PERCEPTION DE I.A MELODIE
sommes habitués à une gamme qui commence aux tons graves pour s'élever aux tons aigus, les gammes primitives, au moins dans un grand nombre de cas, descendent du dessus à la basse. La mélodie primitive devait ressembler à notre récitatif ; et la voix descend naturellement à la fin de la phrase. Or, lorsqu'on parle, la voix s'abaisse, d'ordinaire, d'une quarte, tandis que lorsqu'on interroge, elle monte habituellement d'une quinte. Il semble donc que l'intervalle de la quarte puisse avoir été déterminé, dans la musique primitive aussitôt que l'octave et la quinte, mais dans la direction descendante.
Selon Wundt, la consonnance dérive de quatre sources principales, dont deux sont d'ordre métrique, deux d'ordre phonique. En premier lieu, les tons les plus consonnants sont ceux qui, produits simultanément, donnent le plus petit nombre de tons différentiels, à savoir les tons de l'octave et de la quinte. Ces intervalles, fixés par le chant en chœur, donnent les limites entre lesquelles la voix ou l'instrument qui chante ou qui joue isolément peut se déplacer. En second lieu, l'oreille est capable, dans certaines limites, de comparer et de rendre égales des distances de tons (cf. p. 209) et comme la discrimination sensible absolue est ici constante, l'octave est ainsi divisée en deux (une quinte et une quarte), la quinte l'est à son tour (une tierce majeure et une tierce mineure). En troisième lieu, pour passer aux principes d'ordre phonique, nous voyons que cette consonnance dépend de la « parenté » directe et indirecte des tons composés, c'est-à-dire du nombre et de l'intensité de leurs harmoniques communs, et de l'analogie de leur rapport avec un ton fondamental commun. En quatrième lieu, les consonnances sont caractérisées par un mode particulier de fusion ; la fusion est moins complète que dans l'unisson, dans le bruit « continuatif » (continuante) c'est une fusion « distincte », une fusion d'éléments qu'on peut distinguer et qu'on contraste avec la fusion « diffuse » du bruit ; et c'est une fusion dont le ton dominant doit sa prédominance non pas à l'une de ses caractéristiques, mais au concours des trois conditions de consonnance déjà mentionnées.
Ces quatre facteurs se combinent dans la perception de consonnance différemment selon les circonstances. La succession de tons purs dans une mélodie dépend des principes métriques et de la « parenté » directe ; la succession de tons composés
dépend presque entièrement des principes phoniques et spécialement de la « parenté » directe (1). Dans l'harmonie comme dans la mélodie, la consonnance, pour Wundt, est primaire, la fusion tonale n'est que secondaire.
Il est très difficile de choisir entre les théories rivales. Les problèmes qu'elles impliquent échappent en grande partie à l'expérimentation, car notre connaissance de la musique primitive (telle qu'elle existe aujourd'hui par le monde) est imparfaite et les résultats obtenus jusqu'ici n'ont pas été systématisés. Quand les expériences sont possibles, leurs résultats sont souvent rendus incertains par les habitudes musicales des sujets : l'esthétique interfère avec la psychologie. Nous ferons donc bien de suspendre notre jugement.
Il est naturel que, à mesure que la gamme devient complexe, les règles de la mélodie se précisent ; mais ces règles, aussi bien que les aspects affectifs du rythme et de l'intervalle, dépassent notre horizon actuel. L'unité de notre gamme moderne est, comme chacun sait, le demi-ton et il faut noter que le demi-ton, s'il n'est pas la plus petite différence de hauteur que puisse distinguer l'oreille (p. 96) est la plus petite différence que le chant puisse exactement donner. Le larynx est le premier instrument de musique et la forme définitive de la gamme musicale peut être due à l'habitude de chanter des notes d'agrément avec la différence juste perceptible de l'ajustement du larynx.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES
§ 100. B. Bourdon, La perception visuelle de Vespa.ee, 1902, 176 sq. ; H. Ebbinghaus, Psychologie, I, 1905, 489 sq. ; W. Wundt, Physiol. Psychol., II, 1910, 611 sq.
§ 101. C. H. H. Parry, The Evolution of the Art of Music, 1896 ; H. L. F. von Helmholtz, On the Sensations of Tone (trad. angl.), 1895, 234 sq. ; C. Stumpf, Konsonanz und Dissonant, dans Beitràge zur Akustik und Musikwissenschaft, I, 1898, 1 sq. ; W. Wundt, Physiol. Psychol, II, 1910, 440 sq. ; III, 1903, 138. Une théorie « motrice » de la mélodie est esquissée par W. V. D. Bingham, Studies in Melody, 1910 (Psychological
(1) Stumpf ne nie pas l'influence de la parenté directe sur la perception primitive de la mélodie, mais il la borne aux intervalles d'octave et de quinte.
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Review Monograph, Supplément 50) ; on y trouve également des références aux ouvrages qui exposent les recherches les plus récentes sur le sujet.
La psychologie de la perception
§ 102. Perceptions pures et perceptions mixtes. — Supposons pour le moment que toute perception puisse être analysée en un certain nombre de sensations, sans qu'il subsiste de résidu après cette analyse. 11 serait encore vrai qu'une simple énumération de ces sensations ne rend pas complètement compte de la perception. En effet, les sensations que nous trouvons, dans le cas particulier, forment un groupe ; elles ont été sélectionnées, séparées, distinguées parmi tous les autres contenus de la conscience. Leur petit nombre est dû à ce que le champ de l'attention est limité (§ 80) et leur apparition actuelle dans un groupe au foyer de la conscience dépend de conditions que nous avons déjà notées (p. 273). Quant au groupement lui-même, au mode spécial de connexion de ces sensations, nous avons essayé de l'expliquer dans les paragraphes précédents.
Ainsi, l'espèce la plus simple de perception, ce que nous pouvons appelé la perception pure, implique le groupement de certaines sensations, selon les lois de l'attention. Mais il est évident que les perceptions ne sont pas, en règle générale, uniquement composées de sensations ; nous voyons, nous entendons, nous sentons beaucoup plus qu'il n'est présenté à l'œil, à l'oreille, à la peau ; les sensations données sont complétées par des images. La plupart de nos perceptions sont des perceptions mixtes, complexes d'éléments sensoriels et imagés ; et la vie de la perception est, beaucoup plus qu'on ne le peut supposer, une vie de l'imagination.
Nous pouvons avoir, au moins d'une façon approchée, des perceptions pures (cf. p. 4S sq.), dans le laboratoire comme au cours de la vie quotidienne. Lorsque, par exemple, nous compa-
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