CHAPITRE PREMIER
Température de* animaux supérieure. — Pour déterminer la température des animaux supérieurs, on emploie un thermomètre à mercure qui marque seulement des températures comprises entre 0° et â5°, ce qui permet de donner aux degrés une assez grande longueur pour que Ton puisse apprécier un cinquième et môme un dixième de degré. Dans ce thermomètre à échelle centigrade ou à échelle arbitraire, le point zéro a été obtenu directement ; la graduation se fait ensuite par comparaison avec un bon thermomètre étalon sur lequel les deux points fixes ont été déterminés. 11 est avantageux de prendre un thermomètre à petit réservoir, afin que l'instrument soit sensible et refroidisse peu les parties qu'il doit toucher.
Le lieu d'application du thermomètre varie ; il faut se garder surtout de laisser exposée à l'air une partie du réservoir. On peut, chez l'homme, placer le réservoir dans la bouche, sous la
langue, et respirer par le nez, ou bien l'introduire dans l'aisselle, puis appliquer le bras contre le tronc.
Veut-on déterminer la température de la peau, le réservoir et la tige du thermomètre sont mis en contact avec la surface cutanée et recouverts d'une couche épaisse d'ouate et d'une bande non serrée.
Chez les animaux, on prend souvent la température dans le rectum.
Résultats. — Un grand nombre d'expériences ont été faites pour déterminer la température de l'homme et des animaux.
La température de l'homme bien portant, prise dans l'aisselle, est comprise entre 36°,5 et 37°,5.
Dans les fièvres et les inflammations, la température du corps peut s'élever jusqu'à 39°, 40°, quelquefois 42°.
Dans d'autres maladies, au contraire, il y a un abaissement de température qui, dans la période algide du choléra, par exemple, peut "être de 5° ou 6°.
Chez les oiseaux, dans le rectum, la température varie de 40° à 43°, suivant les espèces ; chez les mammifères, dans le rectum, de 37° à 40°, suivant les espèces.
Constance de la température eues les animaux Antérieurs.
— La température chez ces animaux, comme chez l'homme, est à peu près indépendante des variations de température du milieu ambiant. Le capitaine Parry, dans son voyage au pôle nord, a trouvé sur le renard arctique une température variant entre 37° et /il0, tandis que la température de l'atmosphère oscillait entre — 20° et — 35°.
La température du nègre qui habite la zone torride est presque égale à celle de l'Esquimau qui habite la zone glaciale.
Température de diverses parties du eorps. — Le thermomètre à mercure, qui est commode pour déterminer la température du corps à sa surface et dans les ouvertures naturelles, et qui satisfait ainsi aux usages ordinaires , ne permet pas chez l'homme d'étudier la température des parties profondes, des muscles, par exemple.
Pour résoudre cette question, M. Becquerel a employé deux aiguilles thermo-électriques, formées de cuivre et de fer soudés en leur milieu : instruments que l'on peut enfoncer dans les tissus, qui prennent rapidement la température des parties, et qui permettent d'évaluer avec beaucoup d'exactitude les moindres différences de température entre deux soudures. Nous parlerons plus tard de la disposition et de la graduation de ces aiguilles ; il suffit de dire ici que, si l'une des soudures est plus
chaude que l'autre de 1", l'aiguille d'un galvanomètre peut
dévier de 20'.
Pour mesurer la température des muscles de l 'avant-bras, par exemple, on enfonce une aiguille thermo-électrique (fig. 18a), de manière que la soudure soit au milieu d'un muscle ; la seconde aiguille est reliée à la première par un fil de fer qui unit les extrémités fer, et sa soudure est placée sous la langue avec le réservoir d'un petit thermomètre qui mesure
la température constante de la région sublinguale et de la soudure. La déviation de l'aiguille du galvanomètre, qui est fixé par ses deux fils aux extrémités cuivre, indique la différence entre la température du muscle et celle du thermomètre.
Quelquefois la seconde soudure est placée dans un bain d'eau à température fixe, c'est ce qu'indique la figure 18a. M. Becquerel a trouvé que la température du muscle dépasse celle du tissu cellulaire ambiant : pour le biceps brachial, la différence s'élève 4 i°,57.
