‹ Manuel de psychologieChapitre 114 sur 142 · LA CONSCIENCE ASSOCIATIVE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE ASSOCIATIVE

images semblables à eux-mêmes : il se produit alors une fusion du semblable avec le semblable. Mais les termes de cette fusion ont été liés dans des « présents conscients » antérieurs, à d'autres éléments, ceux-là dissemblables ; la fusion est, par conséquent, complétée aussitôt ; le noyau homogène s'entoure de toutes sortes de processus associés. Si l'association est simultanée, c'est à cela que se borne le phénomène. S'il s'agit d'une association successive, un élément du groupe des termes associés autour du noyau original éveille son semblable ; une nouvelle fusion se forme et le même processus se répète.

La première proposition de Wundt, à savoir que, seuls, les composants élémentaires de la perception et de l'idée peuvent avoir des connexions associatives, est basée' en partie sur la nature de l'idée, en partie sur des faits d'observation. L'idée est fluide, variable, instable ; elle n'a pas assez de consistance, pour ainsi dire, pour être accouplée à une autre idée qui devrait présenter la même consistance. Et, si nous observons les associations dans les conditions expérimentales, nous constatons qu'elles s'articulent, en réalité, non pas sur les idées, prises dans leur totalité, mais sur quelque élément simple de l'idée.

Ce point établi, nous pouvons passer au mode de connexion élémentaire. Le premier stade, la fusion du semblable avec le semblable, devient clair, si nous le traduisons en langage physiologique. Lorsqu'un stimulus complexe est présenté à l'organisme, il produit une excitation complexe dans le cerveau. Mais quelques-uns au moins des stimuli composants ont impressionné le cerveau dans le passé ; aussi les stimuli parcourant les mêmes voies que les premières impressions, y excitent de nouveau une ancienne activité cérébrale ; les autres, les stimuli entièrement nouveaux, ont à se frayer eux-mêmes un passage. Et maintenant, si nous retraduisons, nous avons le fait psychologique de la fusion. La sensation ou l'image qui survient, si elle a été auparavant dans la conscience (et dans le cas contraire, il n'y a pas d'association), se fond avec sa propre image. Comme les termes de cette fusion sont qualitativement semblables, la résultante consciente est simplement l'élément commun, qui se présente avec une intensité accrue et un haut degré de clarté ;

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nous savons, nous dit Wundt, que les éléments familiers que contient un ensemble psychologique complexe se détachent par leur force et leur clarté, tandis que les éléments non familiers sont plus faibles et plus obscurs ; c'est ainsi que se manifeste la fusion nucléaire. Le deuxième stade ne présente pas de difficulté nouvelle. L'élément central renforcé, justement parce qu'il a été autrefois dans la conscience et qu'il est, par cela même, apte à produire la fusion nucléaire, doit aussi être lié à beaucoup d'autres processus élémentaires ; c'est simplement aux circonstances qu'est due l'évocation effective de tels ou tels processus.

Que doit-on penser de cette analyse ? D'abord, il ne faut pas la confondre avec la doctrine traditionnelle de l'association. La fusion du semblable pour le semblable n'est pas l'association par similarité ; et sa grappe d'éléments associés ne s'explique pas par la contiguité pure et simple. Chacune de ces associations, qu'elle soit « par similarité » ou « par contiguité » implique selon Wundt le double processus de connexion : la reviviscence du semblable et l'adjonction d'un complément dissemblable. En second lieu, cette analyse est, ainsi qu'il le proclame, une analyse de faits observés : elle diffère donc des anciennes « lois d'associations » non seulement par la forme et le contenu, mais aussi par son origine ; elle n'est pas un produit de la réflexion, un produit logique. Nous ne lui présenterons que deux critiques. La première est que Wundt a situé le mécanisme entier de l'association dans le domaine de la conscience, alors qu'il semble certain que, dans nombre de cas, ce mécanisme ou du moins une bonne partie de ce mécanisme est purement physiologique et qu'on ne trouve aucune représentation consciente. L'autre critique est que, la fusion du processus nouveau avec son image-sosie, qui, en tant qu'hypothèse est adéquate aux faits, n'est pas néanmoins directement attestée par l'introspection. Peut-être pourrions-nous parler d'une restauration du semblable plutôt que d'une fusion du semblable avec le semblable ; le concours de l'excitation présente et de la tendance impressionnelle préexistante serait alors un processus physiologique auquel correspondrait directement l'apparition d'un élément unique intense et clair ; il n'y aurait pas de reviviscence d'un double mental.

