas, même d'une manière éloignée, l'influence de l'écorce grise dans laquelle finissent par s'épanouir les innombrables fibres de la couronne radiante. Nous ne savons pas non plus quel changement a lieu dans les fibres médullaires, ou dans la masse grise, ou dans le principe qui nous anime, lorsqu'une idée fait impression sur la matière de cet admirable appareil. Nous savons seulement que cette idée est une impression qui persiste dans le ceneau, et qui peut surgir de nouveau h chaque instant, lorsque l'activité de l'âme se tourne vers elle, lorsque l'attention se trouve tendue sur elle ; nous savons aussi que l'impossibilité de faire attention à un grand nombre d'objets à la fois est la seule cause de l'oubli. Il faut nous représenter toutes les images k l'état latent comme autant d'impressions indélébiles du cerveau, tne lésion de l'organe peut en eflacer quelques unes, ou même les effacer toutes. On a vu , après des lésions cérébrales, la mémoire des noms, des verbes et des divisions du temps disparaître, puis se reproduire. La venue d'une seule image dans la conscience attentive modifie la coexistence et trouble l'équilibre de toutes les autres, de sorte que, si l'on connaissait la force des idées latentes coexistantes, il y aurait possibilité de savoir quelles sont les idées affines que telle ou telle autre peut rappeler, pourvu que l'on connût cette dernière.
Il est probable que le ceneau renferme un élément affectif dont l'excitation peut accroître la force de chaque idée, qui , lorsqu'il entre plus particulièrement en action, exalte toute idée quelconque, même la plus simple, jusqu'au degré de la passion, et qui, même dans les rêves, donne des couleurs et des nuances affectives aux images ; mais nous n'avons aucun moyen de le prouver d'une manière rigoureuse, ni en général ni en particulier. Nous pouvons bien moins encore démontrer qu'indépendamment de l'élément affectif de l'âme, il y a aussi, dans les provinces des hémisphères, des sièges spéciaux pour les diverses directions des facultés de l'esprit et ]X)ur les différentes passions. Cette hypothèse de Gall, sur laquelle repose ce qu'on appelle la phrénologie , ne présente point d'impossibilité en ellemême ; mais il n*y a pas un seul fait qui prouve, même de la manière la plus éloignée, ni qu'elle soit vraie, en la considérant â un point de vue purement général , ni que les applications spéciales qti'on cherche k en faire soient exactes. On ne peut point assigner de provinces du cerveau dans lesquelles la mémoire , l'imagination, etc., aient leur siège. La mémoire peut être abolie par la lésion des hémisphères en un point quelconque de leur pourtour, et il en est de même de toutes les facultés fondamentales ou directions de l'esprit. D'un autre côté, en réfléchissant aux facultés primitives qtie Gall a établies, et qui sont en partie si
n) MtChtÇs Arçhiv, 1827.
contraires à tout ce que la psychologie nous enseigne, on ne peut s*empécher de repousser du sanctuaire de la science ce tissu d'assertions arbitraires qui ne reposent sur aucun fondement réel II est curieux de connaître ce que Napoléon pensait de. la crâniologie : « Gall , disait-il , attribue à certaines saillies des penchaDts et des crimes qui ne sont point dans la nature, qui n'existent que dans la société, par Teffet de la convention. Que deviendrait Torgane du vol s*ïl n'y avait pas de propriété , l'organe de l'ivrognerie , s'il n'y avait pas de boissons spirituenseïs l'organe de l'ambition, s'il n'y avait pas de société (i) ? » Quoique Gall n'admit pas d'organe de l'ivrognerie, la remarque du grand homme n'en est pas moins juste en ce qui concerne la mauvaise base psychologique de ce système : cependant elle ne porte que sur la mise en pratique, et non sur le principe même. Quant au principe, on ne peut rien objecter en. général contre sa possibilité; mais l'organologie de Gall n'a point de base expérimentale, et l'histoire des plaies de tête parle même contre l'existence de provinces distinctes dans le cerveau pour les différentes facultés intellectuelles. Non seulement ces plaies, en quelque lien de la soperfide du cerveau qu'elles suniennent, ne portent pas atteinte aux facultés supérieiires et inférietu-es de l'intelligence, la pensée, l'imagination ^ la méoioire ; mais oi a souvent remarqué que les différentes parties des hémisphères peuvent aider à Faction des autres dans les fonctions intellectuelles, et plus d'une fois on n'a va sorvenir aucun changement dans les capacités morales et l'intelligence de sujets chez lesquels on avait été forcé d'enlever des portions de la surface des hémisphères. Magendie et Leuret ont complètement raison quand ils rangent la crâniologie dans la même catégorie que l'astrologie et l'alchimie.
Eu égard aux relations mutuelles des deux hémisphères, il paraît que l'un peut suppléer l'autre dans les fonctions intellectuelles. Du moins a-t-on trouvé qndqnefois des lésions profondes d'un hémisphère sans que l'intelligence fût trouUée, et Cruveilhicr cite le cas d'un homme de quarante-deux ans, en pleine jouissance de son esprit, dont le lobe gauche du cerveau fut trouvé atrophié en entier; ce lobe n'avait qu'environ le volume de la moitié de l'autre, et toutes les parties en étaient imiformément atrophiées, de sorte que le pédoncule du cerveau , le coq» niamillaire, la couche optique, le corps strié et le ventricule de ce côté étaient plus petits. Le cervelet avait acquis à peu près le même développement des deux côtés: seulement , l'hémisphère droit était un peu plus petit. Le côté opposé du tronc était frappé de paralysie incomplète depuis la jeunesse ; le sujet pouvait cependant encore marcher avec une canne ; les membres de ce côté étaient amaigris.
