LA MARQUISE, LE COMMANDEUR
La Mar^. Qu'avez-vous fait du Comte, Commandeur ?
Le Com. Je crois qu'il se promène.
La Mab^. Ah ! j'en suis bien aise ; parce qu'il me dira comment il aura trouvé tout ce que j'ai fait dans mes jardins et mon parc.
Le Com. Vous croyez qu'il vous le dira ?
La Mar^. Sûrement. Pourquoi pas ?
Le Com. Mais saurez-vous au vrai ce qu'il pensera f
La Mar^. Je n'en doute pas. Je sais bien que vous croyez qu'il persifle toujours.
Le Com. Je ne l'ai jamais entendu parler autrement.
La Mar^. C'est que vous ne l'avez pas vu avec moi.
. Le Com. Non, encore hier à souper.
La Mar^. il ne parlait pas sérieusement ; et puis les gens que nous avions étaient excellens, ils voulaient être loués, il les a servis selon leur goût.
Le Com. C'est-à-dire, qu'il s'est bien amusé à leurs dépens.
La Mar^. Allons, vous lui en voulez.
Le Com. Moi f je vous jure que non, au contraire ; mais j'ai été plus de trois ans à me faire à son ton, et quelquefois même encore il m'embarrasse : mais comme «il m'a donné des preuves très-fortes de son amitié, elles m'ont rassuré.
La Mar^. Vous l'aimez donc ?
Le Com. Beaucoup. Et je lui ai fait souvent des reproches de cette diable d'habitude, qui empêche de savoir réellement ce qu'il pense.
La Mar^. C'est votre défiance ordinaire qui fait que vous lui trouvez ce défaut.
Le CoQf . Voilà bien le$ femmes ; quand on n'est pas de leur avis sur les hommes qu'elles protègent, elles vous trouvent des torts.
La Mar^. Torts ou non, si vous aimez le Comte, vous devez approuver mon projet.
Le Com. Quel est-il ?
La Mar^. De le marier.
Le Com. â propos de quoi ?
La Mar^. Parce que je sais qu'il s'ennuie d'être garçon.
Le Com. Il vous l'a dit f
La Mar^. Oui, très-souvent.
Le Com. Et vous le croyez ?
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La Mar^. Sûrement. En vérité, Commandeur, vous m'impatientez.
Le Com. Ce n'est pas mon dessein. Poursuivez : à qui le destmez-vous f
La Mab^. a la Baronne de Rianville.
Le Com. Elle ne plaira pas au Comte.
La Mar^. Pourquoi cela ? c'est une femme trèsaimable.
Le Com. Si vous voulez. Vous la trouvez aimable, parce qu'elle rit toujours ; et moi je vous réponds qu'elle ne rit que par décontenancement.
La MjàRq. Cela ne fait rien ; elle est gaie au moins.
Le Com. Voilà encore ce que je ne vous accorde pas.
La Mar^. Vous êtes bien contrariant aujourd'hui !
Le Com. Eh bien, vous verrez s'il ne faudra pas que je> me mêle de ce mariage«-là pour qu'il réussisse ; je ne vous en dis pas davantage, parce que vous diriez encore que j'en veux à la Baronne.
La Mar^. J'entends le Comte ; vous allez voir s'il me persiflera.
Le Com. Ah que non, il n'osera jamais.
La Mar^. Je me garderai bien de lui dire tout ce que TOUS pensez de la Baronne.
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