Blalrfautlon de la température: tau l'appareil elrealatalre-
— H. Claude Bernard a étudié avec M. Walferdin la distribution
de la température dans l'appareil circulatoire, à l'aide de thermomètres assez sensibles pour qu'on puisse mesurer un vingtième de degré. Les résultats de ces recherches sont trèsimportants.
Température du sang dans les vaisseaux. — Le sang, dans les veines des membres, est à une température moindre que dans les artères au même niveau, et cela est vrai aussi pour les veines jugulaires comparées à la carotide, pour la veine cave supérieure comparée à la crosse de l'aorte, pour la veine cave inférieure et l'aorte au-dessous des vaisseaux qui vont aux reins.
Mais le sang de la veine rénale est plus chaud que celui de l'artère rénale ; il résulte de là que le sang qui revient des reins échauffe par son mélange le sang qui revient des membres inférieurs, et dans la veine cave ascendante, entre les veines rénales et les veines sus-hépatiques, la température est plus élevée que dans l'aorte comprise entre les mômes limites.
De même le sang des veines sus-hépatiques est plus chaud que celui de la' veine porte (excès égal à 0°,8 dans un cas) et de l'artère hépatique, et le sang qui revient du foie, source de chaleur, augmente l'excès de la température du sang de la veine cave sur celle de l'aorte; de telle sorte que le lieu le plus chaud de l'économie est au confluent des veines sus-hépatiques et de la veine cave.
Température du sang dans le cœur. — Dans le cœur droit se fait le mélange du sang qui arrive de toutes les parties du corps; la température du sang de la veine cave inférieure est abaissée par le mélange avec le sang plus froid de la veine cave supérieure.
M. Bernard a pris la température du sang dans les deux cœurs ; il a introduit successivement un même thermomètre dans le ventricule droit par la veine jugulaire externe, chez le mouton, puis par le tronc brachio-céphalique dans le ventricule gauche: toujours le sang du ventricule droit a été trouvé plus chaud que celui du ventricule gauche, et la différence a varié entre 0°,i et 0°,29.
Voici les conclusions que M. Bernard tire, de ses expériences :
« 1' La circulation à travers l'appareil pulmonaire est une » cause de refroidissement pour ce liquide.
» 2° On ne peut pas dès lors considérer les poumons comme n un foyer de la chaleur animale.
» &• La transformation du sang veineux en sang artériel chez
> l'animal vivant ne coïncide pas avec une augmentation de
> chaleur dans ce liquide, mais au contraire avec un abaisse- » ment de température. »
Lorsqu'on détermine la température du sang dans les deux cœurs aussitôt après la mort d'un animal, on trouve toujours que la température du cœur droit est la plus élevée ; mais si Ton opère lentement, le cœur droit, dont les parois sont plus minces, se refroidit plus vite que le cœur gauche, et Ton trouve un résultat inverse. M. Claude Bernard met ce fait en évidence par l'expérience suivante : On introduit dans chaque ventricule du cœur détaché un thermomètre ou une aiguille thermo-électrique à soudure terminale ; le cœur est plongé dans de l'eau tiède maintenue à 40°, par exemple ; au bout d'un certain temps, les deux thermomètres ou les deux soudures sont à la même température. On soulève alors le cœur hors de l'eau, et l'on voit bientôt que le ventricule droit se refroidit plus vite que le gauche.
La différence la plus grande entre les températures du sang
dans l'appareil circulatoire ne s'élève pas beaucoup au-dessus
de 1° ou 2° ; c'est ce liquide constamment mis en mouvement
qui distribue dans l'organisme la chaleur qui- se développe en
lui et dans les tissus qu'il parcourt.
Température des animaux
dite A sang froid. — On comprend sous ce nom les reptiles, les poissons et les invertébrés.
