CHAPITRE VI
»e«crip<ion succincte de l'œil. — L'œil, merveilleux instrument d'optique qui nous permet de connaître et de percevoir la lumière, est formé essentiellement d'un globe presque sphérique contenant plusieurs milieux transparents. La réfraction, à travers ces milieux, des rayons de lumière qu'envoient les objets extérieurs, produit des images nettes sur une membrane nerveuse, la rétine, dont les éléments excités communiquent au cerveau des impressions spéciales.
Examinons successivement les enveloppes de l'œil et les diverses parties qu'elles renferment.
La sclérotique estime membrane blanche, résistante, composée de fibres entrecroisées, qui donne au globe oculaire (fig. Ziû2) la forme d'une sphère légèrement aplatie en arrière et plus bombée en avant.
La cornée transparente, dont le bord circulaire est enchâssé à la partie antérieure de la sclérotique comme un verre de montre, présente une surface peu différente de celle d'une sphère.
En arrière de la cornée on voit un diaphragme vertical mobile, l'iris, dont l'ouverture appelée pupille se dilate ou se rétrécit très-facilement. Il suffit de passer de l'obscurité à la lumière vive pour voir le mouvement de rétrécissement, le passage inverse de la lumière à l'obscurité montre la dilatation. Le tissu de l'iris contient beaucoup de vaisseaux soutenus par une charpente de tissu fibreux; en arrière, il est revêtu d'une couche de cellules pigmentaires.
Immédiatement derrière l'iris se trouve une lentille biconvexe parfaitement transparente, le cristallin, dont la face postérieure est plus bombée que la face antérieure. Environné d'une
capsule mince, le cristallin est formé de couches qui se recouvrent comme les tuniques d'un oignon et dont les éléments aualomïques sont des libres juxtaposées, à section hexagonale.
L'intervalle qui sépare la cornée de l'iris el du cristallin appliqué exactement sur la face postérieure de ce diaphragme, est rempli d'un liquide aqueux qui a reçu le nom A' humeur aqueuse.
Le globe de l'œil en arriére du cristallin contient un liquide
gélatineux parfaitement transparent, qu'on appelle cotfw wtri, et qui est renfermé dans la membrane hyaloïde.
En dedans, l'œil est tnpis?é par une membrane mince 1resvasculaire, qui recouvre la face interne de la sclérotique, et qu'on appelle choroïde. Celte membrane offre une ou plusieurs couches de cellules pigmenlaires noires qui forment de l'intérieur du globe une véritable chambre obscure; chez les albinos celle couche de pigment n'existe pas.
A la partie antérieure de la choroïde, M. Brucke a découvert des libres musculaires lisses qui paraissent jouer un rôle essentiel dans le mécanisme de l'accommodation, et dont l'ensemble
a reçu le nom de muscle eiliaire. La choroïde fournit en outre a sa partie antérieure des replis nombreux qui sont les procès cïliaires et qui présentent des réseaux de vaisseaux capillaires. La rétine est une membrane nerveuse située entre le corps vitré et la choroïde, a la partie postérieure du globe oculaire
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elle résulte de l'épanouissement des libres du nerf optique. Celle membrane translucide offre un point blanc à l'endroit de l'implantation du nerf optique ; à une petite distance de là elle
présente une tache jaune (macula lutea) qui jouit de la plus grande sensibilité visuelle.
La structure anatomique de la rétine est complexe. Du côté du cristallin on trouve une couche de bâtonnets ou cylindres droits dont la section est 0mm, 0018 environ, qui sont rangés l'un à côté de l'autre avec beaucoup d'ordre et qui se prolongent par un filet très-ténu. Entre les bâtonnets se présentent des cônes plus larges que ceux-ci qui se terminent en bâtonnets du côté de l'humeur vitrée, et qui, en arrière, se prolongent en un corps ovoïde muni d'un noyau.