La loi de l'association (§ 107) agira alors comme il suit : deux syllabes sans signification, par exemple, sont présentées simultanément à la conscience. Plus tard, l'une des deux est seule pré-

LECTURES COMPLÉMENTAIRES ^OI

sentée. Cette seule syllabe ou celui de ses aspects (visuel, auditif, kinesthésique) qui dominait dans la conscience au moment de sa première présentation réapparaît ; la première impression du système nerveux rend facile le passage de l'excitation et la perception est claire et intense. En même temps que se produit cette restauration, survient le complément associatif ; l'autre syllabe apparaît sous forme d'image. Nous avons ainsi ce qui semble être un cas typique d'association par contiguïté ; mais nous voyons aussi quel est le danger (p. 385), d'identifier la loi traditionnelle de contiguïté avec notre loi générale d'association. Un dernier avertissement : nous avons parlé d'impression, de tendance associative comme si toutes ces choses étaient des caractères physiologiques réels. Aussi le sont-elles en un sens : le système nerveux a certaines façons bien définies de se comporter, que nous sommes tenus, en droit, de reconnaître et de nommer. Mais on doit se rappeler que notre connaissance est entièrement indirecte, qu'elle est tirée des résultats d'expériences psychologiques. Que sont, en elles-mêmes, l'impression et la tendance associative, que se passe-t-il dans le système nerveux lorsqu'un stimulus s'y imprime et qu'une tendance associative s'y établit, nous n'en savons rien. L'explication physiologique de l'association est ainsi un problème de l'avenir.

LECTURES COMPLÉMENTAIRES

§§ 105-111. H. Ebbinghaus, Ueber das Gedâchtnis, 1885 ; Psychologie, I, 1905, 633 sq. ; E. Claparède, L'association des Idées, 1903 ; W. Wundt, Physiol. Psychol, III, 1903, 518 sq. Pour les méthodes expérimentales, C. S. Myers, A text-book of Expérimental Psychology, 1909, 144 sq. On trouvera des exposés sur l'association qui gardent toute leur valeur mais que sans doute leurs auteurs auraient modifiés, s'ils les écrivaient aujourd'hui, dans les ouvrages suivants : W. James, Principles of Psychology, I, 1890, 550 sq. ; O. Kulpe, Grundriss der Psychologie (1893), § 27 sq.

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§ 112. La conservation : V évolution des images. — Une impression faite sur une substance plastique persiste un certain temps après .qu'on a supprimé la cause de l'impression : la substance conserve l'impression. Supposons donc qu'un stimulus ait impressionné le cerveau ; la substance nerveuse conservera l'impression après que le stimulus aura cessé d'agir. La sensation ou la perception sera suivie d'une image ou d'une idée qui, si rien ne vient la troubler, restera dans la conscience aussi longtemps que l'impression conserve une certaine profondeur. Qu'arrive-t-il entre temps, pendant l'effacement graduel de l'impression ?

11 n'est pas facile de répondre à cette question. Nous avons vu au § 60 que tout stimulus d'intensité modérée provoque une large réaction et il est également vrai que chaque image auditive, visuelle ou autre apparaît dans un enchâssement mental complexe. Lorsque nous avons affaire à la sensation, notre attitude organique est déterminée et maintenue par le stimulus qui, en outre, sert à guider et à corriger nos associations ; la conscience est dans un équilibre relativement stable. Mais quand nous avons affaire à l'image, l'attitude organique a des chances de varier et les associations, faites dans la même étoffe que l'image, ont des chances de l'influencer de différentes façons. En outre, il est bien difficile de suivre le cours de l'image, même dans les conditions expérimentales les plus favorables, pendant un temps plus ou moins long. Quelque impression nouvelle vient à coup sûr chasser l'ancienne ou quelque stimulus nouveau vient réveiller les tendances préexistantes de la partie du cerveau impressionné et une interférence se pro-

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duit qui entrave le cours de l'image. Pourtant, si nous rassemblons les résultats des recherches, nous pouvons dire qu'une image (ou un complexe d'images) est susceptible de se modifier selon trois modes distincts : elle peut s'éteindre, elle peut tendre vers un type fixe, elle peut être incorporée, en totalité ou en partie dans de nouvelles formations imagées.

Nous avons souvent entendu parler de l'effacement et de l'évanouissement des images, mais il est rare de trouver une description de ce processus. Si nous considérons les attributs de l'image, il semble que ceux qui ont à souffrir directement de l'écoulement du temps sont l'intensité et la durée ; les images auditives intenses s'affaiblissent, les images visuelles brillantes (p. 205) s'obscurcissent et plus les expériences originales sont éloignées dans le temps, plus fugitif est le passage de toutes les images à travers la conscience. Ce sont là des changements intrinsèques dûs à l'affaiblissement de l'impression nerveuse.

