ANALYSE DE LA RÉACTION SIMPLE
déroule aisément jusqu'à sa conclusion. On a émis l'idée que la réaction sensorielle se présente d'une façon qui lui est propre, qu'après l'appréhension du stimulus, il y a une impulsion consciente distincte à mouvoir le doigt ; tandis que dans la réaction musculaire, le mouvement suit immédiatement la perception. .Mais l'introspection montre que cette division de la conscience réactive se produit tout au plus quand le sujet n'est pas encore suffisamment entraîné i en règle générale, le mouvement du doigt se produit aussi vite dans le type sensoriel que dans le type musculaire. La différence entre ces deux formes de réaction est plutôt la suivante : dans la réaction sensorielle, le stimulus est saisi avec sa qualité propre comme « quelque chose de blanc » ; tandis que dans la réaction musculaire il est saisi seulement comme un stimulus visuel de qualité indéterminée, ou, d'une façon encore plus pauvre, comme « quelque chose de différent ». On ne peut que faire des conjectures sur les conditions physiologiques de cette différence.
La restauration, dans les quelques minutes de la phase consécutive de la conscience des deux périodes précédentes, a été attribuée à l'action de tendances persévératives. Mais nous avons vu qu'il n'est pas nécessaire d'affirmer l'existence de telles tendances (p. 407).
On peut varier de différentes manières l'expérience de réaction simple. Ainsi, nous pouvons chercher quelle est l'influence de l'intensité et de la qualité du stimulus, de la variation du temps laissé à l'accommodation de l'attention, de l'omission d'un signal préliminaire, de la présence de stimuli susceptibles de distraire, de la fatigue, des drogues. Malheureusement on s'est toujours intéressé surtout au temps de réaction. Comme nous connaissons le temps normal de réaction pour les trois modalités de sensation les plus faciles à provoquer (page 441) et comme notre analyse psychologique de la réaction sensorielle et de la réaction musculaire nous donne un aperçu général de la conscience réactive, il est possible, en comparant les résultats, d'apprécier l'effet des changements de conditions, et aussi de suivre, avec quelques chances d'arriver à des résultats
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probables, les changements dans la conscience elle-même. Ici comme partout ailleurs, cependant, nous sommes tôt ou tard amenés à envisager le problème psychologique dans ses détails, et à pousser nos analyses spéciales aussi loin que possible. Pendant deux mille ans, la psychologie a reposé sur des vraisemblances et des probabilités. Maintenant que nous commençons à avoir une psychologie de faits, il est à la fois honnête et prudent de bien établir où finissent les faits, et où commencent les constructions hypothétiques.
§ 123. Réactions composées. — On peut compliquer très aisément l'expérience de réaction simple, en substituant au stimulus unique un certain nombre de stimuli semblables. On dit par exemple au réacteur qu'il lui sera montré soit une carte blanche soit une noire, et qu'il devra réagir, sitôt quil aura saisi le blanc comme blanc, le noir comme noir ; il ne sait pas laquelle des deux qualités doit lui être présentée dans chaque expérience. Ou bien on lui dit qu'il lui sera montré une carte blanche, noire, grise ou colorée, et qu'il devra réagir quand il aura saisi le stimulus particulier avec la qualité qui lui est propre. La première de ces épreuves s'appelle, en langage technique, la réaction discriminative, parce que le sujet distingue (discriminâtes) entre deux stimuli connus d'avance. La seconde est connue sous le nom de réaction cogniiive, parce que le sujet saisit directement (il connaît plutôt qu'il ne reconnaît) la qualité du stimulus d'abord inconnu. En fait cependant, l'attitude du réacteur dans ces deux sortes d'expériences est essentiellement la même.
