III. VBllItt
î La force du cœur suflisant pour pousser le sang à travers les artères et les vaisseaux capillaires, et, malgré tous les obstacles, à le ramener par les veines au centre de la circulation , la quantité de sang qui revient au cœur, dans un laps de temps donné, est égale à celle qui en sort par les artères pendant ce même intervalle. Mais le cœur peut être aidé dans sa fonction par des moyens accessoires particuliers Ces moyens sont les valvules, dont la disposition est telle qu'une prèséM intermittente exercée sur les veines facilite la marche du sang vers le cœur, tandis que le début d'exercice doit , par cela même , rendre la circulation plus ^(Bcile.
Beaucoup d'auteurs modernes prétendent que la force de succion du cœur contribue pour une certaine part à la circulation. Dans cette hypothèse, les cavités de Toigane, après s'être contractées, reviennent à un état moyen de dilatation, et produisent ainsi un vide relatif (1). AVedemeyer et Gucnther ouvrirent la veine jugulaire d'un cheval au-dessous d'une ligature qu'ils y avaient appliquée ; ils introduisirent ensuite dans le vaisseau un cathéter luté avec un tube de verre recourbé. La longue Irancbe ascendante de ce tube fut plongée dans un vase plein d'eau. Wedcmeyer et Guentber virent alors que le liquide montait de quelques pouces à chaque pul- Sttion, par conséquent d'ime manière isochrone à chaque diastole de l'oreillette, et qu'ensuite il retombait.
Cependant un fadt prouve bien que la force aspirante du cœur ne peut être la firincipale cause du mouvement du sang dans les veines : c'est que la puissance propulsive de cet organe s'étend jusque dans les veines, et qu'un tronc veineux coupé en travers laisse échapper continuellement du sang par le bout oi^sé au cœur, celui qui communique avec les vaisseaux capillaires et les artères.
L'inspiration détermine également un afflux du sang veineux dans les oreillettes, cnmne Ta fait voir Barry. En agrandissant la poitrine, elle y produit un vide relatif, qpe tout liquide, du dehors ou du dedans, doit tendre à occuper. L'air du dehors neot remplir en partie ce vide, |)arce que les poumons se dilatent proportionnellement à l'ampliation de la poitrine ; la pression atmosphérique doit aussi obliger les liquides intérieurs à affluer dans les vaisseaux et à engorger les troncs. La même chose a lieu pour ceux-ci dans la diastole des oreillettes, fiarry enfonça un tube recourbé dans une ouverture faite à la veine jugulaire d'un animal liée au-dessus de la plaie, et en maintint l'extrémité inférieure dans un vase contenant une liqueur colorée : à cliaque expiration , il vit cette liqueur monter dans le tube ; mis, pendant Tinsphittion , elle se montrait tranquille, ou même descendait on peu.
<1) ZDGESBcniLBS, Diu. de molu magumii ))er venoâ^ dans Àrekiv der mêd. und chir. A'tkitrit, Aerztef 1846. — Schdbarth, dans Gilbkbt's i4iiNa/eN, 4817. — Carus \esB combattus dans Mbckfx's Arekiv^ t. IV, p. &42.
18rt CœURS ACCESSOIRES.
Poweuillc s'est servi , pour examiner cette question , de rhémomètre dont la description a été donnée page 161. Après que l'instrument eut été introduit dans la veine jugulaire externe d'un chien , on observa que le liquide montait au moment de l'expiration et baissait au moment de l'inspiration. L'ascension était de 85 millimètres, et l'abaissement de 90 ; plus tard, la première fut de 60, et le second de 70. Dans les grands ciïorts, l'ascension était de 1^0-155 millimètres pendant l'expiration, et l'abaissement de 2^0-250 pendant l'inspiration.
Barry a estimé trop haut l'influence de l'inspiration sur l'attraction du sang veineux. Cette influence n'agit que sur les troncs veineux voisins de la poitrine, et, dans tous les cas, eUe est neutralisée par les obstacles à la circulation qui naissent de l'expiration. Poiseuille n'a obser> é aucun changement dans le niveau du liquide de son hémomètre lorsqu'il opérait sur des veines éloignées, celles des membres par exemple. L'inspiration vide les troncs veineux de la poitrine, et le sang des autres veines trouve par là moins de résistance. Mais cette influence n'est pas k cause principale du mouvement du sang veineux ; elle n'a point lieu d'ailleurs chex les reptiles, qui respirent par déglutition et non par ampliation de la i)oitrine ; eDe n'existe pas non plus chez les poissons ni chez le fœtus.
