‹ Manuel de prédication populaireChapitre 65 sur 90 · XIV. — L'Ave Maria · texte numérisé non relu

XIV. — L'Ave Maria

Ave f Mariât gratta plena.{Lvit»,i^'i^.)

Je vous salue» Marie, pleine de grâce.

Ce n'est pas sans motif qu'après l'Oraison domini cale, la plus excellente prière que nous puissions adresser à Dieu, puisque c'est Notre-Seigneur luimême qui nous Ta enseignée, la piété catholique place immédiatement l'At^e lUari^r, ou la Salutation an -

gélique. Pour obtenir de Dieu ce que nous lui de* mandons, nous ne pouvons nous appuyer d'un patronage plus saint, plus auguste, plus puissant, plus influent que celui de Marie ?... Aussi n'est-il pas ée prière que nous devions réciter avec plus de confiance et de persévérance que cette Salutation, que l'Église nous a appris à ne point séparer de l'Oraison du Seigneur.

Cette prière est à la fois une louange et une supplique.

1* Cest une louange qui renferme les plus beaux titres de gloire de la très sainte Vierge,

2** Cest une supplique oit se trouvent les plus puissants motifs de notre confiance,

I. Cest une louange. — Quelle magnifique louange et quel titre incomparable de gloire pour Marie d'avoir été saluée par un prince de la cour céleste 1.... C*est au nom de Dieu, au nom de l'adorable Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, qu€ Gabriel entre dans l'humble demeure de Nazareth et salue la fille de David : Ave. Je suis auprès de vous, Marie, comme l'ambassadeur d« Très-Haut et de toute la cour céleste, le plénipotentiaire chargé de traiter avec vous de la rédemption du monde etîdu rachat de la malheureuse postérité d'Adam. Salut à vous, Marie! Votre nom signifie la souveraineté, la lumière, l'espérance... Le trouble s'empare de la modeste vierge ; l'Ange la rassure : « Ne craignez point, ô Marie, car vous avez trouvé grâce devantDieu. » « Je vous salue, pleine de grâce. » Avey gratia plena. Voilà Marie élevée d'un seul trait au-dessus de toutes les créatures. Ni les anges ni

les hommes n'ont reçu la grâce avec plénitude. Une partie des esprits célestes ont perdu la part qu'ils avaient reçue et ne la recouvreront jamais. Les hommes, sans exception, se sont vus dépouillés de ce don céleste par la chute de leur premier père, mais il leur reste de plus qu'aux anges l'espérance de retrouver ce premier trésor. Seule, Marie possède toute grâce ; elle la possède pleinement, dès. le premier instant de son immaculée conception, et sans crainte de la perdre jamais. C'est par elle- que les hommes retrouveront la grâce : car, si elle Ta trouvée devant Dieu, c'est pour elle, et c'est pour nous...

« Le Seigneur est avec vous, » poursuit le céleste ambassadeur : Domintis lecum. En perdant la grâce, rhomme a perdu Dieu, il s'en est séparé. Mais parce que Marie a la plénitude de la grâce, le Seigneur aussi est avec elle et en elle. C'est par elle aussi qu'il viendra en chacun de nous, car il fait ses délices d'être avec les enfants des hommes : Deliciœ mex esse cum filiis homintim. (Prov., viii, 31.)

S'il en est ainsi, comment Marie ne serait-elle pas la femme bénie entre toutes les femmes, comme le lui dit range et comme le lui répétera sa cousine Elisabeth, éclairée de l'Esprit de Dieu? Benedictatn in mulieribus. Toutes les malédictions qui ont fondu sur la postérité d'Eve coupable, Marie est destinée à les réparer; toutes les bénédictions répandues sur Tunivers entier viendront par Marie. A elle doue tous les chants de louange, de triomphe, d'actions de grâces. Sara, destinée à être la mère de la multitude des croyants ; Judith, la libératrice de Béthulie; Esther,