Mais d'autres facteurs agissent également. Ainsi, la qualité de l'image visuelle est affectée d'une façon déterminée par la nature de la lumière objective à laquelle la rétine est soumise ; les images de couleurs et de gris tendent à s'éclaircir dans la lumière et à s'assombrir dans l'obscurité. Les images de tons tendent à baisser, probablement parce que l'image kinesthésique de l'adaptation du larynx tend à s'affaiblir. Plus important est le passage graduel de la qualité individuelle à la qualitétype. Nous avons vu au § 107 qu'une association peut être éveillée, non seulement par le retour d'une idée familière, mais aussi par l'arrivée d'une idée nouvelle mais semblable ; les conditions nerveuses des idées analogues sont partiellement les mêmes. Il semble alors que les conditions nerveuses des qualités sensorielles voisines sont en partie les mêmes ou au moins que l'impression de l'une tend à éveiller les impressions des autres. En effet, si le sujet a reçu une impression de couleur ou de ton, il ne peut bientôt plus l'identifier avec certitude ; lorsqu'il cherche à se la rappeler, il peut imaginer une qualité qui se trouve à quelque distance de la place véritable qu'elle occupe dans la gamme des couleurs ou des tons ; lorsqu'une couleur,

lorsqu'un ton légèrement différents lui sont présentés, il peut être induit en erreur par son image et déclarer que les deux impressions sont les mêmes. L'image est toujours naturellement, une qualité individuelle mais sa qualité n'est plus en corrélation étroite avec celle de la sensation primaire.

Le même résultat peut être mis en évidence, indirectement, par l'association verbale. Nous pouvons garder d'une sensation de couleur le souvenir qu'elle était rouge, d'une sensation de lumière, qu'elle était gris-foncé, d'un ton qu'il était élevé. Si, au bout de quelque temps, nous essayons d'imaginer la couleur, la lumière ou le ton, nous pouvons imaginer la qualité spéciale qui, dans les circonstances du moment, est la plus représentative de la classe « rouge », de la classe « gris- foncé », de la classe des « tons élevés », c'est-à-dire, la qualité dont l'image est la plus « prête » (ready), la plus facile à évoquer pour les tendances associatives de l'idée verbale. Dans des cas de ce genre, nous pouvons nous éloigner très sensiblement de la véritable image de la sensation primaire. Ou bien nous pouvons nous rappeler la qualité originale par une impression absolue (p. 317). A mesure qu'augmente notre expérience, nous constituons, dans tous les domaines, des idées semblables à l'idée d'espace, composites et « standardisées » dont nous avons parlé au § 89 ; et ces idées peuvent, comme celle-là, disparaître de la conscience, faire place à une disposition corticale, se montrer seulement comme des attitudes conscientes globales, ou être représentées, selon les diverses occasions, d'une façon partielle et fragmentaire. En ce qui concerne son caractère spatial, par exemple, l'image est principalement déterminée par l'impression absolue, de sorte que les petites étendues deviennent encore plus petites, les grandes deviennent plus grandes dans leurs images respectives. Les mêmes influences peuvent se retrouver en ce qui touche l'intensité (1) et la durée. II en est de même pour la qua-

(1) On a souvent nié que l'image possède l'attribut d'intensité. « L'idée du rayonnement le plus brillant ne brille pas, celui du bruit le plus intense ne résonne pas » (Lotze, Outlines of PsychoLogy (trad. anglaise, 1886) 28). « L'idée du plus léger froissement et celle du coup de tonnerre le plus violent ne présentent aucune différence d'intensité » (Ziehen, Introd. to Physiol. PsychoL, trad. anglaise, 1895, 154). L'auteur croit que ces affirmations trahissent une forme de « l'erreur du stimulus » (p. 219). En tout cas, il n'y a pas à douter, car le témoignage expérimental est positif, que les images possèdent de l'intensité. Evidemment si l'image du bruit du tonnerre est ancienne, celle du froissement récente, si les impressions sous-jacentes ont pu s'affaiblir

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lité. Si la couleur nous frappe comme un rouge magnifique ; la lumière comme un gris sombre inhabituel ; le ton, comme terriblement haut, nous serons amenés sans doute, plus tard, à confondre les qualités imagées avec celles d'autres stimuli qui nous feront des impressions semblables.