Les changements du mouvement du sang qui résultent du mouvement re^iratoire produisent un gonflement dans quelques parties, parce que le resserrement de la poitrine au moment de l'expiration comprime les troncs vasculaires, chasse avec plus de force le sang artériel du thorax , et gêne l'afflux du sang veineux dans l 'orefllette droite : c'est pourquoi on voit non seulement les veines jugulaires devenir plus grosses pendant l'expiration , mais même le cerveau contenir alors plus de sang ; car, lorsqu'on le met à découvert par la trépanation , on remarque qu'A se soulève un peu pendant l'expiration, et s'aiïaissc pendant l'inspiration. Magendie dit avoir fait la même obser\'ation sur la moelle épinière. Durant la vie, il fermeture du crâne ne permet pas au ceneau de se mouvoir sous l'influence de b respiration ; les parois solides qui l'entourent de toutes parts s'opposent à ce qui puisse changer de volume. Tout ce qu'on a dit à cet égard tombe devant l'impossibilité physique.
Quand le mouvement du sang dans les troncs veineux est arrêté par des obstacles mécaniques, les parties aqueuses et chargées d'albumine de ce liquide s'épanchent dans les cavités et dans le tissu ceUulaire. Quant à la fibrine, elle n'est génénlement pas exsudée. Mais, dans un cas d'ascite observé par À. ]>Iagnus, le liquide évacué par la ponction se coagula complètement quelques minutes après sa sortie du corps.
IV. FORKATtONH LOCALES PARTICULlèRBS DANS LE SYSTImB YASCOLUIIB.
Cœurs accessoires.
Il existe chez certains animaux des cœurs accessoires, artériels et veineux. Parmi ces formations, celles qu'on connaît depuis le plus longtemps sont le cœur aortique ou bulbe musculcux de l'aorte des poissons et des reptiles nus. Cet organe manque chez les reptiles écaillcux, les oiseaux et les mammifères, animaux dont le cœur olîre seulement diu*ant les premiers temps de la vie fœtale une disposition qui le rappelle jusqu'à un certain point Le cœur aortique se rencontre tant chez des
FORMATIONS ÉRËCTILES. 181
puissoiis caitilagincux que chez des poissons osseux : il existe, par exemple, dans ks chimères, les esturgeons, les squales et les raies, parmi les premiers, ce qui rTmi remarquable le défaut absolu de bulbe charnu chez les cyclostomes, où j'ai vu qu*il manquait dans les Petroinyzon et les Ammocœtes, comme aussi chez les mninoîdcs.
Les poissons cartilagineux fournissent quelques exempte de cœurs axillaires , de rcnOemcnts musculeux aux artères axillaires. Duvernoy en a découvert chez les chimères, et J. Davy chez les torpilles; ils manquent chez les raies proprement dites.
On ne connaît de cœur veineux qu'à la queue de Tanguille. Chez cet animal , le cœur caudal est situé h Textrémité de la veiné caudale : il reçoit les veines du bout de la nageoire caudale, et verse le sang dans la veine caudale. Leeuwenhoek , qui avait vu de vives pulsations à cet endroit, n'en avait pas reconnu la source. Le cœur caudal de Tauguille a été découvert par iMarshall Hall. Cet organe est double : il y en a un à droite et un à gauche. Il parait exister aussi dans d'autres geiu'cs de la même famille : du moins les Murœnophis en sont-ils pounus, mais il manque diez la grande majorité des poissons.
In cœur accessoire semblerait exister aussi aux organes accessoires externes de l'appareil génital mâle, chez les squales et les raies; du moins J. Davy a-t-Uobsené & on organe pulsatif qui contenait du sang.
Formulions érecUles.
