‹ Manuel de psychologieChapitre 119 sur 142 · CONSCIENCE IMAGINATIVE ^3 I · texte numérisé non relu

CONSCIENCE IMAGINATIVE ^3 I

plus ou moins définis (imagination active). Consciente ou non, la disposition nerveuse oriente le courant de la conscience ; elle sert aussi à déclencher le complexe d'images, le premier fil au bout duquel vient d'ordinaire, comme une inspiration, une pensée heureuse ; quelque circonstance extérieure ou quelque groupe de tendances associatives, actif à ce moment-là, actionne la disposition, et l'idée initiale jaillit dans la conscience. L'idée peut être rudimentaire ou complète, la conscience consécutive étroite ou large, concentrée ou richement imagée : cela dépend uniquement des circonstances. Quand nous avons affaire à l'imagination active, le stade suivant dans lequel l'idée est élaborée et mise au point (bien que, sans aucun doute, elle puisse être soutenue de temps à autre par d'autres pensées heureuses) est essentiellement une période de travail délicat, d'attention secondaire, qui ne prend fin que lorsque l'idée a reçu son expression objective définitive. Pendant ce temps, la conscience a été le siège d'émotions variées. Les images d'imagination apportent avec elles le sentiment d'étrangeté, mais de môme que le plaisir de la reconnaissance peut se perdre en un déplaisir plus intense que cause l'objet reconnu, de même l'étrangeté de l'image peut se fondre dans le plaisir du succès ou disparaître au sein d'un déplaisir plus fort que cause l'échec ; ces sentiments peuvent eux-mêmes alterner et la conscience oscille alors entre les deux pôles affectifs. En même temps, toutes sortes de complexes empathiques se sont formés également autour des processus focaux vivifiant les produits partiels de l'effort constructif, leur donnant une teinte personnelle. Quoi qu'il arrive, la conscience totale est dirigée et réglée par la disposition nerveuse sous-jacente. Dans la mémoire, l'esprit du sujet est constamment dans une certaine sphère d'idées qu'il peut parcourir : cette sphère a ses limites, fixées par son expérience passée, et qu'il ne peut franchir, La conscience appartient au type discursif. Dans l'imagination, la conscience procède, comme un tout, d'une certaine disposition première. Il n'y a plus là de limites, sinon celle de la capacité et de l'expérience individuelles. Mais le courant, quel que soit son volume, coule toujours dans une direction déterminée. La conscience, nous f avons dit, est ici un processus d'intégration. Mais quels sont les processus focaux ? On est tenté de répondre immédiatement : des images. La réponse est probablement correcte si l'on peut définir le terme image. Parfois ce sont

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des images au sens littéral : images visuelles, auditive-- kinesthésiques et kinesthésiques. Parfois, ce sont des images verbales. Mais le nom doit aussi être étendu à des processus qui symbolisent purement et simplement d'anciennes perceptions et qui ne ressemblent pas plus à la perception que le compte-rendu imprimé d'une représentation à l'Opéra ne ressemble à cette représentation. Quand nous suivons les images d'imagination au delà du stade de la complexité perceptuelle (§ 118) nous constatons qu'elles subissent un transfert et une réduction. Un transfert d'une modalité sensorielle à une autre, le long de la ligne de moindre résistance nerveuse et une réduction d'une représentation explicite à un pur symbolisme. Réduction ne signifie pas approximation d'un type ; ce qui se produit, c'est qu'un pur schéma ou un aspect partiel ou fragmentaire du complexe finit par symboliser le tout sous une forme abrégée. Les manuels affirment que les images d'imagination tendent à devenir vagues, générales, abstraites, finissent par n'être plus que des ombres d'elles-mêmes. Elles ne deviennent jamais vagues au sens ordinaire du mot : au contraire, toutes les images, que ce soient des images proprement dites, des mots ou des schémas, sont sensorielles dans leur réalité, leur substance. C'est un point sur lequel nous avons déjà insisté et que nous ne devons point perdre de vue. Mais elles deviennent simples et conventionnelles. Elles tendent à symboliser plutôt qu'à représenter.

Le lecteur doit se rappeler que cet exposé n'est fait que de conjectures et qu'il dépasse de beaucoup les données expérimentales. Il a le mérite de concilier les deux hypothèses mentionnées plus haut et il s'accorde avec toutes les observations introspectives que nous possédons jusqu'ici. Mais il est susceptible d'être remanié par des recherches ultérieures.

§ 120. Illusions de la reconnaissance et de la mémoire. — Les souvenirs et les reconnaissances illusoires sont de deux sortes. Nous pouvons nous rappeler ou reconnaître quelque chose qui, en réalité, objectivement, est nouveau pour nous ou au contraire il peut nous arriver de ne point reconnaître ou de ne point nous rappeler quelque chose qui fait effectivement partie de notre expérience passée. Ces deux types d'illusions sont très communs.

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