CHAPITRE IV
APPLICATIONS MÉDICALES DE l/ÉLECTRICITÉ.
Rhéophores employés. — Lorsque l'on veut appliquer l'électricité, principalement les courants induits, sur le corps de l'homme, on emploie des rhéophores de forme différente, suivant les effets que l'on veut produire ; on se sert ou de plaques métalliques de différentes grandeurs, ou de cylindres creux de métal contenant des éponges humectées d'eau ordinaire ou d'eau salée, ou bien des pinceaux de fils métalliques. Ces excitateurs sont attachés aux extrémités de la bobine induite de l'appareil à chariot que nous avons décrit (page 487, fig. 360).
Excitation de* nerf» sensibles de la peau. — On se propose souvent de produire une excitation par l'électricité des nerfs superficiels de la peau, nerfs de sentiment, sans que l'excitant agisse sur les parties plus profondes, c'est-à-dire sur les nerfs moteurs et sur les muscles. On doit à M. Duchenne (de Boulogne) d'avoir indiqué les conditions dans lesquelles il est possible d'agir spécialement sur les nerfs sensibles superficiels, ou sur des muscles isolés, ou sur plusieurs muscles à la fois.
Supposons qu'on prenne comme électrodes des courants d'induction deux fils métalliques appliqués en deux points sur l'épiderme sec, ce revêtement de la peau est mauvais conducteur de l'électricité; enlre les deux électrodes le courant suit la môme marche que dans un corps médiocrement conducteur, il se propage en ligne droite et en courbes qui se terminent aux mOmes points; parmi les courants dérivés, ceux qui se propagent ligne droite sont les plus intenses; les courants sont fort affai blis par la grande résistance qu'offre l'épiderme; c'est aux points d'application des électrodes que passe à la fois la plus grande quantité d'électricité, c'est là que l'action sur les nerfs sera la plus énergique. Mouillons l'épiderme avec de l'eau salée, il devient aussitôt meilleur conducteur, la résistance offerte aux courants est moindre, les courants induits sont plus intenses; c'est aux points d'application des électrodes et sur la ligne droite qui les joint que les actions physiologiques sont les plus énergiques. Pour exciter les nerfs de la peau, on emploie comme élec- Irodes un large cylindre de métal creux contenant une éponge imbibée d'eau que l'on applique sur une surface de la peau voisine de celle que l'on veut exciter; puis, comme seconde électrode, on se sert d'un pinceau de fils métalliques que Ton proghbhant. 29
mène légèrement sur l'épidémie sec; il se produit alors une vive excitation des nerfs cutanés [sensibles, et les muscles ne se contractent pas dans ces conditions ; les courants qui entrent par une foule de points, par tous les fils métalliques, trouvent dans Tépiderme sec une grande résistance, puis se répandent après avoir traversé Tépiderme sur la surface étendue de l'autre électrode ; les courants dérivés ne peuvent avoir assez d'intensité pour exciter les nerfs et les muscles situés sous la peau.
Excitation de* muselé». — M. Duchenne donne à la méthode d'excitation des muscles le nom de faradisation localisée, parce que c'est à M. Faraday que nous devons la connaissance des courants d'induction. Pour produire cette excitation, il faut conduire les courants induits dans les parties profondes sous-cutanées, rendre par conséquent l'épiderme aussi bon conducteur que possible, et faire passer les courants par une section assez étroite pour qu'ils conservent une intensité telle que les muscles se contractent. Pour satisfaire le mieux possible à ces conditions, en applique au-dessus du muscle que l'on veut faire contracter une électrode toute semblable à celle qui vient de servir, c'està-dire formée d'un cylindre de métal large contenant une éponge imbibée d'une solution de sel marin; à une petite distance de celle-ci, on applique sur la peau humectée un petit cylindre garni aussi d'une éponge ; supposons que les courants entrent au-dessous de cette électrode, ils pénètrent par la peau humide jusque dans le muscle placé au-dessous, puis se rendent par son tissu jusqu'à la première électrode ; c'est au-dessous du petit cylindre que l'électricité fournie par les courants est plus condensée, aussi ce lieu d'application nous présente les parties du muscle qui se contractent le plus énergiquement
Lorsqu'on veut exciter un muscle entier, il est préférable d'agir sur le tronc nerveux qui s'y ramifie, et pour faire contracter plusieurs muscles de porter l'excitation sur le tronc nerveux qui les anime tous. îl y a des points sur lesquels doit être appliquée la petite électrode qui doit rester voisine de la grande : ces points d'élection sont ceux où les nerfs pénètrent dans les muscles.
Pour exciter un nerf, il faut tâcher d'appliquer les électrodes que Ton peut prendre toutes deux petites, dans les régions du corps où il est le plus superficiel.
