LA CONSCIENCE ASSOCIATIVE 3<J
aux substantifs, les adjectifs aux adjectifs, les nombres aux nombres ; l'association unit presque toujours des termes appartenant à une même modalité de sensations : ainsi rouge évoque vert, dur évoque mou, etc. Mais, si l'on change les conditions, si on laisse plus de temps au sujet, le caractère des idées associées change aussi du tout au tout. De plus, la fatigue peut déclencher des associations purement mécaniques (neige-boule, odorat-rat), qui sont ordinairement étrangères à la conscience du sujet.
Analyse introspcctive. Si l'on présente un stimulus visuel familier (mot, image simple) au sujet, avec la consigne de le recevoir passivement et de rendre compte de ce qui se déroule dans sa conscience, voici les résultats qu'on obtient. D'abord, il y a une association simultanée du stimulus et du langage intérieur : le mot ou l'objet représenté reçoit un nom. Ensuite, apparaît un complexe associatif qui peut prendre une des trois formes principales suivantes : 1° Le stimulus éveille, aussitôt ou très peu de temps après que la perception est devenue claire dans la conscience, et soit par son aspect global, soit par l'un quelconque de ses caractères ou de ses parties, un processus affectif, un sentiment au sens large du mot (p. 229). A son tour, le sentiment évoque une idée associée qui peut subsister un certain temps à côté de la perception originale mais bientôt la remplace. Ainsi un mot imprimé en toutes petites lettres sur un fond de grandes dimensions, éveille un sentiment d'abandon : un mot peint en rouge, un sentiment d'excitation ; le mot « aveuglant », le sentiment d'une lumière aveuglante ; ensuite, le sentiment lui-même (ou, selon l'auteur, les éléments kinesthésiques et organiques du sentiment) amènent une idée qui supplante la signification du mot-stimulus ; 2° Dans d'autre cas, la perception une fois nommée est complétée ou remplacée par l'idée de quelque objet ou de quelque tableau déjà vu. Ainsi l'esquisse d'une figure humaine peut suggérer l'idée d'un ami dont les traits sont, pour ainsi dire, discernés dans le dessin ; la perception se perd, se noie dans une association simultanée. Ou encore, le mot « Tell » imprimé sur un fond bleu, évoque un tableau familier où l'on voit Guillaume Tell sauter d'une barque sur des rochers ; le bleu du fond devient le ciel bleu de la peinture. Il y a entre ces deux extrêmes de nombreuses formes intermédiaires comme il y en a aussi entre ce groupe d'associations et le sui-
398 l'association
vant ; 3° Ici, le stimulus éveille une idée qui, à première vue, semble séparée et détachée ; nous avons le type traditionnel do l'association successive. Et, dans certains cas, nous ne pouvons pousser plus loin l'analyse : la perception nommée et l'idée semblent liées mécaniquement ; nous sommes en présence d'un cas-limite. Mais, d'ordinaire, l'introspection nous permet d'aller plus avant : ainsi, l'esquisse d'une tente évoque l'idée du marché d'une certaine ville, et, pendant un moment, le sujet ne put indiquer que la succession pure et simple des deux processus. Mais, ensuite, il découvrit la liaison t il avait traversé ce marché en bicyclette dans une attitude très voisine de celle dans laquelle il était assis pendant l'expérience ; un ensemble complexe de sensations organiques était ainsi commun aux deux situations. — Des observations de ce genre montrent clairement que l'association-type est l'association simultanée et que les associations successives, pour exprimer la chose d'une façon tant soit peu paradoxale, sont simplement des associations simultanées étirées dans le temps.
Si nous nous en tenons strictement aux faits observés, nous ne pouvons trouver aucune différence d'ordre psychologique entre l'idée et l'association des idées. Il reste encore cette différence d'ordre pratique que nos idées arrivent toutes faites tandis que nous pouvons établir de nouvelles associations. L'introspection ne peut-elle nous révéler le mécanisme conscient de ce nouveau mode d'union et ne pouvons-nous pas ainsi projeter une lumière nouvelle sur la perception mixte et sur l'idée elle-même ?
Wundt a répondu à ces deux questions par l'affirmative. 11 croit que les associations sont toujours établies de la même façon et que le mécanisme peut être mis à nu par des procédés expérimentaux. Toute association, dit-il, est la liaison de processus élémentaires ; l'expression « association d'idées » est mal nommée si l'on entend par là que les idées s'associent en tant que telles. Et la connexion des éléments est, elle-même, un processus double. Lorsqu'une perception ou une idée est susceptible de provoquer une association, ses éléments commencent par réveiller des