DE LA MATÉRIALITÉ
3. Les philosophes , tant anciens que modernes, se sont épuisés en discussions peu philosophiques, en vaines subtilités, dans la tentative de connaître non seulement quelle est l’essence de la matière, mais encore si son existence est suffisamment démontrée aux yeux de la raison. Deux causes devaient nécessairément les égarer dans ce dédale de suppositions et d’hypothèses que chacun d’eux élevait à grands frais pour les voir renverser par ses adversaires : le flambeau de l’expérience n’était point leur guide, et ils cherchaient à remonter aux causes premières , destinées à nous être inconnues peut-être éternellement. Aussi les vrais observateurs de la nature se gardèrent-ils bien de les suivre dans ces voies obscures, et ils se contentèrent de chercher par leurs travaux à remplacer les suppositions par les observations, les hypothèses par les faits, les systèmes par les conséquences des expériences, l’erreur par la vérité. Déjà les anciens philosophes grecs s'étaient occupés de la question de l’existence de la matière :