‹ Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette scienceChapitre 10 sur 120 · MATÉRIALITÉ, PA AT · texte numérisé non relu

MATÉRIALITÉ, PA AT

et, ne pouvant en apporter aucune autre preuve directe que l’avertissement de leurs sens, sujets à errer , plusieurs d’entre eux doutèrent que la matière fût autre chose que des apparences. Cette opinion fut renouvelée par quelques modernes , et Buffon même, le grand Buffon, n’osa la proclamer absurde : mais la plupart, admettant l'existence de la matière comme suffisamment prouvée, se livrèrent à de nouvelles recherches pour en déterminer l'essence et la forme. Nous n’entreprendrons pas d’analyser tous les systèmes inventés dans ce * but; ils sont aussi nombreux que les savans qui ont écrit sur cette matière, et ce serait sortir enüèrement de notre plan ; d’ailleurs il n’en est que deux qui aient conservé quelque faveur auprès des physiciens modernes. L'un, plus particulièrement adopté en France, considère les coips comme l’assemblage d’une multitude de molécules infiniment déliées, laissant entre elles plus ou moins d’espace ; l’autre, plus généralement suivi en Allemagne, regarde les corps comme une masse de matière continue, mais essentiellement compressible et dilatable en vertu des forces qui agissent sur elle. 4. Mais, nous le répétons encore, la physique spéciale doit rejeter ces questions. Toute hypothèse qui n’est point basée sur l'expérience doit être bannie de son domaine, si ce n’est lorsqu’elle peut servir à représenter les phénomènes à l'esprit d’une manière plus claire. Dans l’étude qui nous occupe , l'observation attentive des faits ayant fait reconnaître que certains corps semblaient agir sur d’autres, leur imprimer des mouvemens, les soumettre à leur influence, leur faire éprouver des changemens, le vrai physicien, d’après cet avis à lui donné par ses sens, a dû conclure que ces corps étaient matériels, mais il a dû s’arrêter là : toutes les fois que l'expérience ne lui démontrait pas le contraire, il ne devait pas supposer que ce qu’il

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voyait, ce qu’il entendait n’existait pas, n’était que de simples apparences.

Le physicien entend donc par corps matériel tout ce qui manifeste sa présence par une action quelconque, et en cela il ne fait que traduire lexpression des phénomènes ; mais n'est-il pas probable que, par cette trop grande réserve, il s'éloigne de la vérité? Car, de la sorte, ne matérialise-t-1l pas les fluides incoercibles , tels que la lumière et Pélectricité , et même lattraction, qui pourraient être considérées comme des propriétés inhérentes à la matière, comme des modifications dans l’état des corps et non des corps distincts ? N’est-il pas probable qu'il existe dans la nature des forces qui ne sont pas matière P Ces questions sont jusqu'alors aussi insolubles que celles indiquées plus haut, et ce mot force, dont la valeur est assez arbitraire, est en général appliqué par les physiciens à Paction d’agens dont ils ignorent la cause, est destiné par eux à représenter des propriétés qui leur sont inconnues.

5. La matérialité est la première propriété générale que les observations nous font reconnaître dans les corps ; mais cette matière, dont les agrégations sont si différentes dans leur figure, leur action , leurs propriétés , est-elle homogène , estelle composée d’élémens semblables , soit dans leur nature, soit dans leurs formes ? ou bien un certain nombre d’élémens , ayant des propriétés diverses , des formes particulières, composent-ils, par leurs. combinaisons infiniment variées, tous les corps, que nous offre la nature? et, dans ce cas, quel est le nombre de ces élémens'constituans, quelles sont les formes de ces molécules primitives ? Sans cher-. cher à résoudre ces questions délicates, de même

ue les précédentes bien débattues, mais non, éclaircies par les philosophes, dont les découvertes : de la chimie moderne nous font du moins entre-.

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