PSYCHOLOGIE DE LA PERCEPTION
agir comme un stimulus qui refoule certaines des idées présentes, et renforce certaines autres, trouble certains courants d'idées, met en mouvement certains autres. Mais la perception nouvelle elle-même, aussitôt que son excitation initiale a agi, est assimilée d'une façon passive aux idées plus vieilles, car celles-ci, grâce à leur mutuelle connexion, sont beaucoup plus fortes que l'idée isolée qui cherche à s'insinuer (1) » : la perception nouvelle est « aperçue » par les idées préexistantes, les « masses apercevantes ». La théorie de la perception, qu'elle se présente sous une forme plus ou moins voisine de celle de Herbart ou de Wundt, figure en mainte psychologie. On peut se demander cependant s'il y a un réel profit à introduire ce terme.
§ 103. La signification (meaning). — Les perceptions sont des groupes sélectionnés de sensations, dans lesquels des images sont incorporées, comme partie intégrante du processus global. Mais ce n'est pas tout : il reste encore à indiquer le caractère essentiel des perceptions : leur signification. Une sensation n'a pas de signification ; une sensation se développe simplement en ses différents attributs, intensité, clarté, étendue, etc. Toutes les perceptions au contraire ont une signification ; elles aussi développent leurs propres attributs, mais elles le font d'une façon significative. Qu'est-ce donc psychologiquement que la signification ?
Psychologiquement, la signification est toujours un contexte ; un processus mental est la signification d'un autre s'il en est le contexte. Et le contexte, dans ce sens, est tout simplement le processus mental qui vient s'ajouter au processus donné dans la situation où l'organisme luimême se trouve placé. A l'origine, la situation est physique, externe ; et à l'origine la signification est d'ordre kinesthésique : l'organisme fait face à la situation par quelque attitude corporelle, et les sensations caractéristiques qu'éveille cette attitude, donnent sa signification au pro-
(i) J. F. Herbart, Lehrbuch zur Psychologie, 1816, 1834, réimprimé dans les Summtliche IVcrke, § 39. La traduction a été un peu condensée.