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ETUDE EXPERIMENTALE DE L ASSOCIATION

c'est seulement après une longue pratique que le sujet devient une simple machine à associer ; et c'e6t pourquoi il est nécessaire de choisir d'une façon méticuleuse le matériel d'expérience, même parmi les mots qui ne présentent pas de signification directe. Mais le sujet peut être entraîné. Et on a imaginé,

Fig. 60. — Dispositif ponr l'exposition en sorte de syllabes sans signification. Les syllabes sont imprimées sur la périphérie d'un disque de carton qui est placé dans la boite de droite. Le sujet les voit à travers la fente radiale percée dans le couvercle. Le mouvement du disque est réglé par le • métronome : quand le pendule bit, un contact électrique s'élabiit entre les lamelles de platine et le mercure des cuves qui sont au pied du métronome, le disque tourne, d'un mouvement saccadé, juste assez pour exposer une syllabe nouvelle. A la fin de la série, on peut arrêter le mécanisme en ouvrant la clef de gauche. Les deux fils qu'on voit en bas de la liirure vont â une batterie. P. Ranschburg. Momdasckr. f. Psychiatrie u. Xeurologie. X. 1901, 3îi

pour étudier l'association, des méthodes qui se servent de syllabes sans signification et qui sont aussi rigoureuses que celles employées pour étudier l'intensité ou la qualité de la sensation.

Néanmoins nous ne pouvons en rester là avec ces syllabes sans signification. Les résultats qu'on obtient avec ce matériel d'expérience, essentiels pour analyser les résultats plus compliqués obtenus avec des mots, des gravures, etc., doivent eux-mêmes être examinés à la lueur des associations significatives de la vie quotidienne (1) ; ils sont fondamentaux, mais ils sont aussi artificiels ; jusqu'à ce qu'on ait fait de nouvelles recherches, ils ne valent que pour les

(1) Noue reviendrons sur ce point § 123.

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conditions restreintes dans lesquelles ils ont été obtenus. Pourtant, ce travail de comparaison, de contrôle mutuel, ne présente pas de difficultés spéciales : en fait, les règles découvertes dans le laboratoire ont déjà été appliquées a\ec succès à certains problèmes d'ordre pratique.

§ 109. Les résultats : les conditions de V impression. — Supposons que vous lisiez toute une liste de syllabes sans signification, à plusieurs reprises, jusqu'à ce que vous puissiez la réciter sans faute. La lecture aura établi un certain nombre de connexions associatives entre les termes de la série. Mais elle a aussi évidemment fixé les termes eux-mêmes. Ces termes ont, en tant que stimuli, impressionné le système nerveux, se sont imprimés en lui, y ont laissé des empreintes déterminées. La récitation correcte dépend donc non seulement des liaisons associatives mais aussi de l'impression. Un terme peut n'être que faiblement associé au terme qui le précède et pourtant s'il a produit une forte impression, si, pour ainsi dire, son idée est presque prête à apparaître d'elle-même, il peut être ramené à la conscience par la faible tendance associative ; et, inversement, un terme peut n'avoir été que faiblement imprimé dans le système nerveux et pourtant peut être ramené à la conscience par une forte tendance associative. Il est impossible dans les expériences du type qu'on vient de décrire, de séparer les deux facteurs dans les résultats : les conditions de l'impression sont aussi celles de l'association. Nous pouvons dire, cependant, que l'impression dépend de la longueur de la série, de la position des termes dans cette série, de la vitesse de succession des termes, de leur groupement en unités complexes, du nombre et de la distribution des lectures, de la participation active du sujet et du mode de répétition (totale ou partielle).

