XI. — Pardon des offenses
Sicut et nos dimitlimus debitorir bus nostris. (Maitb., vi, 12.)
De même que noas remettons à nos débiteurs.
« C'est une chose admirable, » dit Bossuet, d comment Dieu fait dépendre le pardon que nous attendons de lui, de celui qu'il nous ordonnne d'accorder à ceux qui nous ont offensés. Non content d'avoir partout inculqué cette obligation, il nous la met à nousmêmes à la bouche dans la prière journalière, afin que, si nous manquons à pardonner, il nous dise comme à ce mauvais serviteur : « Je te juge partapro- « pre bouche, mauvais serviteur.» (Luc, xix, 22.) Tu m'as demandé pardon, à condition de pardonner : tu as prononcé ta sentence, lorsque tu as refusé de pardonner à ton frère. Va-t'en au lieu malheureux où il n'y a plus ni pardon ni miséricorde. »
Rien ne nous est plus nécessaire que d'obtenir de Dieu le pardon de nos péchés et la remise de nos dettes: car, sans cela, il n'y aça^s d^ ^alul kesi^érer
ous. A quelque condition que Dieu mette notre ilîation avec lui, nous devons tout accepter obtenir.
prenons bien : 1** V obligation où nous sommes de ^er, pour être pardonnes nous-mêmes ; 2" les H la manière de ce pardon, bligation de pardonner. — Quand nous disons à « Pardonnez-nous comme nous pardonnons, »
comme à deux sens : d'abord il exprime une raison, et il faut entendre que nous désirons ' de Dieu la rémission de nos péchés, de la manière que nous pardonnons à ceux qui nous :ensés, les injures que nous en avons reçues ; î'est encore l'expression d'une condition que Seigneur Jésus-Christ avait établie dans un endroit, en disant : « Si vous pardonnez aux es leurs fautes envers vous, votre Père céleste ardonnera aussi vos péchés contre lui ; mais si e pardonnez pas aux hommes, votre Père non e vous pardonnera pas. » (Matth., vi, U-15.)
deux choses sont également nécessaires pour r de Dieu le pardon de nos infidélités, c'est-àl'il faut d'abord pardonner à ceux qui nous ont is de quelque manière ; car Dieu veut que nous limions les uns les autres, que nous oubliions >quement nos torts, que nous ayons du zèle pour îrêts du prochain, et il méprise les sacrifices )ffrandes de ceux qui ne veulent point se réer ensemble.
; aussi une loi de la nature, que nous soyons
les autres tels que nous désiton^ \^^ \xwy:^«
eni^rs oous ; et celui-là serait un impudent efEro&lé qui detnauderait à Dieu de lui remettre la peiâc son péché, pendant qu'il conserverait un cœur ej mi pour soo prochain. Ainsi donc, tous ceux qui ont reçu quelque injure, doivent être disposés et pi*0Dipti. à pardonner. Cette prière daus 6n fai«t une néoesait, et Dieu lui-même nous l^ardonne dans saint Luc: « Si voire frère a péché contre vous, reprenez-le, et * s'il se repent, pardonnez-lui; et s'il vous offense sept fois dans un jour, et qiue sept fois il se convertisse, es disant : Je me repeins, pardonnez-lui. » (Luc, xvii,34.) Dans l'Évangile de saint Matthieu, nous lisons lamèflae chose : « Aimez vos ennemis » (Maith., y, 44) et saint Paul, après Salomon, veut que « nous ctonniomà manger à notre ennemi s'il a faim, et à boire s'il a soif. » (Rom., XII, 20 Prov., jcxv, 21.) Enfin Notre- Stiigneur, dans saint Marc, nous dit : «Quand vous serez près de prier, si quelqu'un vous a offensé, pardonnez-lui, blui que voire Père qui estdarisles cieui, vous pardonne aussi vos péchés. » (M ara, xi, 25.) N*est-il donc pas bien évident que Dieu nous fait du pardon que nous accorderons aux autres la conditicn absoluedecelui que nous attendons de sa miséricorde? Ainsi nous avons en nos mains la mesure, la règle dont il se servira à notre égard, Êres-vous épouvanté au souvenir de.la grandt-ur des dettes que vous avez contractées envers Dieu pendant de longues années d'égarements peut-être? Rassurez-vous : si du fond du cœur vous pardonnez à votre prochain, Dieu à sou tour vous fera miséricorde. C'est lui-même qui vous en donne l'assurance.
