LA SIGNIFICATION
cessus qui se trouve au foyer de la conscience ; elles sont psychologiquement la signification de ce processus. La situation dans laquelle nous nous trouvons maintenant peut être externe ou interne, physique ou mentale, c'est-àdire tantôt constituée par un groupe de stimuli adéquats, tantôt par une constellation d'idées ; après la sensation est survenue l'image, et la signification peut dès lors se présenter sous une forme imagée ; aussi pour nous la signification peut se composer de sensations des sens spéciaux, ou d'images, ou de sensations organiques, kinesthésiques ou autres, selon la nature de la situation. Cependant, parmi toutes ses formes possibles, deux semblent avoir une importance spéciale : la kinesthésie et les images verbales. Nous sommes des organes locomoteurs, et le changement de notre attitude corporelle se produit à chaque instant au cours de notre expérience ; de telle sorte que des modèles kinesthésiques typiques finissent pour ainsi dire par imprégner notre conscience. Et les mots eux-mêmes, rappelons-le, étaient au début des attitudes corporelles, des gestes, des contextes kinesthésiques ; compliqués sans doute de sons, mais encore essentiellement voisins des attitudes corporelles d'ensemble dont nous venons de parler. Le fait que les mots sont ainsi à l'origine des contextes, et le fait que néanmoins, en tant qu'ils sont entendus d'abord, ensuite en tant qu'ils sont vus, ils possèdent et acquièrent un caractère de contenu mental ; ces deux faits donnent au langage une valeur supérieure comme véhicule de la signification. Les mots que nous lisons sont à la fois des perceptions et des contextes de perceptions ; l'idée auditivo-kinesthésique est la signification des symboles visuels. Et il est évident que toutes sortes de complexes sensoriels ou imagés reçoivent leur signification de quelque mode de représentation verbale : nous comprenons une chose, nous donnons une place à une chose aussitôt que nous l'avons nommée.
Par suite, dans les esprits d'une certaine constitution, il peut arriver que toutes les significations conscientes soient
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soutenues par une attitude kinesthésique totale ou par des mots. Mais, en réalité, la constitution mentale est très variable et la signification peut être soutenue par toutes sortes de processus de sensations ou d'images.
En définitive, il faut au moins deux sensations pour faire une signification. Si un animal a une sensation de lumière, et rien de plus, il n'y a pas de signification dans sa conscience. Si la sensation lumineuse est accompagnée d'une tension, elle devient aussitôt une perception de lumière avec une signification ; elle est maintenant « ce quelque chose qui brille », et elle doit le « ce quelque chose » à son contexte d'effort. C'est assez simple, mais qu'il soit entendu que cette explication n'est pas génétique mais analytique. Nous n'avons aucune raison de croire que l'esprit a commencé par avoir des sensations non significatives, pour acquérir ensuite des perceptions significatives. Au contraire, nous devons supposer que, dès le début même de la vie mentale, l'esprit était plein de signification. Nous trouvons, par notre analyse (§ 96), que la sensation ne signifie rien en elle-même ; et nous trouvons dans la synthèse que le contexte qui résulte de la situation, si simple ou si complexe qu'il puisse être, constitue sa signification.
Mais, qu'est-ce donc précisément qu'une situation ? La situation physique ou externe est le monde externe dans son ensemble, telle que le saisit à tout moment un organisme ; il se compose des stimuli auxquels l'être vivant, en vertu de son organisation héréditaire et de sa disposition présente, peut répondre, qu'il choisit, unifie, focalise, complète, et sur lequel, s'il le faut, il agit. La situation mentale ou interne est, d'une façon analogue, quelque complexe d'images ou de souvenirs, qui est susceptible, dans les conditions qui prévalent dans le système nerveux, de dominer la conscience, de se maintenir au foyer de l'attention, de servir de point de départ aux idées ultérieures et à l'action. Pour résumer d'un mot cette définition, une situation est l'expérience riche de signification d'un présent conscient.
