XII. — De la Tentation
Et ne nos inducas in tentationem^ Matth., VI, 13.)
Ne nous induisez'pas en tentation.
Telle est la condition du chrétien sur la terre, que loin de compter sur la paix et le repos, il doit au contraire s'attendre àpasser par beaucoup de tribulations, d'assauts et de combats. Job Ta dit il y a longtemps : «Laviederhommeest une guerre continuelle. » Mili^ Ha estvita hominis super terram, (Job., vu, 1.) Guerre d'autant plus violente de la part du démon notre irréconciliable ennemi, que nous sommes plus fermement résolus à servir Dieu et à nous conserver dans sa grâce : car ceux que l'esprit infernal attaque avec le plus d'acharnement, ce ne sont pas ceux qui vivent dans l'habitude du péché et l'éloignement de Dieu, mais bien ceux qui se conservent dans la pureté et l'innocence.
Quand nous demandons de n'être pas induits en tentation, nous ne prétendons donc pas d'être délivrés de toute suggestion au mal, mais nous prions Dieu de ne pas permettre que nous y cédions par erreur ou par faiblesse, afin que nous persévérions dans sa grâce et son amour.
Nous avons à nous bien convaincre aujourd'hui : i^ de la nécessité et des avantages des tentations; 2** des motifs et des moyens de les combattre.
I. Nécessité et avantages des tentations, — L'inévitable ., nécessité des tentations pour nous en ce monde ré- : suite d'abord du nombre et de la malice des ennemis au Dûilieu desquels nous sommes exposés. La chair, le inonde et Teufer : ce sont là les trois sources intarissables des tentations qui nous assaillent à chaque instant. Quel est celui qui ne connaît point, par une funeste expérience, les effets de la colère et de la cupidité? qui n'a point été blessé par les traits de ces passions? qui n'en a point senti les aiguillons? qui n'a point brûlé de leurs ardeurs? Les coups qu'elles frappent sont si variés, les attaques qu'elles nom livrent si diverses, qu'il est presque impossible de ne pas recevoir quelques blessures mortelles. Outre cet ennemi de la chair que nous trainons partout avec nous, il en est un autre que nous rencontrons inévitablement sur notre chemin : c'est le monde, avec ses maximes, ses principes et ses exemples^ en opposition avec rÉvangile. Quelle n'est pas la fascination des choses de la terre et de la vie présente sur notre esprit, sur notre cœur, sur nos sens? De combien de scandales peut-être n'avons-nous pas été les imprudentes et malheureuses victimes? Aussi l'Apôtre nous prêche-t-il de ne pas aimer le monde, ni les choses qui sont dans le monde. De son côté, enfin, le démon rôde comme un lion rugissant autour de nous, cherchant à nous dévorer comme une proie. (I Petr.,v,8j) Saint Paul nous le représente comme l'ennemi le plus dangereux de tous : «Nous avons à combattre,» dit-il, « non contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissauces^contre les çrinces de œ siècle
BliAébreux^ contre les esprits de malice dans les airs. » ^Bph., VI, 1 2.) Des expressions dont se sert ici l'Apôtre, U est aisé <le conclure quelle est la force redoutable^ Itftcharnement et la haine de nos ennemis. Souvent ■Dame, comme nous l'apprend rÉvangila, des légions ^'«sprits infernaux se réunissent contre un seul homme jour le précipiter dans Tabime. « Chassé d'une âme, le TjAéaion s'en va prendre sept autres démons plus mé- 4ikaRts que lui pour y rentrer et y faire sa demeure. » {Matth., XII, 45.) Comment nous défendre au milieu de ces assauts multipliés? comment ne pas succomber, si Dieu ne vient à noire secours? Avec quelle foi et quelle ardeur nous devons lui adresser cette prière :
tt Iile nous induisez point en tentation! » (Matth.,
VI, 13. Luc, XI, 4.)
