‹ Manuel de psychologieChapitre 111 sur 142 · CONDITIONS DE LA TENDANCE ASSOCIATIVE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA TENDANCE ASSOCIATIVE

propres dépens, par une concentration intense sur un sujet complètement différent. Vous venez juste de trouver le point, la formule, l'idée, l'argument définitifs : vous êtes distraits par quelque affaire tout ù fait étrangère et lorsque vous retournez à votre travail, tout s'est envolé. Les tendances associatives sont 6i délicatement équilibrées, si facilement troublées que vous ne pouvez plus rien retrouver : essayez, tant que vous voudrez, de restaurer les anciennes conditions, vous ne pouvez ressaisir le modèle exact qui s'est évanoui. Les écoliers, avec un sûr instinct de l'économie d'effort, apprennent leurs leçons seulement en gros avant la nuit et se fient à une rapide révision, le lendemain ; les tendances associatives ont agi pendant que dormaient leurs possesseurs. Tel est également le secret de l'orateur de métier : sachant qu'il a à parler sur un certain sujet à une certaine date, il passe en revue ses idées présentes en dix minutes d'attention concentrée puis les laisse s'évanouir, et lorsque le jour fixé arrive, il constate que les tendances associatives ont préparé son discours.

Quand le matériel d'expérience a une signification, l'interférence peut se produire d'une autre façon. Prenons, par exemple, l'alphabet : a est lié à b grâce à la répétition fréquente a, b, c, mais il est également lié à z dans l'expression de « a à z ». Que a fasse son apparition dans la conscience : qu' arrive- 1- il ? Il peut être aussitôt suivi de b ou de z. L'une des deux idées peut, comme nous l'avons dit, être plus « prête » (ready) que l'autre. Si les termes des deux associations sont complexes, l'idée qui survient peut dériver de l'une et de l'autre ; a peut, par exemple, éveiller une idée qui est en partie b, en partie z. Mais si la tendance b et la tendance z ont une force approximativement égale, elles s'annuleront et il n'y aura aucune association. Ainsi, une question peut vous laisser coi, non parce qu'il ne vous vient pas de réponse, mais parce que vous avez tant de réponses diverses qu'aucune d'elles ne peut l'emporter et arriver à s'exprimer.

Cette sorte d'interférence est connue sous le nom d'inhibition terminale, et s'oppose à une autre espèce d'inhibition qu'on appelle inhibition initiale. Si a est déjà uni à b, il est difficile de l'unir à k ; b s'interpose. Vous avez, par exemple, un certain défaut de style : vous avez pris l'habitude de mal orthographier un certain mot ; vous voulez corriger ce défaut, mettre l'ortho-

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graphe correcte. Mais, chaque fois que vous n'y faites plus attention, la faute revient. L'association préexistante a-b empêche l'association désirée a-k de se fixer. Ainsi cette loi se met au travers de la loi d'association entre termes séparés. La première impression de l'alphabet établit en effet non seulement l'association directe a-b, mais encore l'association éloignée a-k. Mais comme l'alphabet est répété maintes fois, l'association directe inhibe de plus en plus l'association éloignée, si bien qu'il faut maintenant plus de lectures pour établir la connexion a-k, qu'il n'en a fallu pour la connexion originale a-b.

D'autre part, les tendances associatives peuvent se renforcer mutuellement. Les associations peuvent être convergentes : toute une constellation, tout un complexe de tendances peut agir en faveur d'une seule idée et ce complexe, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises (par ex. p. 277), n'a pas du tout besoin d'apparaître dans son ensemble à la conscience : les enfants à qui l'on apprend deux langues, confondent rarement les mots de l'une et de l'autre : ils achèvent une phrase dans la langue dans laquelle ils l'ont commencée ; le premier mot a derrière lui la pression directrice d'une foule de tendances synergiques. Bien plus, l'association peut être d'abord divergente, puis, ensuite, convergente. Une perception peut mettre en activité un certain nombre de tendances ou de constellations ; et celles-ci peuvent, à leur tour, converger toutes vers une seule idée. Nous pouvons ici glisser un regard vers la base physiologique du contexte conscient, de la signification psychologique (§ 103). Les mots d'une phrase, les phrases d'un paragraphe, les paragraphes d'un chapitre, les chapitres d'un livre éveillent d'innombrables dispositions dans 'e système nerveux du lecteur. Parfois, une association spéciale prend le dessus et le lecteur est distrait par ses propres idées ; au contraire, lorsqu'on écrit, en général on suit son chemin et les idées divergentes se recombinent continuellement. Pourtant ce n'est pas là toute l'histoire de la signification, car l'attitude générale du lecteur a aussi une grosse importance (§ 141).

§ 111. La conscience associative. — Il y a autant de modes ou de formes d'association que de connexions diverses dans un présent conscient. Ce que sont ces connexions, nous le savons déjà : nous les avons esquissées en

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