CONDITIONS DE LA TENDANCE ASSOCIATIVE
nable. Pour figurer ces phénomènes, servons-nous des lettres de l'alphabet : nous trouvons des associations, non seulement entre a et b, b et c, y et z, mais encore entre a et d, v et z, etc. Et, ce qui est plus important, nous constatons que lés tendances associatives peuvent avoir un effet rétroactif : il y a des associations entre z et y, z et x, etc. La série des syllabes a donc été imprimée non pas comme une série interrompue, mais comme un entrelacement très compliqué dont toutes les parties présentent de naturelles connexions.
Il y a encore une autre complication : la série s'imprime dans un cerveau qui est déjà le siège d'une foule de tendances associatives ; et les stimuli qui surviennent peuvent ainsi provoquer une activité totale ou partielle de quelque tendance préexistante qu'on n'espérait pas, qu'on ne prétendait pas éveiller. Les sujets notent assez souvent, par exemple, des associations de position (la place d'une syllabe dans la série) ; une association de ce genre peut être déclenchée, selon les circonstances de l'expérience, par une idée verbale de nombre, par la disposition spatiale des syllabes, par une inflexion de la voix. Dans certaines conditions, l'éveil d'une tendance de ce genre détermine une association pendant que l'idée de place n'apparaît pas elle-même à la conscience. Supposons, par exemple, que a est associé à b, a à /3 et que les deux couples de lettres ont été associés respectivement aux places 1 et 2. Dans le cas que nous décrivons, la vue de a peut suggérer l'idée de |3 bien que le sujet n'ait pas pensé à la place 1.
Associations médiates. Certains psychologues croient qu'une association peut être établie, engendrée par des intermédiaires inconscients (c'est-à-dire purement physiologiques). J'examine, par exemple, un tableau que l'artiste a signé : mon regard passe sur la signature sans que je la remarque le moins du monde. Peu de temps après, j'examine un autre tableau, signé de la même façon par le même artiste : mon regard, encore une fois passe sur la signature mais je ne le remarque pas. Néanmoins le second tableau me suggère le premier ; la signature s'était empreinte dans mon cerveau bien qu'elle n'ait pas provoqué de perception ; les idées des deux tableaux sont unies par un anneau inconscient. C'est là un cas d'association médiate.
La question a été mise à l'épreuve de l'expérience et les ré-
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sultats ont été purement négatifs : mais il est si difficile de réunir les conditions d'une épreuve cruciale que la divergence d'opinions est naturelle et peut se justifier. Selon l'auteur, l'association requiert l'attention (p. 384) : c'est pourquoi des associations médiates, du type que l'on vient de décrire, ne peuvent se produire. Les exemples invoqués peuvent être interprétés comme des associations dont on n'a pas remarqué l'intermédiaire conscient (odeur, sensation organique, etc.), ou comme des associations entre termes éloignés, ou encore comme des associations, dues au réveil de tendances associatives déjà établies et se ramenant au type que nous venions justement de décrire. Une quatrième explication est possible : elle sera considérée plus loin (p. 406).
Or, si une série de syllabes sans signification établit ce réseau compliqué de tendances associatives, une strophe ou un fragment de prose doit déterminer des excitations d'une complexité beaucoup plus grande. Et le type de ces excitations peut varier selon que le texte doué de sens est familier et que, par suite, il fait jouer une disposition corticale dans sa totalité ou qu'il n'est pas familier et par suite ne déclenche que des associations partielles et fragmentaires.
Nous ne pouvons songer à suivre ces effets dans le détail : mais les faits nous montrent à la fois le renforcement mutuel et l'interférence mutuelle des tendances associatives.
Nous avons rencontré un cas d'interférence dans la confusion qui suit la première lecture d'une longue série de mots ou de syllabes (p. 389). Tant que nous ne dépassons pas les limites du champ de l'attention (§ 80), il n'y a là aucune difficulté. Mais lorsque nous les franchissons, la loi d'inhibition rétroactive entre en jeu. Les tendances associatives ont besoin d'un certain temps pour s'établir, se fixer ; et si ce temps ne leur est pas accordé, si chaque stimulus marche sur les talons du stimulus précédent, le modèle ne s'imprime pas et les associations ne se forment pas. Une association récemment acquise peut même être détruite, comme la plupart de nous le savent à leurs