Mais si la tentation est inévitable, d'un autre côté elle BOUS est utile et avantageuse. Elle a pour résultat de fortifier notre âme, d'aguerrir notre courage, de faire ressortir notre fidélité et de nous procurer des triomphes. Le soldat le plus vaillant et le plus intrépide est celui qui a été sur le champ de bataille, a vu en face l'ennemi et a entendu siffler à son oreille les balles et la mitraille.
C'est la tentatiion qui a Mi éclater la vertu des aaintSy quf a mis en relief la foi d'Abraham, la chasteté de Joseph et de Suzanne, la patience de Job et de Tobie. C'est le feu qui éprouve l'or et le purifie; c'est la fournaise qui cuit le vase d'argile et lui donne son éclat et sa solidité.
La tentation a l'avantage de nous faire connaître à nous-mêmes, de nous faire sentir aotre faiblesse.^ de
DOQS tenir en défiance de nos propres forces, de m obliger à Teiller et à être toujours sur nos gardes^] Elle nous humilie, nous rend déflants de nons-ménMli^ et compatissants pour les autres. Il est donc utile A aTantageux que nous soyons exposés aux tentatioii& Ce que nous demandons à Dieu, ce o*est pas d'en fitn exemptés, mais bien de les combattre et d'en sortir Tictorieusement. Et comment cela? Eu employant fidèlement les moyens qui nous sont prescrits pour eo. triompher.
II. Motifs et moyens de combattre les tentations. — Le premier moyen et l'un des plus excellents, c'est de bien sentir combien grande est notre faiblesse; de nous défier de nos forces, et de mettre en Dieu seul et en sa bonté l'espérance de notre salut. Si nous nous appuyons sur lui, nous aurons au milieu des plus grands périls un courage d'autant plus invincible, qu'il ne tiendra qu'à nous de nous rappeler alors le grand nombre de ceux qui, ayant eu la même confiance et la même force, ont été arrachés aux efforts de Satan par la miséricorde divine. Joseph délivré des périls qui menaçaient son innocence, lorsqu'une femme furieuse lui manifestait ses désirs adultères, neïut-il pas élevé à la gloire la plus haute? Susanne, obsédée par les infâmes vieillards, près de perdre la vie par une injuste sentence, ne fut-elle pas sauvée miraculeusement? Job s'est acquis une gloire éternelle, en triomphant du monde, de la chair et du démon.
Rappelons-nous aussi, dans nos tentations, quel est Je chef que nous suivons* C'^sl Xésus-Ghrist lui-même
[ui remporte la victoire dans nos combats. « Ne ignez rien, » nous dit-il : « j'ai vaincu le inonde, » lan., xvi, 33) j*ai enlevé à Satan sa puissance et ses Mhnes. Comme notre mattre, il nous montre dans la
►"ilîgîlance et la prière un puissant moyen de résister c la tentation : Vigilate et orate, ut non intretis in ten^ "^tationem. (Matth., xxvi, 41. Marc, xiv, 38.) Aussi est- ^par le travail, les veilles, la mortification, la conti- ^jieiice, la chasteté et la prière, que les saiuts ont ^Sonstamment obtenu la victoire contre la fureur et la "nolence de leurs ennemis.
Le saint usage des sacrements sortis du Cœur ado- Table de Jésus-Chriet nous offre aussi un solide rempart contre les ennemis de notre salut. « Grâces à Dieu, » disait l'ApAtre, )> parce qu'il nous a donné la Tictoire par Jésus-Christ Notre-Seigneur. » (I Cor., iv, 57.) Les sacrements, en effet, nous communiquent la grâce, la force et la puissance de notre divin Sauteur. « Quand j'ai reçu la communion et que je porte . «n moi mon Dieu, » s'écriait une sainte bergère, «je : ne crains rien, ni la chair, ni le monde, ni l'enfer. » Nous aussi, cherchons dans la pratique des sacre- ■ ments le secours qui nous est nécessaire pour triompher de toutes les tentations, et un jour nous prendrons place à cette table où Jésus-Christ a promis de faire asseoir les vainqueurs.