XIV. - Contrition
Cor coniritum et humUiatwÊ, Deus, non despicies. (Ps. l, 19.)
Vous ne rejetterez point, ô moa Dieu, un cœur contrit et humilié.
C'est le Prophète-roi, le modèle de tous les vrais pénitents, qui adressait ces paroles au Seigneur en lui offrant les larmes de son repentir. Il savait que si Dieu a le péché en horreur» et s'il menace le pécheur de toutes les rigueurs de sa justice, sa miséricorde est prompte à pardonner, et s'incline avec amour vers un cœur touché d'un véritable regret de ses égarements. Après son double crime et le scandale qu'il avait donné à son peuple» David sentit le besoin de rentrer en grâce avec Dieu, et le premier sentiment qui jaillit de son cœur fut celui d'une sincère et vive douleur de l'avoir offensé, d'avoir oublié ses bienfaits, de s'être détourné de lui pour se donner aux créatures. Mais à peine a-t-il prononcé devant le prophète Nathan cette courte parole : Peccavi^ que l'homme de Dieu lui donne aussitôt l'assurance que son péché lui est pardonné : Dominus transtulit qtioque peccatum tuum. . . (II Reg., XII, 13.) Tout pécheur, quel qu'il soit, peut, comme cet illustre pénitent, obtenir son pardon, s'il
-lest comme lui contrit et repentant de ses péchés. La . contrition donc étant la condition absolue pour être -justifié devant Dieu, nous allons en exposer ; 1° la nature; 2° la nécessité; 3° les qualitéii,
L La nature. — Qu'est-ce d'abord que la contrition? Les Pères du concile de Trente la définissent : « une douleur et une détestation des péchés commis, accompagnée de la résolution de ne plus pécher à l'avenir »; et, parlant ensuite du mouvement de la'contrition, ils ajoutent qu' « elle prépare à la rémission des péchés, pourvu qu'elle soit accompagnée de la confiance en la miséricorde de Dieu, et de la volonté de faire t6ut ce qui est nécessaire pour bien recevoir le sacrement de Pénitence. »
Veuillez bien observer que, pour avoir la contrition, il ne suffit pas de cesser le péché, de prendre la résolution d'une vie nouvelle, ou même de commencer actuellement une autre conduite; mais qu'il est nécessaire, avant tout, de détester le mal qu'on a commis et de travailler à l'expier. Aussi voyez les gémissements que l'Écriture met si souvent dans la bouche des saints. « Je me lasse à force de gémir, » dit David, « je baigne toutes les nuits mon lit de mes larmes, d (Ps. VI, 7.) « Je repasserai en votre présence », ajoute Ézéchias, a toutes mes années dans l'amer tume de mon âme, Seigneur. » (Is., xxxviii, 15.) De tels gémissements et de telles expressions ne peuvent venir que d'un repentir profond des fautes commises et de la détestation de la vie passée.
Le concile appelle la contrition une douleur ; mais ce n'est pas à dire pour cela qu'elle soit une douleur I. 24
sensible et extérieure La contrition est un acte de
la volonté, et saint Augustin nous dit que la douleur accompagne le repentir, mais qu'elle n'est pas le repentir... Le mot contrition fait entendre que nos cœurs, endurcis par l'orgueil, sont brisés et broyés par la force du repentir, comme les choses corporelles sont réduites en morceaux, quand on les frappe avec un caillou ou un marteau... Aussi ce mot ne s'applique-t-il qu'à la seule .douleur que produit en nous la perte de la grâce de Dieu et de l'innoceuce, et jamais à celle que nous pourrions éprouver de la perte de nos parents, ou de tout autre malheur... On appelle encore cette même détestation du péché, componction du cœur. De même qu'on ouvre avec le fer un ulcère enflé pour en faire sortir les humeurs, ainsi le cœur est en quelque sorte percé par la contrition, afin quil rejette hors de lui le poison mortel du péché. Voilà pourquoi Joël désigne la contrition par le déchirement du cœur : « Convertissez-vous à moi, » dit-il, « de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les pleurs et dans les gémissements, et déchirez vos cœurs. » Scindite corda vestra, (Joël., lï, 1 2-13.)
