PRÉFACE. XI
monde extérieur; appareil locomoteur, d'où locomotion et phonation ; appareil de la vie spéculative ou àme. Enfin le oorpa offre, comme attribut dynamique, l'idée d'actions spéciales plus ou moins variées en rapport avec la végétallté, l'animalité, la sociabilité (1).
J'engage toutes les personnes qui lisent un livre de physiologie à bien se pénétrer de cette distinction entre la physiologie générale et la physiologie spéciale. Comme , dans la phase que traverse en ce moment la biologie , les notions de la saine méthode sont continuellement mises en oubli , et que des conceptions non systématisées ou mal systématisées y entrent de tous les côtés, il importe de tirer le meilleur parU des matériaux souvent excellents qui sont ainsi offerts sans véritable arrangement. Or, avoir présent à l'esprit ce qui appartient à la physiologie générale et k la physiologie spéciale, c'est tenir à la main un fil conducteur. On peut alors, par un travail qui ne laissera pas que d'être fructueux , recomposer soi-même, sur un plan nouveau, les faits et les théories.
Il ne reste plus, pour avoir une notion complète du domaine de la biologie, qu'à se représenter l'être vivant, non plus abstraitement et en lui-même, mais dans ses rapports avec ce qui l'entoure. Ce qui l'entoure se nomme milieu , et la théorie de ces rapports se nomme théorie des milieux. Corps vivants et milieu sont donc choses inséparables l'une de l'autre, et la première ne peut êtra conçue ni connue à fond sans la seconde, quoique cependant on puisse concevoir le milieu sans un seul être vivant à ses dépens et par son aide Blainville est le premier qui ait introduit systématiquement dans la scienoe l'étude des milieux, l'action qu'ils font subir à l'organisme et l'action qu'ils en reçoivent. Ce n'est pas que cette notion ait jamais été méconnue. Hippocrate l'avait déjà formulée, comme tant d'autres aperçus qui le frappaient, sans qu*il pût les suivre bien loin , dans ce passage caractéristique d'un de ses livres : a Je pense que c'est par la médecine seule qu'on arrivera à quelques connaissances positives sur la nature humaine, mais à condition d'embrasser la médecine même dans sa véritable généralité; et ainsi je crois fermement que tout médecin doit étudier la nature humaine, et rechercher soigneusement quels sont les rapports de l'homme avec ses aliments, avec ses boissons, avec tout son genre de vie, et quelles influences chaque chose exerce sur chacun (2). » Et il a fait lui-même de cette vue une très belle application dans son livre Da eaux^ des airs et des lieux ^ où il entame avec tant de vigueur la doctrine des climats. Depuis, l'hygiène surtout, la médecine légale, la médecine proprement dite, ont réuni des matériaux précieux auxquek Blainville a désormais assigné un rôle essentiel dans la constitution de la
(1) J>Biin»te tout eela, comme je Pai dit plus haut, aui TahUoMx d^anatomk de IL Gh.RoUo»
(9) O&miM eompUlÉê iCitifpocraU : De l'ancienne médecine^ L 1«S p. 621.
XU PHÊFACË.
biologie. Mais, ainsi que le fait observer M. Segond, le milieu se compose de deux parts, l'une physioo-chimique, l'autre sociale ( la société étant un agent très poissant à modifier les individus). « Parmi les conditions extérieures des corps vivants, dit-il , les unes, plus permanentes, plus générales, sont de Tordre physique ou mécanique; c'est par elles évidemment quMI faut débuter. La pesanteur, la pression exercée sur l'organisme, le mouvement et le repos, la chaleur, l'électricité, la lumière, le son, seront successivement étudiés par rapport à l'ensemble des êtres vivants. Viennent ensuite les conditions de l'ordre chimique, qui, réduites à ce qu'il y a de plus général, comprennent l'étude biologique de l'eau et de Tair. Mais, pour que ce second ordre de considérations puisse généralement servir de base à l'hygiène et à la thérapeutique , il sera nécessaire d'étendre l'analyse à toutes les matières solides, liquides et gazeuses, qui peuvent être en relation avec l'organisme et procéder des substances minérales les plus simples aux composés organiques les plus complexes. Deux points de vue essentiels distinguent les deux premières parties de la science des milieux : c'est que, pour les phénomènes mécaniques, le rapport est exprimé simplement par une modification de l'être vivant, tandis que, dans les phénomènes de l'ordre chimique, le changement d'état de l'organisme est suivi , dans la plupart des cas , d'une modification correspondante de l'agent Vient enfin la troisième partie , dans laquelle le rapport exprime au plus haut degré la réaction de l'être vivant sur le milieu lui-même. Je veux parler des conditions extérieures de l'ordre social, qui, tout en étant primitivement subordonnées en partie à l'état biologique des êtres vivants, tendent néanmoins à constituer, à l'égard de ces êtres, un milieu des plus actifs (1). »