Emploi des excitations électriques dans la paralysie. — Nous ne pouvons pas entrer ici dans le détail des cas nombreux qui réclament l'emploi de l'électricité; citons seulement un exemple qui se présente assez souvent dans la pratique. Supposons qu'un membre soit paralysé» les muscles n'obéissent plus à Tordre de
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la volonté ; si nous abandonnons ces organes à eux-mêmes, ils pourront rester longtemps dans l'inactivité, éprouver la dégénérescence graisseuse, et si la paralysie du nerf vient à guérir, les fibres modifiées ne peuvent plus obéir à. l'ordre des nerfs ; il est très-utile alors de Taire chaque jour contracter les muscles du coté paralysé à l'aide de l'appareil d'induction; ainsi on évite l'altération du tissu.
univinoriiuKqnr — On emploie fréquemment en chirurgie depuis plusieurs années une méthode de cautérisation des tissus à l'aide d'un fil de platine porté au rouge par un courant électrique; celte manière d'opérer offre plusieurs avantages : on peut l'employer à une grande profondeur; un fil peut être maintenu longtemps bu rouge incandescent; on peut exciser par le fil rouge des parties situées proCondémentsans craindre d'hémnrrhagic.
H. Middeldorpifa imaginé un lacs galvanocauslique qui permel, par exemple, d'e\ciser un polype laryngien; un lil de platine dont les extrémités passent dans deux tubes de cuivre isolés l'un de l'autre par de l'ivoire (fig. 375) forme une anse de fil qu'il faut introduire à la base de la tumeur et serrer autour. En fixant les pôles d'une pile aux extrémités A et B des tiges de cuivre, < fait passer un courant assez énergique pour porter le fil a l'incandescence, puis ou diminue peu à peu la grandeur de l'anse en tirant sur les*»"»1 ™p!'>)'*. p?'« i'™1"!"?.1: extrémités du fil de platine enrou- J^pnummi. * "" ' léci sur deux barillets b et 6'.
On peut employer une pile de Bunsen dont on prend plusieurs éléments a grande surface ; il faut alors faire monter la pile en dehors de la salle d'opérations, pour éviter les vapeurs acides. On peut aussi avec avantage se servir de la pile de Grenet qui est énergique et qui ne donne point de vapeurs.
eairaMffMetarc. — On a réussi par l'éleclrolyse du sang contenu dans un sac anévrysmal, à l'aide d'un courant constant, i. obtenir l'oblitération du sac et par suite la guérison de l'ané-
éner- v -^+5^ Jf75"*—
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vrysme. L'électrode négative, plaque de métal garnie d'une éponge, est placée au-dessus de l'artère sur la peau humide; une aiguille fine d'argent vernie jusque près de son extrémité est enfoncée dans les tissus de manière qu'elle pénètre dans l'intérieur du sac anévrysmal; on unit cette aiguille au pôle positif d'une pile de Grove de dix éléments de petite dimension, et l'on comprime l'artère au-dessus du sac; les sels du sang sont décomposés, au pôle positif se portent les acides, là un caillot se forme qui remplit peu à peu la cavité de l'anévrysme.
Application* du courant constant. — Les courants constants dont l'emploi en médecine avait cessé après la découverte des courants d'induction, ont été appliqués de nouveau à la thérapeutique par Remak, en Allemagne, et Hiffelsheim en France. La modification la plus importante apportée par eux consiste dans l'emploi de piles à courant constant (éléments de Daniell, de Remak, de Marié -Davy), disposées de manière à fournir une tension électrique assez forte et à ne produire qu'un travail chimique peu considérable. Il faut donc se servir d'un grand nombre d'éléments dans chacun desquels les phénomènes chimiques soient peu intenses. (Nous avons vu que le travail chimique extérieur que produit un courant est égal à celui qui a lieu dans chaque élément.) Les premières piles employées produisaient des phénomènes électrolytiques trop énergiques, et les rhéophores appliqués sur l'épiderme décomposaient les tissus.
Les courants constants et continus agissent tout autrement que les courants d'induction sur les muscles, sur les nerfs et sur la circulation. Les courants induits qui changent constamment de sens font contracter les muscles pendant tout le temps de leur passage ; les courants continus, comme nous l'avons vu, ne déterminent de contractions qu'à la fermeture et à l'ouverture du circuit. Appliqués sur les nerfs isolés*, les courants continus augmentent ou diminuent le courant propre du nerf (état électrotonique de M. du Bois-Reymond) ; appliqués de môme, les courants induits font disparaître ce courant électrique du nerf. Les courants d'induction arrêtent ou tout au moins ralentissent la circulation en faisant contracter les fibres musculaires des vaisseaux. D'après MM. Legros et Onimus, les courants continus augmentent au contraire la circulation et la rétablissent lorsqu'elle est arrêtée; ils peuvent môme contribuer à rétablir la respiration et la circulation suspendues par les inhalations de chloroforme. Peut-être les courants continus agissent-ils en produisant des phénomènes électrolytiques capables d'exciter vivement les éléments anatomiques.