‹ Manuel de proverbes dramatiques (volume 2)Chapitre 146 sur 165 · MARI · texte numérisé non relu

MARI

Le Chev. Ab, pour loi faire <;oDnaître aussi ce pays-ci.

Le Bar, Je suis fort obligé, Monsieur le Cheval.

Le Chev. C'est avant hier qu'il m'a bien réjoui par son étonnenient.

La Mar^. Contez-nous donc cela.

M"® De Mond. Ah, je vous en prie, Monsieur le Chevalier.

Le Chet. Madame, si vous priez, je n'hésiterai pas.

La Comt. Dites donc ?

Le Chev. Nous étions engagés tous les deux chez Madame De la Persière ; vous savez que quoiqu'elle soit tonte des plus roturières, elle n'aime que les gens de qualité, qu'elle ne veut voir qu'eux, et que les gens de son espèce n'ont presque nulle liaison avec elle ?

LiiiMARq,. Oui, c'est-là sa manie.

La Comt. C'est une sotte créature 1

La Mar^. Son mari est un bon-'homme.

La Comt. Fort plat.

Le Chet. Entièrement nul dans la maison, et s'il y a une femme qui ait envie d'être veuve, c'est sûrement celle-là. Elle avait rassemblé ce jour-là, comme on dit, et la Cour et la Ville, et véritablement, il y avait chez eUe la meilleure compagnie.

La Mar^. Le Duc y était-il f

Le Chev. Le Duc, la Maréchale ; je ne saurais vous dire qui n'y était pas ; son mari se tenait humblement dans un coin . • «

La Comt. Cela devient intéressant.

Le Chev. Elle était humiliée de le voir là, elle lui faisait des yeux pour l'engager à sortir. Il s'opinîâtrait à ne rien entendre ; enfin, lorsqu'on se mit à table, die

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fit si bieoi qu'il n'eut pas de place, et elle l'envoya souper avec le précepteur de son fils.

M. De Mond. Qu'entends-je f

La Mar^. Il j alla f

Lx Chev. Sûrement.

M"* De Mond. Que vouliez-vous qu'il fit ? Monsieur de Mondoux, voyez donc pourquoi nous ne soupons pas.

M. De Mond. Vous allez le savoir, Madame. {A part j) C'en est trop. {U sonne et parle à VoreXUe de Legrisy) Vt>us entendez, qu'on ne perde pas un instant.

I4E Gris. Oui, Monsieur.

M"^ De Mond. Je ris de l'étonnement du Baron.

Le Chev. Ob, il a été confondu !

Le Bar. Mais je comprends pas bien enccNre pourquoi. C'est un histoire qui ne serait point venu chez nous, je jure véritablement.

La MAR<i. Vous verrez bien autre chose ici.

Le Baron. Et cela il fait rire le monde à Paris f

Le Chev. Et pourquoi pas ?

Le Bar. Vous êtes une nation, il n'y a point comme cela dans les autres pays, et si j'ai vu beaucoup dans les voyages.

La Comt. Mais dites donc. Chevalier ; Monsieur de la Persière avait-il l'air fâché, du moins ?

Le Chev. Ma foi, nous n'y avons pas pris garde ; nous n'avons été occupés que de nous regarder et de rire.

La Mar<i. Âh, je le crois ! et qu'a dit le Duc ?

Le Chev. Oh, il est excellent à entendre li-dessos ; la manière dont il conte cette histoire, est à faire mourir de rire!

La, Comt. Moi, je la trouve très^plaisante ; ne trouvezvous pas. Madame de Mondoux f

M"^ De Mond. Oui, Madame, elle est très-bonne.

Le Gris, à M. de Mondoux. Monsieur, tout est prêt.

M. De Mond. Cela est bon.

M"« De Mond. C'est le soupef, va-t'en servir.

M. De Mond., à M^ de Mondoux. Madame, si vous voulez me donner la m^in . . .

M"*« De Mond. Mais vous extravaguez ; c'est à ces dames.

M. De Mond. Non, Madame,. je n'extravague point; vous n'aurez pas l'honneur desouper avec elles, et moi, je n'irai point souper avec le précepteur de mon 61s.

M"^ De Mond. Qu'est ce que cela veut dire ?

M. De Mond. Que nous souperons ensemble à Bondy.

M"« De Mond. A Bondy ?

M. De Mond. Oui, Madame, à la première poste sur le chemin de ma terre de Champagne, où nous allons tous les deux, jusqu'à ce que vous ayez fait des reflexions plus mûreà. L'histoire qu'on vient de conter, m'a déterminé à ce parti, qui est le seul à prendre pour vous et pour moi. ^

M^^ De Mond. Mais, Mesdames, souffi-iez-vous f , . .

M. De Mond. Ces dames n'ont rien à dire à cela^ Vous voyez que les gens du meilleur ton blâment toute femme, qui ne tient pas toute sa considération d'un mari raisonnable ; ainsi il n'y a pas à hésiter . . .

M"*^ De Mond. Monsieur, je vou& promets . . .

M. De Mond. Je n'écoute rien. Mesdames, Mesâeurs, je vous dois le trait de lumière qui vient de m'éclairer ; j'aime la paix, mais je ne veux point être avili aux yeux du monde, et encore moins aux miens. Soupez ici, si cela vous convient: je n'ose vous en prier, puisque je ne pourrai pas vous y faire JeS' honneurs; et plaignezmoi du moins, d'avoir été obligé d'en venir à cette extré* mité. (£ emmène m femme,)

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