‹ Manuel de prononciation. Nouvelle éd. rev. et corrigée, augmentée d'une préf. de Édouard ThierryChapitre 6 sur 28 · DES VOYELLES · texte numérisé non relu

DES VOYELLES

Il faut commencer par étudier les diverses manifestations de la voix dans l'émission des voyelles ; ne pas les confondre dans le langage comme on le fait fréquemment en Belgique où le son long est presque toujours substitué au son bref et le son bref au son long. On dit couramment ici :

voter pour voter. ,=*^

coter (à la Bourse) „ coter.

sale (malpropre) „ sale.

et vice-versâ :

rolle pour rôle.

drolle „ drôle.

Le changement qui, dans ces mots, n'affecte

que l'oreille, en d'autres cas altère le sens; par exemple : lâche (devoir) prononcé tache, éveille l'idée de souillure; cote (taux de la Bourse), prononcé côte, indique un chemin montueux.

Que l'élève s'exerce donc à respecter les accents, ce sera un grand pas de fait ; les accents ont des règles fixes et l'on ne peut les placer ou déplacer arbitrairement sans choquer les oreilles françaises. Le temps apporte sans doute des modifications aux lois établies; on doit s'y conformer et, comme dit Molière:

« Suivre ce que l'usage y fait de changements » (i).

Autrefois, on supprimait l'accent dans de'sir

(i) A. Darmesteter, dans son savant ouvrage sur la Vie des mots (pages 77, 78 et 94), nous signale les changements de sens, plus importants encore que les changements de prononciation, que certains mots ont subis avec les années : « Le progrès, dans les conditions matérielles de l'existence, paraît avec le sens nouveau de « viande » qui, de nourriture en général, arrive à désigner spécialement la nourriture de la chair des animaux. « Libertin, » au xvne siècle, est un libre penseur: depuis, homme de mœurs légères; « dame » et « demoiselle », appliqués à des femmes mariées, désignaient des degrés dans la hiérarchie

ce

et l'on disait dezir ou d'zir; on prononçait Akéron pour Achéron, pognard pour poignard, potrine pour poitrine, tu-yau pour tuyau, etc.; aujourd'hui, tout cela paraît suranné.

Les lettres qui composent notre alphabet sont ommunes à bien des peuples, mais la prononciation de ces lettres diffère souvent. Ainsi, la voyelle a se prononce ^en anglais; u se prononce ou en italien. Les méridionaux ne connaissent guère le son de Ye muet qu'ils prononcent comme un é fermé.

Le son des voyelles françaises se modifie selon que ces voyelles sont surmontées d'un accent

sociale. « Librairie » a commencé par signifier bibliothèque, sens conservé dans l'anglais library. Le mot « bureau », qui désignait d'abord une sorte de bure ou étoffe de laine, signifia d'abord le tapis qui couvre une table à écrire, puis la pièce où cette table est placée et, finalement, les personnes qui se tiennent dans cette pièce ou à cette table. « Grève », sable au bord de la rivière, spécialement à Paris la place de l'Hôtel-de-Ville (au bord de la Seine), plus spécialement « faire grève », se tenir sur la place en attendant d'être embauché ; par extension, «faire grève», refuser de travailler, d'où : « les grèves des ouvriers, une industrie ruinée par les grèves. »

aigu, d'un accent grave ou d'un accent circonflexe. Il se modifie encore dans la réunion des voyelles entre elles ou dans leur jonction avec les consonnes; par exemple, les voyelles réunies a,u = au; e, a, u = eau forment le son simple de Yo long.

Pour ceux qui seraient tentés de trouver excessive la variété de sons des voyelles françaises, nous opposerons à l'a français, Va anglais qui a tantôt le son de Va, tantôt le son de Yo et tantôt le son de Yè. Exemple :

a large hall, qu'on prononce : é forage kôle.

Nous allons parcourir successivement toutes les voyelles simples et composées, sans nous arrêter trop aux nuances, faciles à saisir dans l'enseignement verbal, mais que le livre ne saurait rendre. Ainsi, pour les voyelles a et o, il est certain qu'entre Ya et Yo brefs et Y a et Yo graves il y aurait place pour un son intermédiaire qui correspondrait à Yè ouvert moyen différent de Yê très ouvert. Prenons les mots compas et pâle, vieillot et alcôve, classés parmi les a et les o graves; on ne peut en établir la différence phonétique que par la voix.

Avant d'entrer dans le détail des sons, disons

que tout le langage consiste dans les diverses modifications et combinaisons que subissent les voyelles,soit entre elles, soit avec les consonnes.

Il faut donner aux voyelles l'intonation acceptée par Paris. " Paris, dit Legouvé (i), donne la loi en fait de voyelles. Toutes les provinces, et surtout les provinces méridionales, ont, en prononçant les voyelles, un accent qui prête au ridicule. „

Par " Paris „, nous pensons que M. Legouvé veut dire l'Académie française, la Comédie Française et le Conservatoire, car l'accent parisien n'est pas lui-même sans défaut. Le peuple, à Paris, change volontiers les a en è et prononce Me'dème pour Madame, voèr pour voar (voir), etc.

Etablissons d'abord la différence qu'il y a entre les voyelles longues et les voyelles brèves, chacune prise isolément; nous nous occuperons ensuite des consonnes. Les règles afférentes à la prononciation seront suivies de listes de mots, de phrases et d'une lecture sur lesquelles l'élève devra s'exercer. C'est en répétant tout haut et souvent les exemples donnés que l'oreille se rendra maîtresse des sons, de manière à n'en plus permettre l'altération.

(i) L'Art de la Lecture, p. 51.

De la voyelle A

La voyelle a a deux sons : le son bref et le son long.

En général, Va sans accent est bref: obstacle, spectacle.

Ua surmonté d'un accent circonflexe est long: âge, tâche.

Pour donner à Va un son clair et bref, il faut ouvrir la bouche et lancer la voix près des lèvres.

Pour Va grave, au contraire, le son frappe le palais, au fond de la bouche, et est presque guttural.

(Le professeur donne l'exemple et l'élève répète plusieurs fois les mots indiqués ci-dessous.)

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