‹ Manuel de physiologie v.2Chapitre 7 sur 185 · PRÉFACE. XY · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XY

renchalnement rationnel, et que la pliysiqae n'a suivi que de bien loin dans l'histoire la mathématique et l'astronomie.

Enfin nous arrivons aux sciences relativement simples, et, pour cette raison, tout k fait antiques. Cependant il y a encore une hiérarchie entre elles deux , une dépendance qui Tait que l'une se subordonne à l'autre. Sans mathéma*tique , l'astronomie n'est qu'une collection d'observations isolées et de remarques empiriques sur les phénomènes célestes; mais, des que la mathématique s'y introduit, tout change de Tace, les observations se groupent, les théories se forment, la prévision commence. Il y a, dans cette grande application de la mathématique à l'astronomie, deux phases principales à distin* guer , la phase antique et la phase moderne. Dans l'antiquité, le mécanisme céleste est complètement ignoré, et toute l'astronomie s'y réduit à un pro^ blême de géométrie, provisoirement, jmais, on peut le dire, admirableiiient résolu par le génie grec à l'aide d'hypothèses ingénieuses et d'observations approximatives. Dans l'âge moderne, le mécanisme céleste est pénétré, et l'astronomie se transforme en un problème de mécanique qui a occupé les plus puissants esprits, et dont la solution a été poussée fort loin. Ainsi l'aslnmomie elle-même, qui prête un si grand appui , soit immédiat, soit lo« gique, aux sciences subséquentes, ne peut se développer si elle n'est pas précédée par une science plus simple et plus générale.

Nous voilà donc arrivés au premier échelon du savoir humain , à la science qui est réellement indépendante de toutes les autres, et qui leur prête à tontes, soit immédiatement, soit médiatement, je veux dire la mathématique. Elle est la plus ancienne, car nulle n'a pu se développer qu'elle ne fût développée ; elle est la plus simple, car l'esprit humain , dès son enfance, a pu s'y appliquer et y faire des progrès; elle est la plus indépendante, car elle s'occupe des phénomènes les plus généraux , les nombres, les formes et les mou* vements. Personne, je pense, ne se méprendra sur le sens de mes paroles, et ne m'accusera de préconiser pour cette science une culture exclusive et isolée : c'est k un but directement contraire que je tends. En faisant voir qu'elle est le premier degré du savoir humain , je montre suffisamment qu'il ne faut pas s'arrêter à ce degré, que ce serait puéril au propre et au figuré, qu'elle n'est qu'une partie d'un grand ensemble, et qu'aujourd'hui, où cet ensemble commence à être entrevu , il est absolument indispensable de l'y rattacher.

Si je me suis fait comprendre, la biologie apparaît maintenant comme le point culminant d'une série dont les termes deviennent de plus en plus com* pliqués. Les quatre premiers termes, mathématique, astronomie, physique et chimie, renferment toute la connaissance du monde inorganique; la bio* logie entame celle du monde organique; je dis entame, car nous verrons tout a l'heure que, pour la compléter, il faut joindre à la biologie une sixième et dernière adenoe qui les résume et absorbe toutes, et qui leur donne leur unité

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déiinitive. Le monde organique est dans une dépendance élroite à l'égard clu monde inorganique; de son côté, le monde inorganique forme un (eut cohérent qu'on ne peut embrasser si Ton n'eu approfondit pas les quatre parties constituantes. Ainsi commence à se montrer le lien philosophique qui enchaîne nos sciences Tune à Tautre. Si les supérieures ne peuvent subsister sans le secours des inférieures, à leur tour les inférieures ne peuvent être considérées que comme une préparation aux supérieures.