Nous avons dit que nous nous « rappelons » la couleur originale ou le ton original au moyen du nom de la classe et de l'impression absolue. Il ne s'agit pas encore d'ouvrir une discussion sur la conscience mémorielle. Notons cependant que, dans ce processus de rappel, l'image peut avoir totalement disparu ; c'est seulement par accident qu'elle peut surgir de nouveau ; dans la grande majorité des cas, elle a été délogée par une autre image. La plupart des images, en fait, n'ont pas pu vivre leur propre vie ; les nouveaux stimuli et les tendances préexistantes du système nerveux sont des obstacles trop forts à vaincre.

On peut faire, comme il suit, d'intéressantes observations sur l'évolution des complexes d'images. Le sujet dessine sur une feuille de papier, d'après une gravure ou un objet, une figure assez simple, par exemple une fleur de lis, un animal héraldique. Une semaine plus tard, on lui demande de recommencer son dessin d'après l'image mentale qu'il a gardée de son premier dessin. On constate que certains traits de l'image peuvent disparaître entièrement et que, souvent, la figure répétée tend à devenir un type schématique : ces résultats nous sont déjà connus. Mais on constate aussi que la figure peut être transformée : certaines lignes principales de l'original ont disparu, tandis que des lignes secondaires forment des associations particulières et deviennent des traits essentiels ; ainsi, avec le temps, la fleur de lis s'est, par exemple, transformée en une croix grecque. La méthode ne permet pas une interprétation détaillée, mais elle montre qu'une image peut persister, insoupçonnée, dans la conscience, en s'incorporant dans un certain nombre d'images successives.

L'image consécutive mémorielle. Beaucoup de sujets n'éprouvent aucune difficulté à passer, directement, c'est-à-dire après

sans être bouleversées, il pourra arriver un moment où les inter.sités seront également faibles. Ce n'est que dans ces conditions exceptionnelles que la remarque de Ziehen est vraie : en règle générale l'iningt- du tonnerre sera toujours, quelle que soit son ancienneté, plus forte que celle du froissement parce que le tonnerre a produit l'impression absolue du son-type « intense >, le froissement celle du son-type « faible ».

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un intervelle très court (p. 302), de la sensation à l'image : même dans le cas d'impressions visuelles on peut s'arranger pour que l'image n'interfère pas avec l'image consécutive (p. 65, 71). Parfois, cependant, la sensation est suivie d'un processus qui peut durer de 5 à 10 secondes, et que Fechner appelle l'image consécutive mémorielle. Ce n'est point à proprement parler une image consécutive ; car elle dépend, comme l'image, mais non pas comme l'image consécutive, de la clarté de la sensation primaire ; elle n'apparaît que si, comme une image, on a cherché à la rappeler ; elle est plus intense et plus claire après une brève observation, tandis que l'image consécutive est plus nette quand l'excitation s'est prolongée ; et elle reproduit les lumières et les couleurs de l'original, au moment où l'image consécutive, si elle était présente, serait complémentaire. L'image consécutive mémorielle est, en fait, une sorte de photographie instantanée de la sensation ou de la perception. Elle est signalée par des sujets qui ont un très pauvre bagage d'imagerie visuelle et, sans aucun doute, elle joue un plus grand rôle dans les esprits non imaginatifs que dans les esprits imaginatifs (§ 141), mais beaucoup d'esprits de ce dernier type la possèdent. Nous essaierons de l'expliquer plus bas (§ 118).

La tendance persévèrative. Les images elles-mêmes, semblent, par moments, affleurer à la conscience spontanément ; nous sommes hantés par des airs, ou des fragments de poésie, par un tableau ou la figure d'un noyé ; et les idées nous arrivent de la façon la plus intempestive. Les expériences d'associations verbales (p. 277), présentent le même phénomène ; le sujet répétera le même mot à maintes reprises, dans sa série de réponses, sans se rendre compte qu'il est obsédé par cet associé particulier. Réunissant tous ces faits, des psychologues en ont conclu que le cerveau est le siège de ce qu'ils appellent des tendances persévératives. L'impression ne s'évanouit pas d'une façon régulière mais se rétablit, pour ainsi dire, de temps à autre, et dans des conditions favorables, si bien que l'idée peut surgir de nouveau spontanément dans la conscience.

Si cette hypothèse est correcte, il nous faut distinguer trois séries de tendances nerveuses : 1° Nous avons la tendance impressionnelle qui représente la facilité plus ou moins grande avec laquelle une idée émerge dans la conscience ou la profondeur audessous du seuil à laquelle parvient actuellement son processus

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