Les organes génitaux érectiles sont composés essentiellement de vaisseaux san* gnins, qui présentent une disposition particulière. Leur intérieur est fonné en grande partie d'un labyrinthe de veines anastomosées ensemble « qui se gorgent de sang pendant l'érection, mais qui servent aussi de canaux à ce liquide pendant la circulation ordinaire. De ce labyrinthe, le sang passe dans des veines nombreuses qfû percent Tenveloppe fibreuse des corps caverneux , tant les veines profondes de b verge, qui sortent entre les racines divergentes des corps caverneux, que la, veine dorsale du pém's, qui reçoit aussi celui du corps caverneux de l'urètlu^e et du ^and. La veine dorsale et les veines profondes le versent dans un labyrinthe veineux situé derrière la symphyse des pubis , qui se décharge dans les plexus vési- Ciox et honteux (1). Ha déjà été traité, à l'occasion de la contractilité des artères, de la substance, d'apparence musculaire , qui forme des faisceaux entre les vaisseaux veineux dans l'intérieur des corps caverneux.
» Les artères offrent dans l'intérieur des corps caverneux de la verge, chez rbonime et chez plusieurs mammifères, une disposition spéciale, qui a été découverte par moi. Les artères profondes du pénis se partagent, comme dans d'autres parties, en ramifications de plus en plus déliées, et finissent par dégénérer en capillaires, qui sont contenus dans les parois des gros vaisseaux , notamment des plexus
(I) CiTieit, AnaU comp.^ t. IV. — Moreschi, Comment, de urcthrœ glaniisque structura.
Milan, 1817. — Ridr«, Mémoire» de la Société médicale d'émulation^ t. Vill , 1817. — TiEni-
UASi%i dans Meckel^s Archiv, t. II, p. 95. — PARi2Zi, Ostervazioni antropo-zootomiehe.
Pairie, 1830. — Maym^ dans FRonisp, i\o/i;cH,n» 883.— Moellkb, daas Eneycl, Warterbuck
dcrmcd, Wiiscnschaften , t. XI, p. 462.
FORMATIONS ÊRECTILES.
Fig, 2U.
Tcincux. 31ais les branches de ces artères portent, en outre, de petites excroissances contournées et visibles à la loupe, qui affectent la forme de dÎTerticules, et auxqueDes j*ai donne le nom d'artères hélicirm. Ces diverdcules , les uns isolés, les autres réunis en houppe, sont creux , la plupart du temps recourbés , plus rarement en grappe de raisin, comme dans le corps cayemeux de l'urèthre dn cheval ; ils ne s'ouvrent pas dans Tintérieur des espaces veineux où ils font saillie; ce sont des dilatations du système artériel (1). De leurs parties latérales , ou aussi de leurs extrémités arrondies, partent quelquefois des artères capillaires, qui se ramifient dans le tissu si)ongieux de la verge (2). Le sang parvient des vaisseaux capillaires de la verge dans les espaces des plexus veineux , et de ceux-ci dans les veines eflerentes. C'est pourquoi on trouve toujours, sur le cadavre, du sang dans les espaces veineux des corps caverneux. Pendant l'érection, des obstacles mécaniques s'opposent à ce que le liquide revienne de ces corps. En effet, les muscles ischio-ca\crneux sont alors dans un état violent de contraction, qui fait qu'ils cohipriment les racines des corps caverneux et les attirent vers les os ischions : de là résulte que le sang éprouve de la peine à revenir des veines profondes des corps caverneux, ainsi que Krause l'a fait voir (3). Ces muscles n'exercent aucune influence immédiate sur la veine dorsale de la verge. Il était intéressant de connaître la force de la pression nécessaire pour donner de la roideur au pénis par l'accumulation d'un liquide dans l'intérieur des corps caverneux. Ayant fait une ouverture au corps cavemeoi de la verge d'un pénis, j'y fixai, par le moyen d'une ligature, un tube de vent haut de six pieds, qui fut maintenu perpendiculaire et rempli d'eau. Une compression exercée dans le bassin empêchait l'eau de refluer dans les veines du basventre. Une colonne d'eau de six pieds mit la vei^e dans un état complet d'érection et de roideur. Le sang qui s'accumule dans les corps caverneux pendant l'érection est donc soumis à une pression qui égale celle d'une colonne d'eau haute de six pieds, ('/est aussi à peu près celle qui agit sur lui pendant qu'il coule dam les artères.
L'action neneuse qui détermine l'érection part du ceneau et de la moelle épinièrc ; mais le phénomène peut être provoqué aussi par une excitation des parties génitales elles-mêmes, attendu que les effets centrii)èles des nerfs sensitifs détenuincnt la moelle épinière à exercer une influence motrice sur les muscles qui agissent
(1) La figure ^k représente, (l*après Mûllcr, quelques unes des artères liélicincs, très grossiOi de la partie postérieure du corps caverneux de l'urèthre humain.