Motifs et manière de ce pardon. — Sans doute, ' notre nature corrompue, rien n'est plus dilOcile de pardonner les injures. A cette seule pensée our-propre se révolte, eft la raison a peine à doaiiiles instincts les plus grossiers. Mais rappelonfr- 3 les oracles sacrés. Dieu nous fait un commandet exprès de pardonner à nos ennemis. « Aimez vos tmis,» (Matth., v, 44. Luc, vi, 27-âë) nous dit le 'euT : Diligite inimicos vestros.C^i là la marque la
incontestable que nous sommes les enfants de i. L'amour pour nos ennemis nooas donne, en effeit, ressemblance particulière avec Dieu notre père, >'est réconcilié avec les hommesses ennemis acàaren les rachetant par la mort de son propre Fils. iez pour vos persécuteurs et vos calomniateurs^ » te encore Jésus-Christ, «afin que vous soyez les aits de votre Père qui estdans les cieux. » (Matth., t-i5.) Au précepte cet Homme-Dieu a jointrexemen priant pour ses bourreaux pendant qu'ils le nfiaient : « Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'il* lavent ce qu'ils font. » (Luc,,XKiii, 34.) Ce que is-Christ a fait, les saints, ses disciples et ses imiturs fidèles, l'ont fait à leur tour. Le diacre Étieime îombe sous une grêle de pierres, et sa dernière re est pour les Juifs cruels qui le lapident... L'£- 5, constamment persécutée comme son divin fooda- , ne répond aux outrages, aux calomnies, aux vioes de ses plus acharnés ennemis, que par les suppli 3ns qu elle ne cesse de faire monter vers Dieu pour obtenir grâce et miséricorde. Et, même au simple t de vue de la grandeur d'âme^ de lanûbLe^*^ d\SL
caractère, qu'y a-t-il de plus beau que de pardonne une iojure reçue et de rendre le bien pour le maltj
Il importe de remarquer que le pardon des offens ne consiste pas dans la perte du souvenir des iDjuns qu'on a reçues. Il en est, en effet, qui, se sentant obligés d'oublier volontairement le mal qu'on leur t &it et d'aimer leurs ennemis, désirent de le faire et le font autant qu'ils peuvent. Mais cependant ils ne sauraient perdre complètement tout souvenir à cet égard; il reste encore dans leur cœur quelques mouvements d'inimitié: ce qui tourmente vivement leur conscience, parce qu'ils craignent de n'avoir point pardonné avec assez de sincérité et de franchise, et d'avoir ainsi transgressé le commandement de Dieu. Hélasl c'est ici un effet de ce combat continuel de la chair contre l'esprit. La chair est portée à la vengeance, mais l'esprit est enclin au pardon. Il n'y a donc rien à craindre pour le salut, malgré l'opposition et les combats de la nature corrompue contre la raison, pourvu que l'esprit persiste dans le devoir et dans la volonté sincère d'aimer le prochain et de pardonner les injures. Que ce souvenir qui nous reste malgré nous des torts que le prochain a pu avoir à notre égard, ne nous empêche point de dire à Dieu avec confiance : « Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Il suffit que notre volonté soit fermement déterminée à aimer le prochain, à lui souhaiter et à lui faire tout le bien en notre pouvoir, selon les circonstances, pour que Dieu, de son côté, nous accorde un pardon généreux et nous rende tous nosdtovls è^Vélernelle récompense.