La théorie des milieux, partie intégrante de la biologie, implique la connaissance de ces milieux ; et l'on voit aussitôt que, de ce côté, la science des corps vivants ne peut procéder sans une étude approfondie de l'ensemble des corps inorganiques, ou cosmologie; mais une vue aussi étroite d'une subordination aussi importante ne suffit pas; et c'est sur une connexion plus intime que doit être établie cette grande notion qui place hiérarchiquement la biologie api'ès la cosmologie, vivifie tout notre savoir, et est la base assurée de la vraie philosophie. On peut l'établir, soit en remontant de la biologie vers les sciences antérieures , soit en descendant des sciences antérieures vers la biologie. Cette dernière méthode nous met plus près de la filiation historique et de l'ordre même suivant lequel se sont développées les sciences. L'autre» tout exceptionnelle, me paraît davantage appropriée à cette préface, qui est plus particulièrement destinée à venir sous les yeux de médecins et d'étudiants en médecine. Par un vice du système d'instruction, vice qui pendant
(1) A. S(^nd; Histoire et syatématiiation de /a biologie. Paris, 1851, p. ISA*
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longtemps n'a itU' imputable à personne, mais qui ne peut pUis se prolonger sans faire le plus grand tort et à ceux qui enseignent, et à ceux qui sont enseignés ; par un tel vice, dis-je, on est placé tout d*abord au cœur de la biologie; et, cela étant, il est plus facile de voir de là ce qu'il faut faire pour se compléter, que de prendre un point de départ moins connu, quoique plus rationnel.
Le fait le plus général de la vie est la nutrition , c'est- à-dire-ie mouvement de composition et de décomposition. La végétalité entière ne présente rien de plus; et, dans Tanimalité, les propriétés supérieures de contracUlité et de sensibilité ne sont possibles que sur ce fondement commun de tout organisme. Or, cette nutrition , cette composition ou décomposition continue, qu'est-ce autre chose qu'un acte chimique accompli sous la présidence de la force vitale? Il est donc absolument impossible de pénétrer un peu avant dans la connaissance de la nutrition ou vie végétative, si la chimie ne vient donner la clef de ce domaine réservé; domaine véritablement réservé, car il ne 8*est ouvert que depuis bien peu de temps ; et , avant le moment marqué par l'évolution générale de l'humanité, les esprits les plus pénétrants n'ont pu rien découvrir dans cette mystérieuse officine des corps vivants. Cela seul suffit à prouver l'indispensable coopération de la chimie à l'explication des problèmes biologiques. Tant que la chimie n'existe pas ou n'est que rudimentaire, la vie végétative est lettre close pour les hommes les plus habiles ; mais, quand la chimie apparaît enfin dans le domaine scientifique, aussitôt des esprits, qu'on n'a aucune raison de supposer intrinsèquement supérieurs à leurs devanciers, pénètrent, découvrent, avancent et font tout à coup ce qui antérieurement avait été impossible à faire.
Et la chimie, à son tour*, qu'est-ce? Devons-nous la considérer comme quelque chose d'indépendant et qui puisse subsister par soi-même? Prôtet-elle à la biologie sans emprunter elle-même ailleurs? Non sans doute; et, si la biologie ne peut subsister sans chimie, la chimie, de son côté, ne peut subsister sans physique. Appliquez, en effet, le même raisonnement que tout à l'heure, et, pour juger à quelles conditions la chimie a pu se développer, examinez quand elle s'est développée eSectivement. Vous verrez que toute l'antiquité a complètement ignoré cette science ; nulle trace ne s'en découvre alors; les hommes ont des arts chimiques, puisqu'ils fabriquent des métaux, préparent des couleurs, teignent des étofies ; mais ils n'ont pas de chimie ; leur attention ne s'est pas portée sur ces phénomènes, et ils n'en ont essayé aucune théorie. Plus tard , et lorsque le christianisme commença de se substituer insensiblement au paganisme, l'art hermétique naquit, et, captivant les esprits curieux par des espérances chimériques et des idées fautives, suscita des labeurs considérables et d'incroyables recherches. Ce fut pendant tout le moyen âge. sous le nom d'alchimie, une préoccupation constante