Les commissures paraissent être la cause de l'unité d'action des deux hémisphères. On n'est pas encore bien certain de la part qu'y prend le corps calleux : cependant il semblerait, d'après une observation de Reil (2), que ni lui ni la voûte nr sont nécessaires à l'exercice des fonctions inférieures de l'âme. Reil a trouvé ces deux parties divisées, les commissures existant d'ailleurs, chez une femme idiote, qui n'en était pas moins propre à des occupations vulgaires, par exemple à senir de guide. Si l'on a obsené l'idiotisme dans une hydrocéphalie chronique »« destruction du corps calleux, ce cas ne prouve rien, à cause de la complicatiûo: cependant on a rencontré chez plusieurs idiots des tumeiu^ et des hydatîdes sor le
(i) F.-J. Gall, Sur le» fonctions du cerveau, Paris, 1825, t. VI, p. 395. (3) Archiv fuer Physiologie, U lU, p. 3âl.
corps calleux, et Lapeyronie a observé la perte de la mémoire après la lésion de cette partie du cerveau. Nous ne possédons encore qu'un petit -nombre d'expériences entreprises à TefTet de déterminer les fonctions qu'elle remplit Saucerottc coupa le corps calleux sur un chien; il surtint de h stupeur, avec de violentes secousses et des hoquets : l'animal voyait et entendait , mais il n'avait plus de flair, et il ne sentait plus rien non plus quand on lui piquait les oreilles, le nez et les muscles. Rolando a pratiqué cette opération sur une chèvre : l'animal demeura quelque temps immobile, puis il fut pris d*agitatioa, et se mit à courir en avant ; on le conserva pendant deux jours ; peu à peu il devint faible au point de pouvoir à peine se relever, et il tremblait de tout son corps, qui était froid.
Les usages de la glande pituitaire et de la glande pinéale sont encore, on peut dire, totalement inconnus. Il est vrai que Greding a trouvé fréquemment la glande pituitaire malade chez les aliénés ; mais ces malades ont offert des dégénérescences dans* toutes les parties du cerveau. Wenzel a fréquemment vu la glande pituitaire affectée dans l'épilepsie. Quant à l'hypothèse de Descartes, qui regardait la glande pinéale comme le siège de l'âme, elle est oubliée depuis longtemps., Il est rare, d'après les observations de Georget (1), qu'on la trouve malade chez les aliénés.
Au reste, les résultats de l'aaatomie pathologique ne peuvent jamais avoir qu'une application très limitée à la physiologie du cerveau. Nous ne connaissons pas les lois de la communication entre les diverses parties de cet organe, et 11 ne nous est permis qu'en général d'admettre pour certain qu'une lésion organique d'une de ses parties entraîne des changements dans les fonctions de plusieurs autres, sans qu'il nous soit toujours donné de tirer de là des conclusions positives. On rencontre souvent, dans les régions les plus diverses du cerveau qui, d'après les expériences, n'ont aucune connexion immédiate avec les organes centraux du sens de la vue, des dégénérescences qui entraînent cependant la cécité ; nous devons d'autant moins nous en étonner que nous voyons souvent l'amblyopie survenir même dans des maladies de la moeUe épinière, par exemple dans la phthisie dorsale. Les mêmes remarques s'appliquent aux usions organiques des diverses partics du cerveau considérées quant aux aliénations mentales, dans lesquelles il arrive fréquemnient que des parties de cet organe qui ne sont pas le siège essentiel des fonctions intellectuelles, présentent des dégénérescences. Les précieux caknib de fiurdach sur la coïncidence de ces altérations avec certains changements des fonctions nous en fournissent des preuves surabondantes. Il faut noter, en outre, qu'une lésion chronique du cerveau, quand elle n'agit que par pression, et qu'elle n'entraîne pas l'atrophie totale des parties comprimées, peut préparer en quelque sorte et habituer celle-ci à sa présence par la lenteur de son dévelof^ment De là l'énorme différence qui existe entre les lésions soudaines et les liions chroniques de l'encéphak, par rapport aux conséquencea Ainsi, par, exemple, des parties aussi importantes que le pont de Varole et le pédoncule cérébral ont pa ne jsubir aucune altération notable dans leurs fonctions par le fait d'ime tumeur stéatomateuse qui s'était produite avec lenteur, comme le démontre un cas rapporté par Cruveilhier (2), dans lequel ni le mouvement ni le sentiment n'avaient souffert
(1) Pkjfiiologit du ajfstème nerveux» Paris, iSSi.
(2) Anaiomie patkohpque du corps humain, Paris, iSSO, 3« liv., In-foU
782 M^-CANiQHR nii o.ervkaii kt i>e th mofjxr ÊPiNiitiiK.