Mais la signification est-elle toujours consciente ? Assurément non ; la signification peut être soutenue par des processus purement physiologiques. Lorsqu'on lit rapide-
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ment, ou qu'on feuillette hâtivement les pages d'un livre, lorsqu'on transpose une composition musicale sans hésitation et sans réflexion dans un ton particulier ; lorsqu'on change de langue, selon qu'on se tourne vers son voisin de gauche ou son voisin de droite à table d'hôte ; dans tous ces cas et les cas analogues, la signification n'a pas de représentation que puisse découvrir la conscience. Le cours et la connexion des idées peut être déterminé à l'avance et comme du dehors ; un mot, une expression du visage, une inflexion de la voix, une attitude du corps pressent un bouton dans le système nerveux, et la conscience est aiguillée, automatiquement, vers de nouvelles voies. Nous avons ici un exemple d'une loi mental universelle de laquelle il nous faudra parler davantage quand nous aurons à traiter de l'action : la loi selon laquelle toutes les formations conscientes, à mesure que se déroule la vie de l'organisme, présentent des phénomènes semblables d'ascension et de chute, d'enrich ssement et d'appauvrissement, d'expansion et de réduction ; de sorte que, dans les cas extrêmes, ce qui était originellement une expérience focale, peut maintenant s'évanouir tout à fait. Nous avons appris l'anglais et l'allemand en nous donnant beaucoup de mal : le contexte conscient qui a donné une signification aux mots et aux phrases a tout d'abord été le résultat d'un effort conscient ; mais maintenant, tout ce contexte a disparu, et un certain arrangement du système nerveux, luimême non accompagné de conscience, suffit à donner aux sons qui frappent notre oreille une signification anglaise ou nous permettent de parler spontanément l'allemand.
Cette prédétermination de la conscience par des influences qui, durant le cours de la conscience, ne sont pas eux-mêmes conscients, est un fait psychologique de la plus haute importance, et le lecteur devrait le vérifier d'après sa propre expérience. Une triple conséquence en découle pour la psychologie. En premier lieu, ce fait nous rappelle que la conscience a un
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aspect temporel, qu'il faut l'étudier aussi bien dans la section longitudinale de son courant que dans sa section transversale. C'est le rôle direct du psychologue que de retracer la destinée de la signification, depuis le moment où elle est une représentation pleinement et complètement consciente, à travers toutes les étapes de sa dégénérescence, jusqu'au moment où finalement elle disparait de la conscience. En second lieu, notre psychologie doit être explicative : et nos explications doivent être physiologiques (§ 9). Pour expliquer la voie que prend le courant de conscience, la ligne définitive qu'il suit, il nous faut avoir recours à l'organisation physiologique, et le fait de retracer les étapes de la décadence mentale nous aide à suivre et à comprendre le processus d'organisation. En troisième lieu, si nous perdons de vue la prédisposition nerveuse, nous commettrons une grosse bévue dans notre analyse psychologique ; nous trouverons dans les processus mentaux des caractères qu'en fait ils ne possèdent pas. Revenons à l'exemple simple donné p. 277 et sq. Dans ce cas, ou bien nous devons dire soit que la signification de l'expérience, après un entraînement d'une semaine, s'est traduite en termes non conscients, purement physiologiques ; ou bien nous devons dire que son observation n'est pas digne de foi et qu'il existe un contexte qu'il n'a pas su remarquer. Mais si nous prenons la seconde alternative, nous reconstituerons l'esprit comme, dans l'histoire, le naturaliste reconstitue le chameau ; nous ne décrirons pas, nous inventerons.
§ 104. La forme de combinaison. — Notre description de la psychologie de la perception, est maintenant complète. Elle a embrassé quatre points principaux. Premièrement, selon les lois générales de l'attention et les lois spéciales de la connexion des sensations, les sensations se sont soudées, unies, incorporées dans un groupe. Deuxièmement, ce groupe de sensations est complété par des images. Troisièmement, ce groupe complémentaire possède une frange, un arrière plan, un contexte, et ce contexte est l'équivalent psychologique de sa signification logique. Quatrièmement, la signification peut s'évanouir de la conscience et le contexte conscient peut être remplacé