(S) MuBLLBa*s iircAii;, 183&, p. 202, tab. 13. — Valentin, ibid,, 1838, p. 18S. — EaMt ibid., 1841, lab. 15; fig. 1-2. p. A33.
(3) MuKLLEB*» ilrc^iV, i837.
RÉSEAUX ADMIKAIILES. 183
leiidaut réreclioiL Guenthor a obsené qu'aprt«s la section dos iu»rfs de la verge, hez le cheval , cet animal ne pouvait plus entrer en érection (1). J^'s nerfs d<î Tinérieur du pénis sont composés de branches du système de la vie animale et de imtfkatloDS pro¥eiiant du plexus hypogastrique (2).
Le lambeau mobile ûxé sur le bec du dindon éprouve , quand Fanimal est en iroie k quelque ptflrâoii, une érection qui a une certaine analogie extérieun* av(u* elle de la verge, mais qui en àïttèrc quant aux causes internes. Otte caroncule conieot en eflet, d'après la découverte de Schwann , un fort faisceau de véritable haïr musculaire. Cependant Hyrtl a fait Fîntéressante obsenaticm que le rés<'au apillairc situé dans la peau de cet organe envoie à la superficie une multitude de »rolongen)cnts en cul-dc-sac qui rappellent les artères hélicines (3)
Il ne faut pas confondre avec Térection le redressement du mamelon de Thomme i de la femme, sons l'influence d'ime irritation mécanique. Ce phénomî^ne a lieu :hez l'homme lorsqu'on passe rapidement la main sur le mamelon , (jui devient dors et |>lus mince et plus long. L(*8 femmes qui allaitent |)assent aussi (piehiuefois la main avec rapidité sur le mamelon, pour le faire redresser quand il s'i'st affaissé. Il est très probable que ce ptiénomèno tient à la présence du tissu contractile (pi'on trouve épars en diverses régions du corps, sous la |)eau, conmie, par exemple, m dartos, au prépuce, et qui parait exister aussi autour des follicules cutanés, où 3 détermiie le phénomène connu sous le nom chair de poule.
Réieanx admirables des artères et des veines.
Les réseanx admirables sont sans contredit un fait d'anatomie comj>arée qui intéresse vivement la physiologie. On appelle ainsi la réduction bruscpK? d'une artère 00 d'une veine en un fiiisceau de petites branches, ou en ramifications ncmibreiihcs et anastomosées ensemble, qui tantôt se rendent à leur destination chacune si'^i^arément ( réseaux mooocentriques ou diffus ) , tantôt se réunissent en un nouv(*au tronc (réseaux amphicentriques). Ces réseaux sont, les uns purement artériels ou vdnenx, les autres composés de conduits artériels et de conduits vinneux , aiïectant la disposition diflbse ou amphicentriquc, saas que ceux d'une espèce s'unissent ï ceux de l'autre. Les plus notables sont :
!• Ceux qu'on trouve aux artères et aux veines des membres et de la queue , diez quelques mammifères remarquables par la lenteur de leurs mouvements , comme les e^)èces des genres Bradypm^ Myrmecophaga^ Manis et Stenops (fi).
2* Celui que forment, chez les ruminants et le cochon, les branches de la carotide primitive destinées au cerceau, et dont toutes les ramifications se réimissent poor produire la carotide interne. Rapp (5) a fait voir que, chez les animaux (jui
(1) Meckel's Arehiv ^ i828, p. 364. ^ Guenther, Untersuchungcn ans dcm Gcbielc der Ànatomie, P hy Biologie und Thierarzmikumde. Hanovre, i837.
[î] McBLLBR, Ueber die organiichen Nervcn dcr erectilen maennlichen Oeschlcchuorgane. Beriio,l836.
(3) OEaterrcichiscfie Jahrbuecher^ t XIX, p. 349.
(I) CâiufLR, dans PkUoê» tranM,^ 1800. — Vrolik, De pecuUati uri, cxtnmiltttum in nonnufiis animaiibuM dimpsilione, Amsterdam, 1836.
fj) MECkKL^s ArcHb, 1827.