Les instruments les plus exacts et les plus sensibles pour déterminer la température de ces animaux, surtout lorsqu'ils sont petits, ce sont les aiguilles thermo-électriques, auxquelles on donne une forme convenable; c'est l'excès de la température de ces animaux sur celle du milieu ambiant qu'il s'agit de mesurer. On introduit une aiguille à soudure terminale, c'est-à-dire formée de deux fils fer et cuivre parallèles, soudés à leurs extrémités, dans le corps de l'animal, et l'autre aiguille dans le milieu, air ou eau, dans
Aiguille à soudures terminales de Dutrocbet. lequel il est plongé* — eu, cuivre. — fe. fer. — s,»', soudures. fv . i^. j m~a
-», pinces. -g, galvanomètre. Dutrochet, dans ses expé-
riences sur la température des
Fio. 185.
insectes, se servait d'aiguilles formées d'un fil de cuivre recourbé, soudé à chaque extrémité avec un fil de fer communiquant avec le galvanomètre (fig. 185). Il enfonçait Tune des soudures dans le corps d'un insecte vivant et l'autre dans le corps d'un insecte récemment tué. La comparaison était faite ainsi dans de bonnes conditions.
Dans ces mesures, il y a une précaution très-importante à prendre. Il faut se garder : 1° des variations de température du milieu ; 2° des causes de refroidissement, parmi lesquelles la plus puissante est l'évaporation à la surface du corps de l'animal. On se place dans de bonnes conditions en opérant dans une cave dont la température reste fixe, et en disposant les animaux sous une cloche imbibée d'eau, c'est-à-dire dans de l'air saturé d'humidité. Alors on trouve que la température des animaux dits à sang froid est constamment supérieure à celle du milieu ambiant : cette expression d'animaux à sang froid est donc inexacte ; tous les [animaux produisent de la chaleur, et cette proposition est une conséquence de celle-ci : tous les animaux respirent.
Il est arrivé cependant que des animaux inférieurs ont montré aux expérimentateurs une température égale ou inférieure à celle du milieu ambiant ; cela s'explique : on opérait à l'air libre, souvent dans l'air agité, et l'évaporation enlevait plus de chaleur que l'animal n'en produisait.
Représentation graphique des températures observées dans diverses classes d'animaux. — Pour donner un exemple d'un mode de représentation fréquemment employé, et qui offre le grand avantage de mettre sous les yeux les résultats d'un grand nombre de recherches qu'il serait difficile de graver dans la mémoire, représentons par une ligne l'excès de la température des animaux de diverses classes sur la température du milieu ambiant que nous supposons égale à 10°. Sur une ligne horizontale ab (fig. 186) (ligne des abscisses), qui correspond à cette température constante, prenons des longueurs égales, la première pour la classe des oiseaux, la seconde pour celle des mammifères. Aux extrémités de chacune des lignes, élevons des perpendiculaires (ordonnées), et portons des longueurs proportionnelles au nombre maximum et au nombre minimum qui représente l'excès observé de la température des animaux de la classe sur celle du milieu environnant (10°). Ainsi pour les oiseaux on a observé, pour température la plus grande 43°, pour température la plus petite U0* ; portons sur les deux ordonnées, d'un côté 33 millimètres, de l'autre 30 millimètres. Nous convenons qu'une
hauteur égale à 1 millimètre au-dessus de la ligne des abscisses représente un degré. Faisons de môme pour toutes les classes, et joignons par des lignes les extrémités des ordonnées; nous formons une ligne brisée qui représente la température des animaux. Si dans chaque classe on subdivisait la longueur comptée horizontalement en un grand nombre de petites lignes égales représentant les espèces ; si Ton représentait de même les résultats de l'observation, on formerait une ligne brisée compo-
mu
Fie. 186.
Représentation graphique par une ligne brisée des températures observées dans diverses classes d'animaux. — ab, ligne des abscisses représentant une température égale à 40 degrés. — 0, oiseaux. — m, mammifères. — r, reptiles. — pt poissons. — a, articulés. — m, mollusques. — *, zoophytes.
sée d'un grand nombre de petites droites qui se rapprocheraient beaucoup d'une courbe continue.
La seule inspection de la figure montre le grand abaissement de la température quand on passe des mammifères aux reptiles; mais il faut observer déplus que la température des mammifères et des oiseaux reste constante, tandis que les animaux des autres classes qui produisent moins de chaleur sont bien plus soumis aux influences des causes de refroidissement et présentent une température variable.