V. — Notre Père
Pater nostefj qui es in cœlis. (Matth., VI, 9.)
Notre Père, qui êtes aux deux.
Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Maître, ne s'est pas contenté de nous faire un devoir de la prière, de nous la recommander comme le moyen nécessaire pour obtenir ses grâces, de nous assurer par serment qu'elle serait toujours exaucée ; il a voulu encore nous en enseigner lui-même la formule. Un jour, les apôtres, l'entendant renouveler ses pressantes exhortations sur la prière, lui dirent avec familiarité : a Seigneur,' apprenez-nous donc à prier. » (Luc, xi, 1.) Et Jésus leur répondit : « Lorsque vous prierez, dites : Notre Père, qui êtes aux cieux, etc. » (M,,tMd., 2.) Ces paroles forment comme la préface de cette belle prière que nous adressons à Dieu tous les jours, et même plusieurs fois le jour, lorsque nous sommes Qdèles aux exercices de la piété chrétienne.
Méditons-les aujourd'hui : 1° comme souverainemeru dignes de Dieu; 2® comme très propres à ranimer notre confiance.
I. Comme souverainement dignes de Dieu. — Les hommes aiment à prendre des titres pompeux et imposants vis-à-vis de ceux qui sont soumia à. te^t ^\k"
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torité.N'ayaDtrien dans leur nature qui les distiogw des autres et les mette au-dessus d'eux, ils cherchent dans ces fastueuses dénominations un moyen d'im^ pirer la crainte et le respect. Mais Dieu, la grandem incomparable et la bonté infinie, estime plus digne de ses souveraines perfections de prendre vis-à-yis de l'homme le titre le plus capable de lui inspirer l'amour et la confiance. Et celui qu'il choisit de préférence est celui de Père, Quel titre en effet lui convient mieux?
Il nous a créés, non pas, comme les autres créatures, par une parole impérative : Fiat to(Gen., l, 3), «que la lumière soit » ; mais en formant lui-même de ses mains notre corps, et en tirant notre âme comme de son propre sein. Ce Père céleste a voulu nous faire à son image et à sa ressemblance : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram. (Gen., l, 26.) Aussi Moïse le grand historien de la création, n'hésite-t-il pas à employer, en parlant de la formation de l'homme* le terme d'engendrer : « Tu as abandonné » , dit-il au peuple rebelle, « celui qui t'a engendré. » (Deut., XXXII, 18.) Et saint Paul ne nous affirme-t-il pas que nous sommes de la race de Dieu ? Ipsius enim et genus sumus. (Act., XVII, 28.) Saint Luc, enfin, après avoir énuméré les aïeux de Jésus-Christ selon la. chair, arrivé à Adam, ne change point de manière de parler, et dit : « Qui fut de Dieu », qui fuit Dei. (Luc, m, 33.)
Dieu se montre également notre Père dans les soins qu'il met à notre conservation. Dès notre naissance, il nous porte sur son sein, comme une mère son enfant à la mamelle: Ad ubera portabimini. (Isai., LXVI, 12.)
Sombien de fois, sans que nous nous en soyons doutés jeat-être» n'avons-nous pas eu à dire avec le Psalimiste : « Si le Seigneur ne fût venu à mon secours, Saurais été perdu et mis à mort» I (Ps., xcur, 1 7.) Non ieulèment il a préservé notre vie de tout funeste accileut ; mais il nous donne tout ce qui est nécessaire à son mtretien, à sa consolation, à ses légitimes plaisirs. Il B8t quelquefois cependant des chrétiens qui osent dire, comme les Juifs découragés dans le désert : a Le Sei* gneur nous a abandonnés, le Seigneur nous a oubliés. Ah! leur' répond le Seigneur, une mère peut-elle oublîerson enfant, et peut-elle n'avoir pas pitié dn fruit de ses entrailles? Eh bien I une mère oublierait son enfant, que moi je ne vous oublierai pas.» (Is., xux, U- 15.) Même dans les fureurs de sa colère justement irritée contre nos péchés. Dieu se souvient qu'il est notre Père et nous traite encore avec miséricorde : Cum iratus fueris^ misericordix recordaberis, (Hab., m, 2.)
