XIX. — Du Mensonge
Os quod mentitur, occidii animam (Sap., I, H.)
La bouche qui ment, tue Tâme.
Le mensonge serait-il si fréquent dans le monde^ si ceux qui se le permettent étaient bien persuadés de la parole que vous venez d'entendre? Il ne s'agit pas seulement ici du mensonge solennel proféré devant les tribunaux, et qui porte spécialement le nom de faux témoignage, mais on général de toute parole, de toute affirmation contraire à la vérité. Ne vous faites pas illusion : cette réponse que vous faites, ce discours que vous tenez opposé à ce que vous savez parfaitement être la vérité, est comme un glaive à deux tranchants qui sort de voire bQWK.\2L^ ^V. V>'
votre Ame, consciente de ce que tous dites, une blessure mortelle : Os quod menUlur^ ocdâii ontmam.
Pourquoi donc le mensonge en lui-même est-il un si grand mal? Nous allons le dire. G*est parce qu'il est contraire : 1** d V homme; 2» à la société; 3" à Dieu. Nous ferons connaître ensuite quelles sont les trois sortes de mensonges dont on se rend coupable, à savoir : \*\e mensonge joyeux; 2* le mensonge officieux ; 3** 'le mensonge pernicieux.
I. Le mensonge est contraire à Vhomme, — Mentir, c*est parler contre sa pensée, avec l'intention de tromper et d'induire les autres en erreur. Il ne faut pas confondre le mensonge avec l'erreur. J'affirme uiio chose que je crois vraie, et elle se trouve fausse : jo mo trompe, je suis dans Terreur ; mais je ne fais pas un nuMïsonge, parce que je n'ai nullement Tinlentiou de tromper. Ce qui fait le mensonge, c'est donc rintention, la volonté de donner comme vrai ce qui est faux.
Comme tel, le mensonge est contraire à l'homme, qu'il offense dans son intelligence et dans ses droits. Son intelligence est faite pour la vérité, la vérité convient à l'intelligence comme le pain à notre bouche, comme la lumière à nos yeux, comme l'harmonie à nos oreilles. L'erreur, au contraire, est pour elle comme le poison à notre corps, les épaisses ténèbres i nos yeux et les sons discordants à nos oreilles. Priver Tintelligence de son aliment naturel, qui est la mérité, c'est la condamner à mort, c'est la tuer, et ^ 'US du passage de TÉcriture : Os quod men-
tffftmam.
Un^ m U mensonge n'est pas moins opposé aux droits de un^ m FtoiimB. La loi naturelle, la charité, le devoir, ' nij m oigent de vous de ne pas nuire au prochain, de lui ' esj M toe tout ce que vous voudriez qui vous fût fait, de >Ui- m ^ M lui refuser de ce qu'il a droit d'attendre de te$ § ^^ns. Or, par votre mensonge, vous nuisez à votre ^blable, vous agissez envers votre frère comme ^Us ne voudriez pas qu'il agît envers vous, vous ^olei son droit de n'être pas induit en erreur. tt Le mensonge est contraire à la société. — Le men- ^^ïïgeest encore défendu parce qu'il est contraire à la ^^Ciété. Ce qui fait la société, c'est l'union des hommes ^^tre eux? le respect réciproque des droits de chacun, Change de devoirs, l'harmonie des rapports mu- ^Viels. Mais comment les hommes s'entendent-ils "^Wre eux, comment les âmes communiquent- ^ÎJes avec les âmes et font-elles échange de pensées, de sentiments et de desseins? C'est par la iMffole; et cette parole doit être vraie, sincère, loyale. A la place de la vérité, mettez le mensonge dans la bouche des citoyens, des magistrats, des orateurs : quelle confusion n'en résultera-t-il pas dans la société entière? Voyez où en est le peuple trompé et séduit par des avocats plus soucieux de leur ambition que de la vérité : que lui reste-t-il de religion, de morale, et, tout à l'heure, de simple bon sens?... Pas plus que l'homme, la société ne peut vivre sans la vérité...
III. Le mensonge est contraire à Dieu. — Le caractère le plus particulier, enfin, au mensonge, c'est qu'il est -essentiellement opposé à Dieu. « Je suis la vérité, » a dit Jésus-Christ : Ego sum veritas (Joan., xiv, 6), la
tériié éternelle, la vérité incréée, la vérité substan'-^ tielle. Tout ce qui est contraire à la vérité est donc contraire à Dieu ; et, comme il n'y a rien de plus opposé à la. vérité que le mensonge, rien aussi n'est plus que le mensonge opposé et antipathique à Dieu. Voilà pourquoi nous trouvons dans la sainte Écriture tant de malédictions et d'anathèmes fulminés contre le cœur qui conçoit le mensonge et la bouche qui le profère : Vxduplici corde! « Malheur à celui qui nourrit la duplicité dans son cœur!... » (Eccli., ii, U.) Qui mendacia loquitur, non effugiet. « Celui qui dit le mensonge, n'échappera pas au ch&timent. » (Prov., xix, 5.] Quel exemple foudroyant n'en voyons-noiis pas dans Ananie et Saphire frappés de mort subite aux pieds de saint Pierre, pour avoir menti à l'apôtre et au Saint- Espritl... (Act., V, 1-11.)
I. Diverses espèces de mensonges, — Mensonge joyeux. — Le mensonge prend dpèrents noms, selon le motif qui l'inspire ou le but que se propose celui qui le profère. Mentir pour égayer une conversation, donner du sel à un entretien, récréer une compagnie, c'est un mensonge joyeux. Cette sorte de mensonge est, on en convient, la moins grave de toutes; cependant elle est péché, péché véniel, si l'on veut, mais enfln péché, et par conséquent chose défendue, puisque c'est toujours un mensonge. On n'a, sans doute, aucune mauvaise intention en se permettant ces petites contre-vérités; mais enfln il y a mensonge, et, Ai l'on ne blesse pas le prochalUi Dieu ne paraît pas AUiYlgamment respecté. Gardons-nous de la tentation d^ faire de l'esprit au détriment de notre conscience.
IL Mensonge officieux. — Une seconde espèce de mensonge est celui qu'on se permet dans l'intérêt du prochain, pour conserver la paix ou apaiser les querelles, pour garantir l'honneur ou la fortune d'un ami. Je sais bien que, dans toute action, la fin, l'intention ne sont pas choses indifférentes, et qu'il est juste d'en tenir compte. Mais, quoi qu'on en dise, jamais les motifs ni l'intention ne feront d'une action coupable de sa nature une action innocente. Quand même il s'agirait de la vie de votre prochain, vous ne pourriez vous permettre le mensonge.. •
IIL Mensonge pernicieuad. — Le mensonge pernicieux, comme le nom l'indique, est celui qui porte préjudice au prochain, dans son honneur, dans sa vie ou dans ses biens. C'est toujours un péché, et un péché grave de sa nature, s'il n'est rendu véniel par la légèreté de matière ou le peu d'importance du tort fait au prochain. Le monde, qui excuse bien des choses, qui souyent même va jusqu'à glorifier certains Vices, est resté 'implacable contre le menteur. L'homme qui forfait à la vérité pour nuire à autrui, tombe infailliblement sous le poids du mépris public... Ne nous exposons pas & subir le juste blâme de nos frères en nous laissant aller au mensonge; exposons-nous encore moins à offenser le Dieu de toute vérité, qui nous demandera compte un jour de toute parole sortie de notre bouche. (Matth., xii, 36.)