Dans la phase d'attente de la réaction déterminative, la conscience du réacteur contient d'abord la perception de l'appareil de présentation, et l'intention d'attendre, de laisser au stimulus tout le temps nécessaire. Parfois, les noms des stimuli, « noir, blanc », apparaissent dans le langage intérieur ; parfois l'intention se présente elle-même sous une forme verbale : « blanc, noir, être sûr, réagir ». Dans la phase centrale, l'appréhension claire du stimulus peut être accompagnée d'un
sentiment d'acceptation ou d'acquiescement, en même temps que de l'assurance que le doigt peut maintenant faire le mouvement ; et les deux processus se peuvent développer ensemble, comme l'assurance que c'est bien là la chose qu'on attendait et à laquelle il fallait réagir, le mouvement suit alors aussitôt. Dans la phase d'attente de la réaction cognitive, la conscience comprend encore, en premier lieu la perception de l'appareil et l'intention de laisser au stimulus le temps de se manifester complètement ; parfois cependant on ressent une tension diffuse autour des yeux et dans la partie supérieure du corps ; le langage intérieur répète l'instruction : « gris, couleur ; réagir rapidement. » Dans la phase centrale, l'appréhension claire du stimulus peut amener avec elle le sentiment d'acquiescement, avec ou sans le nom particulier de la lumière ou de la couleur en langage interne ; ou bien un stimulus peut être saisi, selon les termes précis de l'instruction, comme « coloré » ; ou encore, il peut être saisi comme la chose à laquelle il faut réagir ; ou enfin, vers la lin d'une série d'épreuves, comme une chose familière. Ici, comme dans la réaction discriminative, le mouvement suit aussitôt cette appréhension complexe. Les deux modes de réaction peuvent évidemment coexister.
Il existe une autre manière de compliquer l'expérience de réaction simple : elle consiste à varier le mouvement de réponse. Ainsi, on dit au réacteur qu'on va lui montrer du blanc ou du noir, et qu'il devra réagir seulement après avoir reconnu le noir comme noir, le blanc comme blanc. Jusqu'ici l'instruction est la même que pour la réaction discriminative. Mais, chose nouvelle, le sujet doit réagir au noir par un mouvement de la main droite, au blanc par un mouvement de la main gauche ; ou encore, il doit réagir au noir par un mouvement de la main droite, et ne pas réagir du tout au blanc.
Autre complication : on annonce au réacteur qu'il va voir une lumière ou une couleur, et qu'il doit réagir seulement après avoir saisi le qualité particulière du stimulus. Jusqu'ici l'instruction est la même que pour la réaction cognitive. Mais, chose nouvelle, il doit réagir en nommant la
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perception : c'est-à-dire que le mouvement de réaction doit différer avec chaque stimulus ; ou bien encore, il doit réagir aux couleurs en les nommant, et ne pas réagir du tout aux lumières. Toutes ces formes de réactions composées ont reçu le nom technique de réactions de choix, sous prétexte que le réacteur est appelé à faire un choix soit entre deux mouvements différents, soit entre le mouvement et le repos. En fait cependant, l'attitude du sujet dans ces deux formes d'expérience peut varier grandement, et il est fort douteux qu'aucune de ces instructions éveille en lui le processus du choix.
Il est fâcheux, nous le répétons, que jusqu'ici les expérimentateurs se soient plutôt préoccupés de noter les temps de réaction, que d'analyser la conscience réactive. Les temps euxmêmes ont été obtenus dans des conditions expérimentales différentes, si bien qu'on ne peut établir leur valeur normale. L'analyse nous a encore donné bien peu de chose.
Dans une série de réactions de choix cognitives, (il fallait réagir au blanc seul, et négliger tous les autres stimuli), la phase d'attente commençait avec les mots: « réagir au blanc ; être sûr », ou encore : « allons-y ; réagir au blanc, » en langage intérieur ; le mot « blanc» comportait la signification « blanc» et rien d'autre. Ensuite, la fixation de l'appareil de présentation provoquait de fortes sensations de tension autour des yeux et l'instruction n'était plus présente à la conscience que comme une intention générale. Si le stimulus blanc apparaissait, la phase centrale marquait un bref temps d'arrêt, qui se terminait par un sentiment d'assurance : le sujet était sûr que « c'était bien là ce qu'il attendait ; » ou encore que « c'était bien le blanc », et là-dessus le mouvement de réaction se produisait aussitôt. Si quelque autre stimulus apparaissait, son appréhension pouvait être liée immédiatement à l'assurance qu'il n'y avait pas à réagir, et le réacteur se tenait tranquille. Ou bien, si la carte était une carte imprimée, sur fond blanc, des sensations de mouvement projeté pouvaient s'éveiller lorsque le blanc commençait à apparaître, mais elles étaient ensuite inhibées par une pression plus forte sur la clef, lorsque les lettres devenaient visibles.
