THÉORIE
293. Dans un milieu élastique et homogène, tout ébranlement se propage constamment dans le même sens, en se communiquant de proche en proche. Ainsi, une bille qui vient en frapper une autre de masse égale, lui communique tout son mouvement, et reste en repos; mais il n’en est plus ainsi lorsque les masses sont inégales; en effet, continuant l’exemple de la bille, si celle qui vient frapper l’autre est plus considérable, elle partagera son mouvement avec elle, mais ne le continuera pas moins dans le même sens; au contraire, si elle est plus petite, tout en imprimant, à la première un léger mouvement, elle sera repoussée en sens contraire de sa direction primitive. Ce n’est donc point la réflexion en elle-même qu’il est difficile de concevoir; car, d’après l’énorme différence qu’on doit supposer exister entre les molécules de l’éther et celles du corps, on voit que la réflexion doit être fort considérable; mais c’est comment il se fait que, sur des surfaces qui, pour la lumière, doivent être:si inégales, la réflexion soit cependant si régulière, et fasse constamment l’angle de réflexion égal à l’angle d’incidence.
Dans la théorie d’'Huyghens, cette singularité s'explique sans avoir besoin d’une surface parfai: tement polie. En effet, dans ce vaste système, on a vu que toutes les fois qu’une onde est brisée, ou en partie interceptée, il faut considérer chacun de ses points, comme devenant un centre d’ondulaüon particulier; il s'ensuit que lorsqu'une onde arrivera à la surface du corps réflecteur , les par- Ÿ ticules de ce corps la décomposeront et enverront des rayons dans tous les sens. Mais ces rayons seront invisibles à cause de leur isolement, ou détruits par les interférences à cause de l'inégalité des chemins parcourus, excepté ceux qui, envoyés par la portion des molécules du corps ré-
DE BA LUMIÈRE. 25" flecteur, placées dans le même plan, auront également dans le même plan les centres de leurs ondujations particulières ; car alors aucun effet opposé ne peut détruire le mouvement , comme il arrive pour les autres points, et ces ondes particuhères reformant une onde réfléchie semblable à l’onde incidente, auront acquis de nouveau les conditions nécessaires pour être visibles. La fig. 58 montre pourquoi cette ondulation réfléchie visible fait l'angle de réflexion égal à langle d'incidence; c’est qu’en effet, dans cette seule direction, onde primitive totalese retrouve composée avec une semblable vitesse par les ondes partielles que forme chaque point de la surface réfléchissante.
234. Nous avons vu, par les phénomènes des interférences, que les diverses substances transparentes ralentissent le mouvement des ondulations : ceci va nous faire découvrir la cause de la réfraction. En effet, dès que le mouvement est ralenti par le milieu réfringent, et en raison de sa densité et de sa nature, il arrivera que l’onde totale, composée, en route par la réunion des mouyemens élémentaires, se décomposera, et chaque point de la surface réfringente deviendra le centre d’une ondulation particulière. Mais, almsi que nous venons de le voir pour les ondes réfléchies , chacune de ses ondes particulières ne produira pas une impression de lumière, par la raison qu’un seul rayon n’est pas appréciable ; il n’y aura que ceux qui pourront se recomposer en suivant une même ligne, et parcourant un égal chemin , qu'avant d'arriver à la surface réfringente , qui seront visibles, et le calcul démontre que ce sont ceux dont le sinus de l’angle d'incidence est en rapport constant avec le sinus de l'angle de réfraction , puisque c’est suivant cette loi que se reproduisent dans les différens milieux les variations de longueur et de vitesse des ondulations, première