Mais où Dieu a voulu tout spécialement se montrer notre Père, c'est dans la Rédemption. II nous a tellement aimés, qu'il a donné son Fils unique pour nous racheter ; et, en, nous rachetant à ce prix, il nous a élevés jusqu'au rang de ses enfants par adoption. . « Vous n'avez pas reçu l'esprit de crainte, dit saint Paul aux Romains, mais bien l'esprit d'adoption des enfants de Dieu, dans lequel nous crions : Père, Pèrel» (Rom., VIII, 15.) Saint Jean ajoute : « II leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et c'est de Dieu qu'ils sont nés.» (I, 12, 13). Et ailleurs le môme apôtre ajoute : « Voyez quelle est la charité de notre Père envers nous ! il a voulu que nous soyons
appelés et que nous soyons en effet fils de Dieu.» (I Joan., III, 1 .) Dieu s'est si bien montré notre Pèr^ qu'il nous a constitués les cohéritiers de son Fils umque par nature : Cohœredes autem Christù.. (Roin.,¥nir 17.) Ce ciel où notre Père fait sa demeure : Pater nû$Utt qvi es in cœlis^ doit donc aussi être notre demeure, a gloire sera notre gloire, sesdélices nos délices, tout ce qu'il renferme devient notre partage, en vertu de notre titre d'enfants de Dieu... Pouvons-nous prononcer cette parole de l'Oraison dominicale : « Notre Père •, sans éprouver au fond de l'âme un sentiment de dotv^ et tendre conflance ?
II. — Paroles très propres à ranimer notre confiance. — Dans notre cœur et sur nos lèvres, ce titre de père donné à Dieu exprime tout ensemble le respect, l'amour, l'obéissance, la reconnaissance. Nous pouvons bien nous servir d'autres formules et d'autres expressions en nous adressant à Dieu : il est l'Éternel, l'Infini, le Tout-Puissant, le Maître, le Souverain du cîcl et de la terre ; il s'appelle lui-même le Roi des rois, le Dominateur des dominateurs, le Roi des armées. Ces différents attributs peuvent bien nous inspirer la crainte, l'admiration, l'étonnement ; mais, pour nous donner la confiance nécessaire à des créatures qui ont besoin du secours de Dieu, il faut que nous puissions lui donner le nom de Père. Entre le père et les enfants, il y a réciprocité de sentiments intimes de tendresse, d'affection, d'abandon. Quoi que nous demandions à Dieu, il ne peut nouslerefuser en nous entendant l'appeler notre Père. « Si vous, tout méchants que vous êtes,» dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, «vous
donnez cependant de bonnes choses à vos enfants lorsqu'ils vous les demandent, à combien plus forte raison TOtre Père céleste donnera-t-il un bon esprit àceux qui le lui demanderont î...»(Matth., vu; 10. Luc, xi, 12.) Ce mot de Père est encore par excellence le cri de l'amour. Voyez l'enfant qui couvre de ses caresses celui à qui il doit le bienfait de la vie : il n'a qu'une seule parole, et il ne se lasse point de la répéter : « Mon père ! mon bon père! » Il n'en emploie point d'autre pour obtenir tout ce qu'il demande.
' CTest l'aveu de la soumission et de l'obéissance parfiûte en toutes choses. Le cœur d'un enfant qui aime son père, est toujours disposé à faire ce qui lui plaît: Quœ placita sun t ei fado semper. ( Joan . , viii, 29. ] Mais Dieu à son four est toujours disposé à faire la volonté de raux qui le craignent : Voluntatem timentium se faciet. (Pg. cxLiv, 19.) Enfin appeler Dieu notre Père, c'est lui exprimer notre reconnaissance pour tous ses bien* faits. Or rien n'est plus propre à nous concilier sa mi. 8éricorde et à nous inspirer une confiance sans bornes envers sa bonté infinie, que les actions de grâces que nous lui rendons pour toutes les faveurs dont il ne cesse de nous combler. Aimons donc à appeler Dieu notre Père. Que notre âme se transporte avec empressement dans le ciel où il fait sa demeure : Pater noster^ qui es in cœlis^ et soupirons après le jour où il nous sera donné de nous unir à lui pour n'en plus être séparés.
YI. — Sanctification du nom de Dieu.
$ancHliceturfumemtuum,(UtVih.