‹ Manuel de physique, ou élémens abrégés de cette scienceChapitre 13 sur 120 · DE LA DIVISIBILITÉ · texte numérisé non relu

DE LA DIVISIBILITÉ

11. Tour corps matériel a nécessairement une forme quelconque, et occupe un certain espace, quel que soit d’ailleurs son degré de ténuité. Il est évident par conséquent que chaque corps peut, du moins par la pensée, être partagé en deux ou un plus grand nombre de fragmens, et ainsi de suite à l’infini : et ceci ne doit étonner l’imagination qu’au premier abord; car toutes les idées de grosseur et de petitesse, comme de lenteur et de vitesse, ne sont que relatives, et on a lieu d’être surpris que des esprits, d’ailleurs très profonds, aient pu disputer si long-temps et si gravement sur la divisibilité de la matière. C’est une pure contradiction dans Îles termes; car si l’on veut parler de la divisibilité rationnelle et mathématique, on vient de voir qu’il est impossible de lui assigner de limites ; elle est infinie, parce qu’une molécule, même élémentaire , peut être supposée partagée en deux portions, et ainsi de suite. Si l’on parle, au contraire , de la divisibilité physique et mécanique, on ne peut douter qu’elle n’ait un terme quelconque , tel éloigné qu'il soit, puisque nous voyons des molécules constituantes, après des combinaisons sans nombre, reparaître sans altération, et fournir les mêmes produits. Nouvelle preuve des égaremens qu'occasionne si souvent dans toutes les sciences, mais surtout en philosophie, l’abus des mots et du langage !

Page 1