l'avocate de son peuple : toutes ces illustres femmes, si grandes, si admirables, si saintes, si dignes de la reconnaissance de toutes les générations, n'étaient que les figures prophétiques de Marie. Elle mérite d'autant plus les universelles bénédictions, que le fruit de ses entrailles est béni par-dessus tout : Et éenedicttLs fructus ventris tuù G*est Jésus, le Verbe par qui toutes choses ont été faites ; Jésus par qui toutes choses sont réparées ; Jésus, source et principe de la grâce ; Jésus, l'auteur et le distributeur de la gloire future. Et Jésus, ce Dieu fait homme par amour pour nous, nous a été donné par le chaste et immaculé sein de Marie. Ah ! jamais la louange pourrait-elle tarir dans notre cœur et sur nos lèvres ? Non certes, et le jour et la nuit nous redirons : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce : le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes tt, Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. »

IL Cest une supplique, — Cette prière renferme en même temps les plus puissants motifs de notre confiance envers la très sainte Vierge. L'Église met sur nos lèvres ces paroles : « Sainte Marie, Mère de Dieu,» comme un acte de foi au mystère de Tlncarnation, et une réparation du blasphème qu'Arlus n'avait pas craint de vomir contre Marie, en osant soutenir qu'elle n'était pas réellement Mère de Dieu. Les Pères du concile d'Éphèse vengèrent l'honneur de la Vierge immaculée, et dès lors, plus solennellement que jamais, elle fut saluée, vénérée et invoquée dans tout l'univers catholique comme Mère de Dieu. Avec quelle confiance donc pouvons-ûou^ \\wvî* ^^xx:^^^

sur ce titre auguste pour obtenir de Notre-Seîgneur Jésus-Christ tout ce que nouslui demandons? « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous. »

Dans rOraison dominicale, nous menons de demander à Dieu tout ce qui se rapporte à sa gloire et à notre salut ; et maintenant, c'est à la sainte Vierge que nous nous adressons, pour la prier de prendre en main nos intérêts et d'intercéder pour nous. Si nous sommes indignes de paraître devant Dieu, elle nous couvre de sa sainteté suréminente. « Sainte Marie. » Si nos prières sont faibles, ses supplications sont toutes-puissantes : Omnîpotentia supplex. Dieu ne peut rien lui refuser, car elle est sa Mère : Mater Deî, La sainte Écriture ne nous a conservé le souvenir de l'entière condescendance du grand roi Saloraon envers sa mère, que pour nous faire comprendre Tinclinalion de Jésus à prévenir jusqu'au moindre désir de sa divine Mère. « Sainte Mario, Mère de Dieu, priez pour nous. »

Un nouveau motif de confiance envers Marie, c'est notre pauvreté, noire indigence, notre indignité. Nous sommes pécheurs, et j'ose dire que c'est un titre à la protection de Marie. L'Église ne l'appel le-t-elle pas le «Refuge des pécheurs?» ne nous fait-elle pas dire : « Priez pour nous, pécheurs ; pro nobispeccaloribus ? )) Plus nous sommes misérables, plus nous avons bet=oin de son puissant patronage auprès de Dieu. Prions donc cette Mère si bonne, si douce, si compatlssnnte; elle est la Mère de Dieu, elle est aussi la nôtre ; c'est par testament que son fils Jésus-Christ nous a donnés k eWe •. Muller^ ecce t^\m\uv&»,.^f\K«Èf-

la d'intercéder pomr nous, maintenant : ora pro nobis, mine. Nvnc : c'eel; à cbaque instant, à chaque jour, à toute heure, en toute circonstance de la vie présente, filais le moment où nmas aivons surtout besoin de sa protection maternelle et de sa toute- puissante prière, c'eist Fheure de la mort, qui doit décider de notre éternité : Nunc et in hora moriis nost/rœ, O douce et consolante prière de ïAve Maria ! puisse-t-eile être sur DOS lèvres le prélude des louanges que nous offrirons à Marie dans la bienheureuse éternité i

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