Au point de vue où nous venons de nous placer, c'est-à-dire à ce point de vue duquel on aperçoit la connexion intime des sciences, leur hiérarchie naturelle et leur tendance à ne former qu'une seule et unique science, il est important de revoir rapidement l'histoire de la biologie. S'il en est comme nous avons dit, si les sciences inférieures ne sont que la préparation aux supérieures, si les supérieures ne peuvent se développer sans les inférieures, si chacune, non pas sans doute à son heure, mais ,du moins à son siècle, s'enchâsse à côté de la précédente et indique ainsi l'ensemble, Thistoûre doit en porter le témoignage ; et, comme la biologie est une de celles dont l'enfance a été la plus longue, une de celles dont la constitution est arrivée le plus tardivement, on a là un vaste champ pour juger les théories historiques, et, après les avoir jugées, en retirer le précieux enseignement qu'elles comportent.

Chacun sait que l'art médical a partout précédé la biologie. Chez les peuples les plus grossiers, où aucune spéculation scientifique n'est encore née, on trouve cependant des pratiques médicales et chirurgicales qui , quelque rudimentaires qu'elles soient, n'en constituent pas moins une ébauche de l'art de traiter les maladies. C'est sur cet art primitif que natt peu à peu la science biologique; ce fait en reporte les premiers essais à une haute antiquité. En effet, d'une part les médecins des plus vieilles écoles grecques, et d'autre part les philosophes qui s'occupaient de la nature en général, abordèrent la science de la vie. Je laisse de côté les théories qui prévalurent: elles furent toutes empruntées à une philosophie qui essayait d'expliquer la vie par les mêmes spéculations qui lui servaient à expliquer le monde en général ; et je viens tout de suite aux travaux positifs qui commencèrent l'œuvre si longue de la fondation biologique. Suivant moi, on aperçoit trois périodes dans l'histoire préparatoire de la biologie: l'une est statique ou anatomique, ne pénètre pas dans le mécanisme des fonctions et s'étend depuis la plus haute antiquité jusqu'à Harvey ; l'autre fait de graiuls progrès dans la connaissance du jeu des organes, et va de Harvey à Bichat; la troisième, enfin, fonde la biologie en rattachant directement les propriétés organiques aux tissus élémentaires; elle commence à Bichat, dure encore et durera jusqu'à ce que la biologie, incorporée dans le système général de la science, prenne, non pas de nouvelles méthodes , mais un nouvel esprit et de plus sûres directions.

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La première pâriode est de beaucoup la plus longue ; c*est qu'en effet la biologie, appartenant dans la hiérarchie scientifique à Tavant-demier échelon, a eu besoin que tous les développements préparatoires fussent terminés, et que les premiers échelons eussent été franchis. Pour l'Antiquité, quatre noms donoenl une idée suffisante de tout le travail biologique : ces noms sont Hippocrat8t Aristote, l'Ecole d'Alexandrie et Galien. Hippocrate et leshippocratiques n'ont qu'une idée très imparfaite de la structure des corps vivants; toutefois on leur doit de brillants aperçus sur l'influence des milieux : le traité Des eaux 9 des airs et des lieux est un très remarquable monument de leur génie Inologique. Aristote a bien plus de connaissances anatomiques ; et surtout son génie encyclopédique, aidé des grands moyens d'étude que lui fournit Alexandre, lui suggéra une coordination générale des animaux , fondée sur l'étude des analogies et des différences dans les parties que l'observation pouvait alors atteindre. De plus, il faut indiquer ici qu'Aristote a également très bien saisi la subordination des facultés supérieures aux inférieures, en remarquant que sans nutrition il n'y a point de sensibilité, et que la nutrition es^ séparée de la sensibilité dans les planta ( Traité de Vâme^ II, 3). L'Ecole d'Alexandrie s'immortalisa par les travaux anatomiques : les os, les muscles, les nerfs, les viscères furent étudiés avec un grand succès, et l'histoire n'oubliera jamais les noms d'Erasistrate et d'Hérophile, quoique leurs livres aient péri. Galien se chargea de refondre et de rassembler toutes les recherches faites avant lui ; et, s'acquittant de cette grande tâche avec une véritable supériorité, il nous a laissé, si je puis dire ainsi, le testament biologique de l'antiquité; son ouvrage de l'^^a^e des parties y et celui des Lieux affectés attestent des connaissances très étendues, et font le plus grand honneur aux honmies éminents qui pendant plusieurs siècles amassèrent avec patience, avec sagacité, avec génie tant d'utiles matériaux. Mais ce ne sont encore que des matériaux. Voyez en effet tout ce qui manque: on ne sait ni comment le sang chemine, ni comment le poumon respire, ni comment la digestion s'opère, ni les lois qui régissent les nerfs, la moelle épinière, le cerveau, ni les sécrétions, ni la fécondation. Tout se réduit, comme je l'ai dit, à des notions préliminaires sur la conformation des organes et sur leurs fonctions; car, en beaucoup de cas, même sans une anatomie bien exacte, les anciens ont pu déterminer les agents qu'ils connaissaient imparfaitement , par les usages qu'ils connaissaient mieux : c'est ainsi qu'ils savaient que l'estomac digère, que le foie fait la bile, que le poumon respire, que le larynx est l'organe du son, que le cerveau pense, etc. Le moyen âge, soit musulman, soit chrétien, ne fit guère que conserver et transmettre la science antique. Des esprits puisants, tels qu'Averrhoès et Avicenne, refirent, pour l'usage de leur temps, le travail de Galien; mais ils n'y ajoutèrent rien de bien essentiel. Au seizième I. b

