LA CONSCIENCE ASSOCIATIVE
traitant de la perception. Nous pouvons dire alors qu'il y a autant de formes d'association qu'il y a de formes de perceptions et d'idées ; le type de la conscience associative peut être spatial, temporel, qualitatif ou mixte. La perception pure est elle-même une association de sensations, et l'idée une association d'images. Mais n'y a-t-il pas de différence psychologique entre 1& perception et l'idée, d'une part, et l'association de l'autre ? Il n'y en a certainement pas quant à leur composition ; les processus élémentaires que révèle l'analyse sont les mêmes dans les deux cas : sensations et images. Il n'y en a pas nécessairement quant à leur complexité: beaucoup d'exemples d'associations donnés dans les manuels sont plus simples, contiennent moins de processus élémentaires que les perceptions les plus compliquées. Il n'y en a pas non plus quant au mode de connexion de ces éléments : les lois qui gouvernent la connexion sont partout les mêmes. Il n'y en a pas nécessairement quant à la solidité de cette union : le nom des objets familiers est aussi étroitement lié à la perception correspondante que les éléments sensoriels de celle-ci peuvent l'être entre eux. La différence est donc plutôt une distinction de psychologue plutôt qu'une distinction psychologique. Il nous faut bâtir notre psychologie étage par étage et selon un plan ordonné ; et il est commode de distinguer d'abord les éléments simples, sensations et images ; puis la connexion de ces éléments perceptions et idées ; enfin les connexions des éléments qui ont déjà été unis, les associations d'idées. Si nous voulons parler un langage figuré qui exprime grossièrement la vérité, nous dirons que les éléments de la perception n'ont jamais été réunis auparavant, tandis que les éléments de l'association ont déjà été habitués à contracter de multiples unions.
Mais la théorie de l'association a joué un tel rôle dans l'histoire de la psychologie, et l'influence de la tradition est si forte que beaucoup de psychologues ont, pour ainsi dire, une tendance instinctive à établir une différence entre l'idée et l'association des idées. Cette tendance se manifeste
3 96 l'association
de deux façons : d'abord dans l'habitude qu'on a d'insister avec excès sur les associations successives, comparativement aux associations simultanées et, en deuxième lieu, dans l'effort pour classifier les différentes formes d'associations, et pour en présenter la liste.
La plupart des étudiants en psychologie, lorsqu'ils entendent parler d'association des idées, pensent aussitôt à l'association succssive ; et celle-ci, qui par sa nature même est un enchaînement, une succession, est plus complexe et plus variable dans son cours qu'une simple idée. Encore est-il certain que l'association simultanée est l'association type, et que l'association successive dont on donne des exemples dans les manuels, se produit rarement ; c'est un cas-limite de l'association en général. « Dans un entretien sur notre guerre civile actuelle, écrivait Hobbes en 1651, qu'est-ce qui pouvait sembler plus hors de propos que de demander, comme le fit quelqu'un, la valeur d'un denier romain ? Pourtant le rapport me parut assez manifeste. En effet, la pensée de la guerre amena celle du roi livré à ses ennemis ; celle-ci évoqua la pensée du Christ trahi et livré, et cette dernière fit songer aux trente deniers, prix de la trahison. De là cette question bizarre. » Sans aucun doute, Hobbes avait mis le doigt sur le vrai rapport, sur le contexte. Mais il est non moins certain que le processus global était très différent de ce qu'il supposait : il n'y avait pas une simple séquence de pensée à pensée, d'idée à idée. Que le lecteur en fasse l'observation par lui-même !
Nous ne pouvons entrer ici dans la question de la classification. Les différents auteurs qui ont proposé des tables d'associations, ont élaboré leurs listes sans exception, d'après des principes logiques, en se guidant sur le sens des idées associées ; ils ont rapporté les associations à certaines catégories logiques telles que la subordination, la coordination, la cause et l'effet, les moyens et la fin. Les résultats peuvent avoir une certaine valeur pour une psychologie des différences individuelles ; ils n'ont pas place dans une psychologie descriptive générale. De plus, les associations varient selon les circonstances. Comme on l'a constaté dans les expériences où l'on présentait un mot inducteur auquel le sujet devait répondre aussitôt par le premier mot qui lui venait à l'esprit, les substantifs sont associés