Les cônes sont très-nombreux dans la tache jaune. Ces éléments reçoivent les impressions lumineuses et les propagent par les éléments situés plus profondément aux fibres primitives du nerf optique. Outre les couches superficielles on reconnaît encore dans la rétine plusieurs couches profondes dont l'une est remplie de cellules nerveuses à prolongements multiples qui s'anastomosent avec les fibres primitives du nerf optique. #
Expérience de Magendie. — C'est Kepler qui a indiqué le premier la marche des rayons lumineux dans l'œil et la formation des images sur la rétine. Magendie a montré par une expérience facile à répéter que les objets extérieurs vont peindre sur cette membrane nerveuse leur image nette et renversée. Un œil de lapin albinos (dépourvu de pigment) est tourné dans une chambre obscure vers la lumière d'une lampe ; l'observateur placé derrière le globe oculaire aperçoit par transparence sur la rétine une image renversée du corps lumineux. Cette expérience importante peut être faite avec un œil de bœuf, mais il faut alors enlever avec un scalpel les couches de la sclérotique et ne laisser de cette membrane qu'un feuillet mince et translucide. En tenant l'œil dans un support convenable, par exemple dans un cylindre de carton, et en tournant la pupille vers 'une bougie allumée, on aperçoit dans la chambre obscure, l'image nette de la flamme, renversée et plus petite que l'objet.
Construction géométrique dan* l9œll de la marche été rayons envoyés par an point lumineux éloigné. — Pour faire cette construction qui présente l'efFet des divers milieux réfringents dont l'œil est formé, construction qui explique la première partie de la physiologie de la vision, ou la formation des images sur la rétine, nous avons pris une figure qui représente la forme de l'œil humain en dimension triple (fig. 444). Cette figure est une réduction de l'œil schématique que M. Giraud-
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Teulon a construit en prenant les dimensions des diverses parlies du globe de l'œil données par M. Helmholtz et par M. Listing.
La ligne XX' représente Taxe visuel ou l'axe optique, c'est-àdire la ligne qu'il faut tourner vers les objets pour les voir avec le plus de netteté, pour que leurs images se produisent sur la tache jaune, la partie qui est la plus sensible.
Désignons par A le centre de courbure sphérique de la cornée, par B et par G les centres de courbure sphérique des faces antérieure et postérieure du cristallin; l'indice de réfraction de la cornée et de l'humeur aqueuse est comme celui de l'humeur vitrée à peu près égal à 1,35; tandis que l'indice du cristallin est plus grand et peut être pris égala 1,45 en moyenne. Nous pouvons, avec ces nombres, construire la marche des rayons parallèles à Taxe visuel dans l'œil schématique dont les dimensions sont proportionnelles à celles de l'œil normal.
Soit DI un de ces rayons qui rencontre la cornée transparente au point I, joignons le centre A de courbure à ce point et prolongeons cette ligne, la normale, qui forme avec le rayon incident un angle DIM égal à l'angle d'incidence. Pour obtenir le rayon réfracté, il faut construire un angle de réfraction tel que le rapport des sinus des angles soit égal à l'indice de la cornée et de l'humeur aqueuse, qui est 1,35. La construction a été faite par le procédé qui nous est connu et a donné le rayon IJ qui, arrivé A. la face antérieure du cristallin, éprouve une seconde réfraction. Menons la normale BN au point J; le rayon U passe d'un milieu, l'humeur aqueuse, dans un autre, le cristallin, dont l'indice de réfraction est plus grand. Nous avons vu plus haut (page 546) comment, dans ce cas, on obtient le rayon réfracté. En faisant la construction nécessaire, nous traçons le rayon JK dans l'épaisseur de la lentille ; à la face postérieure du cristallin, menons la normale CP et construisons le rayon qui se réfracte en s'éloignant de la normale puisqu'il passe du cristallin dans l'humeur vitrée dont l'indice de réfraction est moindre. Le rayon réfracté vient rencontrer la rétine au point F. Nous avons répété pour deux autres rayons GP, LS parallèles à l'axe visuel les mêmes constructions et nous voyons que ces rayons, après plusieurs réfractions, vont rencontrer le premier rayon ; le point de concours, comme le démontre la figure, se trouve à très-peu près sur la rétine. C'est en ce point F que les fibres nerveuses sont excitées et qu'elles transmettent au cerveau l'impression qu'elle reçoivent. Ce que nous disons de trois rayons est évidemment vrai d'un faisceau de rayons parallèles