VIII. — Loi de Tabstinence
Bonum est non manducarecanm, (Rom., XIV, 41.)
Il est bon de ne pas manger de la chair.
S'il est une loi qu'il soit nécessaire de rappeler aux chrétiens de nos jours, c'est celle de l'abstinence, qui défend d'user d'aliments gras, et surtout de manger delà viande, aux jours marquéspar l'Église. Sansdoute dans la plupart des familles véritablement chrétiennes, cette loi est religieusement observée. Mais parmi les chrétiens gens du monde, que leur position, leur commerce, leurs affaires ou même leurs plaisirs exposent à de fréquents voyages, combien en rencontret-on qui, dans leurs repas, s'astreignent aux règles de l'abstinence ? Disons à notre honte que, dans ce pays si catholique autrefois qu'on appelle la France, non seulement le précepte de l'abstinence est oublié, mais encore il est audacieusement vilipendé et jsataniquement profané. Des hommes ayant un rang offl-
ciel dans la société sont allés jusqu'à manger publiquement de la viande le vendredi saint, moins encore pour satisfaire leur avidité et leur gourmandise, que pour afDcher leur impiété et leur haine de l'Église et de sa divine autorité.
Mon devoir est de vous instruire : \^ des raisons de V abstinence ; t"" de la futilité des prétextes qu'on avance pour s'en dispenser.
I. Raisons de Vahstinence, — Comme le jeûne, l'abstinence remonte au berceau même de TÉgUse. Ces deux pratiques vont ensemble, et même n'en font qu'une : car l'abstinence est une partie intégrante du jeûne. Le jeûne, en effet, entraîne avec lui l'abstinence, à moins qu'une dispense de l'autorité compétente ne sépare ces deux obligations, comme cela arrive dans la plupart des diocèses, où les évêques, en yertu d'un induit du Souverain Pontife, permettent le gras certains jours de carême, mais à un repas seulement.
. Pourquoi l'Église fait-elle une loi du jeûne et de l'abstinence ? C'est pour obliger les chrétiens à faire pénitence de leurs péchés. Sans cette sage et salutaire prévoyance pour le salut de ses enfants, à quoi se réduirait, pour la plupart, la satisfaction due à la justice de Dieu et l'expiation que chacun est tenu de faire de ses propres iniquités? Ceux qui prétendent ne pas pouvoir jeûner ni s'abstenir de manger de la viande, quelle autre pénitence font-ils? quelles œuvres satisfactoires accomplissent-ils? Les voit-on ensanglanter leur corps sous la discipline?... se condamnent-ils à de longues veilles?... font-ils de grandes
large&sesaux pauvres?... coucheot-ils sur une dure planche ou sur un lit de sarments, à Texemple de quelques grands saints ? songentrils même à offrir en satisfaction les peines et les tribulations, ou les maladies qui peuvent leur arriver?... Non assurément. Cependant la pénitence est nécessaire; elle est indispensable ; toutes les pages de l'Évangile la prêchent : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous! » Pourquoi tous? Parce que toas ont péché et que tous sont redevables à la justice de Dieu. Fissiez-Tons les actes de pénitence les' plus extraordinaires, cela ne TOUS servirait de rien, si vous ne èommenciez par vous soumettre aux pénitences prescrites par la divine autorité de l'Église.
Outre cette raison générale de pénitence, qui a mo* tivé l'institution de l'abstioence, il y en a d'autres particulières. On jeûne et on fait maigre le carême, pour imiter l'exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a voulu, pour nous, passer quarante jours -de ptoitence dans le désert, et aûn aussi de se préparer à célébrer saintement la fête de Pâques. On jeûne et on fiait abstinence les quatre-temps, pour appeler les bénédictions de Dieu sur les fruits de la terre, et obtenir de sa miséricorde de saints ministres aptes à bien gouverner les fidèles. On fait abstinence le vendredi, enménK)ire de la passion et de la mort de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et le samedi (quand on l'observe encore), pour honorer la Mère de Dieu et se préparer à bien sanetîfier le dimanche. Tous ces motifs sont dignes assurément de la piété chrétienne.