‹ Manuel de prédication populaireChapitre 32 sur 90 · VIII. — Du Blasphème · texte numérisé non relu

VIII. — Du Blasphème

Omnis hlasphemia tollatur a voUs, (Eph.,iv, 31.)

Que tont blasphème dispmUse du milisu de vous*

Ce que Tapôtre saint Paul recommandait aux fidèles d'Éphèse, nous devons vous le recommander à vous aussi, chrétiens : car de toutes les manières par lesr quelles on profane le saint nom de Dieu, il n'en est pas de plus criminelle ni de plus odieuse que leblas* phème. Et cependant, faut-il le dire 9 il n'y a pas d'habitude plus universellement répandue que celle de vomir Toutrage contre Dieu. On trouve jusqu'à des enfants qui, ayant peine à savoir peut-être leur prière du matin et du soir, sont initiés à tout ce qu'il y a de p)ns horribleet de plus révoltant en faitde blasphème.

Qviels ont été leurs instituteurB et leurs maîtres dans ^^tte langue infernale î Leurs propres parents, hélas I ^'est sous le toit paternel et au foyer domestique qu'ils Ont entendu, sans les comprendre d'abord, ces exprès^ Bioûs abominables dont ils se font aujourd'hui un jeu Scandaleux^ qui fait rougir tout chrétien digne de ce )3om»««.*

Pour vous inspirer une vive horreup de ce crime, je iriens vous en exposer 1 * les odieux caractères ; T les châtiments redoutables.

I. Caractères du è/ospAéme. — Qu'est-ce, d'abord, que le blasphème ? C'est une parole injurieuse à Dieu ou aux saints. Il consiste à attribuer à Dieu ce qui ne lui convient pas, ou à lui refuser ce qui est de son essence : la bonté, la justice, la sainteté, la sagesse. Blasphémer, c'est donc mal parler de Dieu, ou mêler son nom adorable à des malédictions, à des exécra^ tionS) à des anathèmes. Qu'on parle mal de l'homme, il n'y a rien là de surprenant : il y a en lui tant do défauts, d'imperfections, et quelquefois tant de perversité et de malice t. .. Mais mal parler de Dieu, le maudire, lui, la sainteté^la perfection» l'amour, la bonté, la toute-puissance, la miséricorde infinie, cela ne peut se comprendre. Aussi le blasphème présente-* i-il un caractère de véritable et complète folie. Quel est, en effet, l'audacieux qui se dresse contre Dieu et lui lance l'outrage à la face? G*est un homme^ c'està-dire l'être le plus faible, le plus fragile, le plus vil, le plus méprisable qui se puisse trouver. C'est un ?er de terre qui dresse contre le Hoi immortel des «iècle^ sa tête superbe ^ et potte \\3l^^^ ^^sxâ^

ciel ses lèvres souillées, postierunt in cœlum os suum (Ps. Lxxii, 9); et, comme un vil serpent fait retentir jusqu'au pied du trône divin ses horribles sifflements. Que penseriez-vous d'un misérable esclave qui oserait braver en face son maître et son roi, qui d'un mot peut l'envoyer au dernier supplice ? Vous penseriez que ce malheureux a perdu la dernière lueur de bon sens. Eh bien ! est-ce que le blasphémateur n'est pas plus insensé encore?... A la folie il ajoute une insolence sans nom, une témérité sans exemple... Un voleur, un vindicatif, un assassin, un volupteux, un calomniateur est bien coupable sans doute ; mais encore un pécheur de cette sorte ne s'attaque pas à Dieu directement... Dans les autres péchés : le vol, l'impureté, l'intempérance, il y a un motif, un appât ; mais dans le blasphème, il n'y en a aucun : c'est un péché de pure malice, c'est proprement le péché des démons. — Ce qui fait connaître la nationalité d'un homme, c'est la langue qu'il parle, et la manière, le ton, l'accent dont il la parle. Loquela tua manifestum te facit (Matth., Ixxvi, 73), dirent les Juifs à saint Pierre en l'accusant d'être Galiléen. Eh bien 1 le blasphémateur, quelle langue parle-t-il î la langue du ciel? au ciel on loue Dieu : Sanctusy SanC" tus, Sanctus... la langue des hommes justes et saints sur la terre? sur la terre les vrais chrétiens ne parlent de Dieu que pour le remercier et le bénir... Ja langue des hommes simplement hoimétes et bien élevés? dans la bonne société le blasphème est inouï, et il serait d'une incivilité inexcusable. Quelle langue donc parle le blasphémateur? La langue des démons

dans l'enfer, l^outez les cris qui s'échappent de ce lieu de ténèbres et d'horreur : ce ne sont qu'imprécations, malédictions et blasphèmes : Blasphemaverunt Deum cœli prx dolorihus et vulneribus suis. (Apoc, xvi, 11). Blasphémateur, votre langage vous dénonce comme citoyen de l'enfer, loquela tua manifestum te facit.

Dirons-nous encore la noire ingratitude dont se rend coupable le malheureux qui blasphème ? À qui insulte- t-il? Â son Dieu... à son Créateur... à son bienfaiteur. Il tient de lui cette langue qu'il prostitue au démon... Il outrage Jésus-Christ son Rédempteur, son ami, son maître et son souverain juge. Une si criminelle conduite envers un simple mortel serait déjà impardonnable ; envers Dieu, comment la qualifier f...

Autant qu'il est en lui, le blasphémateur est déicide: si des paroles il pouvait passer aux actes, il supprimerai Dieu, il ranéànlirait. Jésus-Christ a pu dire des Juifs qui le crucifiaient : Non enim sdunt quid fadunt^ ils ne savent ce qu'ils foot. Mais peut-on le dire du blasphémateur? Il ne peut douter, lui, de la divinité de Jésus-Christ

II. Châtiments du blasphème. — Comment s'étonner après cela des châtiments terribles que la loi ancienne infligeait au blasphémateur? Un homme, un jour, s'étant pris de querelle avec un de ses frères, blasphéma le nom du Seigneur. Moïse le fit mettre en prison en attendant l'ordre du Seigneur. Dieu répondit au grand législateur : « Conduisez cet homme hors du camp. Que tous ceux qui ont entendu son blasphème mettent leurs mains sur sa\fe\ft, ç\.q^^\xsv^\^

peuple le lapide. » (Lévit.^ XXIV5 10-U.) ^ Tout homme qui aura l^lasphémé le nom de Dieu. » ajoute le LéTîtique (XUV) 16), « sera puni de mort. » L'impie Semiachérib blasphème, et l'ange du Seigneur exter-i mine 189,000 de ses soldats et lui-même périt assas* sine par ses propres enfants. (IV Reg.) xix, 35-37» II Parai., xxxii, Si. Tob., i, 21, 23. Eccli., XLViu, 84. Is., XXXVII, 36-38. I Mac, VIi) 4U II Mae., Yiii, 1 9.) Ântioehus est dévoré tout vi\ant par les vers. (II Mac, IX) 9.) ~ Julien l'Apostat est frappé d'une flèche miraculeuse. ~ Arius s'arrache les entrailles. ~ Nestorius a la langue pourrieé — Que d'exemples effrayants ne pourrait-on pas citer^ même de notre temps?.«.

Quand la loi civile chez les nations chrétiennes vengeait les droits de Dieu, comme elle venge les droits des citoyens, le blasphémateur était également puni, et le grand roi saint Louis lui faisait percer la langue. chrétiens i je vous répéterai en finissant : Omnù blasphemia toUatwr a vohis ; que le blasphème ne s'entende jamais plus parmi vous. Ainsi soit-il.

Page 1