II. La nécessité. — La contrition, telle que nous venons de l'exposer, est absolument nécessaire pour se réconcilier avec Dieu et obtenir le pardon de ses péchés. Comment, en effet, pourrait-on espérer de plaire au Seigneur et de recouvrer sa grâce, si Ton n'était sincèrement repentant de l'avoir otfensé par le péché, et bien résolu en même temps d'éviter à l'avenir tout ce qui est opposé à sa volonté et défendu par sa loi? Un père ne pardonne à un fils rebelle
qu'autant qu'il déteste sa faute et qu'il promet de n'y
plus retomber à l'avenir Un roi ne fait grâce h un
sujet révolté qu*à la condition qu'il se montre repentant de sa conduite coupable, et donne l'assuranca d'une entière fidélité pour l'avenir. Ainsi en est-il, à notre égard, de Dieu notre père et notre roi : il ne peut nous faire grâce qu'en vue de notre regret pour le passé et de notre ferme propos pour l'avenir.
Pour parler avec les théologiens, ajoutons que la , contrition est nécessaire de nécessité de moyens de précepte et dé sacrement :
1* De moyerij c'est-à-dire que rien ne peut la suppléer, ni prières, ni jeûnes, ni aumônes, ni confession, ni pénitence..,
2* De précepte. Dieu en a fait une loi dans l'Ancien Testament : Convertimini ad me in toto corde vestro, (Joël., II, 12.) Jésuâ-Christ est venu appeler les pécheurs à la pénitence : Pœnitentiam agite^ « faites pénitence. » (Matth.,iv, 17.) Si pœnitentiam non egeritis, omnes siiniliter peribitis. (Luc, XUI, 5.)
3" De sacrement. Le prêtre, au tribunal sacré, siège comme juge et interprète de l'ordre de Jésus-Christ, disant : « Les péchés seront remis à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à qui vous les retiendrez. » (Joan., XX, 23.) Il ne peut donner l'absolution qu'après avoir acquis la certitude morale que le pénitent a une véritable et sincère contrition de tous ses péchés. Sans la contrition, donc, point de salut à espérer.
IIL Les qualités. — La contrition n'est véritablement digne d§ ce nota cju'wtaxvl e^a'^W^ ^%«i5;^>^,\%^
qualiléd assignées par le catéchisme : elle doit être intérieure^ souveraine, surnaturelle et universelle.
1° Intérieure, Nous Tavons dit, la douleur que nous devons-éprouver du péché, n'est pas une douleur extérieure et sensible, s*exprimant par des larmes, des cris, des mouvements convulsifs. C'est la volonté qui a consenti au mal, à l'iniquité : c'est la volonté qui doit se repentir, en s'éloignant de tout ce qui déplaît à Dieu....
2« Souveraine, Cette douleur doit être telle, que l'on ne puisse en concevoir de plus grande. Cette seconde qualité se mesure sur le prix du bien perdu par le péché et sur le mal accompli. Or le bien perdu, c'est Dieu, souverainement parfait, souverainement grand, souverainement aimable. La douleur de Tavoîr abandonné, de s'être séparé de lui, doit donc être souveraine... Le péché, étant le plus grand de tous les maux, nous doit donc causer aussi le plus grand de tous les regrets...
3** Surnaturelle, Dans son principe et dans ses motifs, la contrition doit être surnaturelle. Le Saint-Esprit seul peut nous l'inspirer, et il faut qu'elle nous vienne de son mouvement. Si de nous-mêmes nous pouvons nous éloigner de Dieu, nous ne pouvons retourner à lui sans son secours... Seule la foi doit nous suggérer les motifs de notre repentir, en nous représentant le péché comme offense de Dieu, cause des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, et principe de la ruine éternelle des âmes...
4° Universelle, Il est nécessaire, enfin, que la contrition s'étende à tous les péchés mortels qu'on a eu le
malheur de commettre. Tous sont en horreur à Dieu, tous ont cloué Jésus-Christ à la croix, tous méritent l'enfer : tous, par conséquent, doivent être expiés par le repentir. C'est avec ces qualités que notre contrition nous méritera la grâce en ce monde, et la gloire en l'autre.