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ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'ASSOCIATION

de contiguité dans notre loi générale de l'association ? Si cette traduction est possible, la loi garde sa valeur. Que ferons-nous alors de la loi de similarité ? Celle-ci est, qu'on se le rappelle, très différente de notre loi de l'association élargie et étendue. Nous disons que des idées qui partent de processus semblables, peuvent être lancées sur une même piste ; la vieille loi de similarité dit que le cours des idées aboutit à des processus semblables, que le semblable mental attire le semblable. Nul doute que cette affirmation vaille, en gros, pour un grand nombre de cas : l'idée de Jules César évoque celle d'Alexandre le Grand ; et nous avons noté que la conformité avec le contenu mental de la conscience est une des conditions qui déterminent l'attention (p. 273). Néanmoins, on constate que tous les cas de similarité, lorsqu'on les examine avec soin, impliquent la contiguité. César suggère Alexandre non pas, il est vrai, au moyen de l'idée de la classe des « grands généraux », mais simplement parce qu'un certain élément de l'idée de César a été auparavant lié, dans un « présent conscient » à celle d'Alexandre. Nous pouvons alors, si nous voulons, dire que toutes les associations se réduisent à des associations par contiguité, en ayant soin de transposer mentalement cette foi en termes psychologiques. Mais en somme il est prudent d'oublier ces lois traditionnelles et de ne retenir que la formule donnée au début de ce paragraphe ; on court trop de risques à mettre du vin nouveau dans de vieilles bouteilles 1

§ 108. Etude expérimentale de V association. — Les idées de l'associationnisme sont des significations ; et les significations, de notre point de vue, sont des contextes conscients ou des conditions physiologiques qui déterminent la conscience. Quelle que soit leur nature, elles compliquent infiniment la recherche des conditions de l'association. Nous avons une loi générale : mais il nous faut savoir comment, dans un cas particulier donné, il se fait que telle ou telle idée réponde à l'appel de l'autre, et pourquoi César suggère tantôt Alexandre et tantôt Napoléon. Nous voulons savoir ce qu'est l'association dans sa nature intime et essentielle.

Voici environ trente-cinq ans qu'Ebbinghaus a résolu le problème en introduisant dans cette étude l'emploi de

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syllabes sans aucun sens. Il composa deux mille « mots • sans signification, formés d'une voyelle ou d'une diphtongue encadrée de deux consonnes ; ce sont là des combinaisons relativement rares dans la langue allemande. Ces mots étaient, dès lors, de pures perceptions visuelles ou auditives qui n'avaient ni signification, ni liaison avec d'autres idées : c'était là un matériel d'expérience si varié à la fois, si simple, si riche et cependant si uniforme qu'on pouvait expérimenter dans les meilleures conditions et comparer directement les résultats de chaque expérience avec ceux de chaque autre. Il n'est pas exagéré de dire que l'emploi des syllabes sans signification, comme moyen d'étude de l'association, marque le progrès le plus considérable qu'ait réalisé la psychologie dans ce domaine depuis Aristote.

Il ne faut pas supposer que l'action des syllabes sans signification est purement automatique. Nous avons une tendance invétérée à donner à tout une signification : et le sujet qui a à apprendre une série de ces mots pour la première fois montre une terrible ingéniosité à trouver un sens à ce qui, par hypothèse, n'en a pas. Un auteur récent cite comme série typique de syllabes sans signification, les mots : leb, rit, mon, yup, kig, des, wer, zam. Mais rit suggère writ {écrit), en Ecosse on dit mon pour man (homme), yup suggère yap (japper), ou yelp (glapir), kig, si vous êtes enrhumé, ressemble à king (roi), wer rappelle trop évidemment were (étaient). Si, d'autre part, vous savez un peu l'allemand, leb, des, wer, zam suggèrent immédiatement autant de significations. La série citée n'est donc pas évidemment ce qui convient au débutant toujours à la chasse de connexions significatives. Ebbinghaus raconte que les syllabes dosch, pâm, feur, lot, se reliaient en une phrase comportant un sens : das Brot (français pain), Feuer lôscht : le pain éteint le feu. Ici, donc, comme dans la plupart des expériences psychologiques, le novice fera tout autre chose que ce qu'on lui demande -, il cherchera des sens, il insistera sur la position des syllabes, marquera le rythme, modifiera son imagerie (§ 114).

Il y a de grandes différences individuelles ; mais, en général,

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