On présuppose l'attention — nous devons le rappeler aux lecteurs. L'impression dépend alors en premier lieu, de la longueur des séries. Tandis que des séries de 7 ou 8 syllabes peuvent

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être récitées correctement après une seule lecture; un plus grand nombre jette la confusion dans l'esprit du sujet. Le premier et le dernier terme de la série ont sur les autres un avantage réel : ils peuvent être, en fait, les seuls termes retenus après une lecture unique d'une série de 12 syllabes. L'impression est plus profonde lorsqu'on présente les syllabes d'abord à une vitesse modérée (à peu près 2 par seconde) et qu'on augmente doucement cette vitesse à mesure que les lectures se succèdent. L'introduction d'un rythme subjectif favorise l'im pression. Celle-ci dépend, en second lieu, de la répétition. La première lecture est plus importante que tout autre lecture ultérieure : après cela, pendant un certain temps, il y a peu ou même, il n'y a pas d'amélioration, puis les résultats marquent un brusque progrès et, à partir de ce moment, le progrès reste à peu près constant jusqu'à ce que la limite de l'expérience soit atteinte. La distribution des lectures dans le temps a aussi une grande importance ; ainsi il vaut mieux distribuer 24 lectures en 12 jours à raison de 2 par jour, que de les répartir en 6 jours à raison de 4 par jour : et il vaut encore mieux procéder ainsi que de les ramasser en 3 jours à 8 par jour.

Les mêmes règles conservent, mulatis mutandis, leur valeur pour le matériel pourvu de sens. Tandis que 8 ou 9 mots d'une syllabe et 10 ou 12 nombres peuvent être récités correctement après une seule lecture, un nombre plus grand amène la confusion. Nous reviendrons sur ce point plus loin (p. 392). La vitesse de présentation peut être beaucoup plus rapide : dans la lecture de poésie, par exemple, de 140 à 150 mesures iambiques (1) à la minute (4 ou 5 syllabes par seconde). Le groupement des éléments est dû ici non seulement au rythme mais à la signification des passages successifs.

Restent deux facteurs que nous avons appelés la participation active du sujet et le mode de répétition. On a découvert qu'une récitation est beaucoup plus efficace pour l'impression qu'une lecture. La raison en est, peut-être, en partie, que l'attention y est plus grande ; en partie, que les stimuli auditifs et kinesthésiques viennent renforcer l'impression visuelle. Il semble pourtant à l'auteur que l'effet principal de la récitation est de distribuer également l'attention ; chaque terme de la série en effet, doit être évoqué nettement et clairement ; le sujet dé- Ci) Il s'agit de poésie anglaise.

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couvre ses faiblesses et il peut plus facilement y remédier. Finalement, on a trouvé qu'un matériel d'expérience qui a de l'unité et du sens détermine une impression beaucoup plus forte lorsqu'on le lit comme un tout, d'un bout à l'autre, dans les répétitions successives, tandis que les syllabes sans signification et le matériel qui a du sens mais qui n'a pas de continuité (dates d'événements, mots étrangers), sont plus facilement retenus lorsqu'on les apprend d'une façon fragmentaire, lorsqu'on les lit à plusieurs reprises par petits groupes.

La modification nerveuse que nous avons appelée impression est évidemment le premier terme d'une série de changements nerveux qui conditionnent l'acquisition du savoir. Si nous lisons, plusieurs fois de suite, la liste des syllabes jusqu'à ce que nous puissions la réciter correctement, nous l'avons apprise. Mais apprendre est quelque chose d'extrêmement complexe qui dépend de l'impression, de la tendance associative, de la retentivité de la substance nerveuse, et de la disposition corticale (cortical set). C'est pourquoi nous avons évité l'emploi du mot dans ce paragraphe.

§ 110. Les Résultats : les conditions de la tendance associative. — Tout ce qui contribue à l'impression de deux stimuli, durant le présent conscient, servira aussi à établir une tendance associative entre eux ; de sorte que le retour de l'une d'elles, sous forme de perception ou d'idée, réveillera vraisemblablement l'idée de l'autre. Pendant que nous apprenions notre série de syllabes, il s'est donc établi certaines tendances associatives. Le plus forte de celles-ci, comme on pouvait le supposer, est celle qui unit les termes dans leur ordre de présentation ; mais nous avons de bonnes raisons de supposer que chaque terme est, dans une certaine mesure, lié à chaque autre terme de la série.

Nous trouvons, dans les résultats expérimentaux, des cas d'association non seulement entre les idées qui se suivent immédiatement (associations directes), mais entre des idées qui, dans le présent conscient, sont séparées les unes des autres (associations entre termes éloignés) : ce dernier type d'association est relativement faible, mais il est encore nettement discer-

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