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siècle, Vésale reprit les reclierches anatomiques indépendantes , et il devint k point de départ d'une active investigation qui produisit les fruits les plus heureux. L'anatomie avança beaucoup; mais, au Tond*, l'état de la biologie changea peu , et elle resta privée de doctrines qui fussent à elle en propre. Il n'est personne qui ne reconnaisse toute l'imperfection de cette science jusqu'au moment où s'arrête la première période ; et aussi , en parallèle, que voyons-nous dans le vaste domaine scientiflque? La mathématique et Vastro* nomie qui sont constituées, l'alchimie qui absorbe le moyen âge, et la physique qui vient de commencer avec Galilée. Si la biologie reste rudimentatrc, c'est que les connaissances qui doivent lui servir de degrés ne sont pas encore venues à point.

Harvey inaugure merveilleusement la seconde période : c'est celle où l'on entre avec succ& dans l'étude du mécanisme par lequel les fonctions s'exécutent; et la circulation du sang est un pas décisif dans cette carrière. Bientdt on reconnaît le mouvement de la lymphe et celui du chyle. La fécondation est étudiée; les plantes sont classées; l'anatomie comparée se développe; l'irritabilité est démontrée, et, quoique rien encore ne semble annoncer le prochain avènement d'une doctrine biologique, cependant il est clair que les découvertes se pressent, que les lacunes se comblent, et que de plus en phis l'esprit humain s'essaie à saisir l'ensemble de cette vaste science. Manifestement, ses moyens deviennent plus puissants, ses recherches plus précises, son induction plus rigoureuse. Il est bien autrement exercé qu'il n'était jadis dans cette logique qui appartient aux sciences positives. Qu'est-il donc advenu qui ait ainsi accnjson pouvoir et ses forces? La mathématique et l'astronomie ont fait des progrès immenses ; la physique a pris tout son développement ; et enfin la chimie, si longuement préparée, vient d'éclore et d'illuminer de ses lumières tout l'horizon scientifique. Faut-il s'étonner si la biologie grandit aussi de son côté, si elle ressent l'influence de ces puissants secours, et si l'intelligence générale , ainsi exercée aux problèmes de plus en plus compliqués de la mathématique, de Tastronomie, de la physique et de la chimie, aborde avec plus de sûreté les problèmes encore plus compliqués de la biologie?

La troisième période constitue les bases même de la science. Rien certes n'est plus beau que cette grande conception de Bichat , qui attribue aux éléments leur propriété spécifique, et détermine les forces véritablement vitales et définitivement irtéductibles aux forces inorganiques. Celte fondation décisive a suivi de peu l'intronisation de la chimie ; tant la logique inductive avait acquis de puissance! Au jour où l'on a eu une anatomie générale, on a eu une physiologie générale ; au jour où cette double généralité a été établie, la biologie, cessant d'être rudimentaire et fragmentaire, a formé un ensemble et a eu une doctrine.

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