] 'ans une série de réaction de choix discriminât i vos (présentation visuelle ou auditive de voyelles ou de consonnes, chacun de ces termes étant lié au mouvement d'un doigt particulier), la phase d'attente présentait deux formes principales de préparation consciente, l'une sensorielle, l'autre associative. La préparation purement sensorielle consiste en une perception attentive de l'appareil de présentation avec une attente de direction définie (mais sans images). Cette disposition simple de la conscience peut être compliquée soit par des sensations de mouvement projeté dans le bras et les doigts, soit par l'apparition d'une image visuelle complexe, sorte de monogramme des lettres employées comme stimuli. Si le réacteur n'a pas l'habitude de ces corrélations sensitivo-motrices, sa préparation prend une forme associative : il y a alors répétition des instructions en langage intérieure : « E à droite, 0 à gauche ». La conscience peut encore être compliquée par des images visuelles, ou par des sensations de mouvement projeté. Il faut noter que ces sensations kinesthésiques peuvent apparaître avec la signification : « droite » ou « gauche »,non seulement dans le bras ou les doigts correspondants, mais également autour des yeux. Nous avons vu qu'elles n'aboutissent pas nécessairement au mouvement ; nous constatons maintenant qu'elles ne sont pas confinées au membre qui doit réagir. Ce sont ces sensations qu'on a souvent décrites sous le nom de sensations d'innervation (§ 69).
Dans la période centrale, le réacteur non exercé saisit d'abord le stimulus, puis répète en langage intérieur l'instruction convenable («gauche », « droite », etc.) et enfin réagit en réponse à cette idée associée. Lorsque le réacteur a plus d'entraînement, le terme associé disparaît de la conscience. Néanmoins la réaction, pendant longtemps, ne suit pas immédiatement l'appréhension du stimulus : il y a, comme le remarquent les réacteurs, une certaine difficulté à vaincre, avant que le mouvement s'accomplisse. Cette résistance n'a pas été discutée d'une façon adéquate : YVundt la regarde comme un phénomène d'inhibition motrice. Le mouvement lui-m"me est, comme nous l'avons dit plus haut, fréquemment préparé par les sensations de mouvement projeté qui parfois persistent pendant une bonne partie de la période centrale. Celles-ci sont spécialement marquées, si, au moment où Ton saisit le stimulus, il y a une tendance à
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ramener le doigt qui ne convient pas ; elles sont alors caractérisées comme une sollicitation ou une impulsion à faire un certain mouvement. Néanmoins, le stimulus déclenche le mouvement sans éveiller un second complexe kinesthésique dans le doigt correspondant.
Il nous faut donc maintenant dire un mot des sensations de mouvement p'ojeté. Nous les avons appelées des sensations kinesthésiques. Elles apparaissent dans la conscience comme une modalité de kinesthésie. Souvent elles sont attribuées à des organes dont les muscles sont certainement en état de contraction. Mais il faut y ajouter que leur intensité peut être hors de proportion avec le degré de la contraction musculaire effective ; elles peuvent être reportées à un groupe de muscles qui, au moment même, sont sensiblement en repos et dont la contraction ultérieure détermine des sensations kinesthésiques nettement différentes. Quand ils les ressentent autour des yeux, les su ets insistent sur ce fait qu'elles sont différentes à l'introspection des sensations kinesthésiques d'adaptation dans l'attention (§ 78). Elles peuvent être remplacées, dans la conscience réactive, par des processus imagés : images visuelles ou langage intérieur. Il semble alors qu'elles soient elles-mêmes, au moins en partie, des images plutôt que des sensations, mais des images assez stables pour qu'on ait pu les confondre avec des sensations. Nous ne pouvons faire appel ici à des voies sensorielles centrifuges (§ 118), mais nous pouvons, à la suite da Wundt, risquer une explication hypothétique relativement à leur origine centrale.
Considérons d'abord le mode ordinaire de production des sensations kinesthésiques. Un centre moteur envoie des excitations à l'appareil moteur périphérique avec lequel il est relié ; les changements ainsi produits à la périphérie excitent les organes kinesthésiques ; les excitations se propagent alors de ces organes aux centres sensoriels correspondants ; la sensation en résulte. Supposons maintenant que le centre moteur soit en connexion fonctionnelle directe avec les centres sen-oriels. L'excitation, au lieu de faire le grand tour du centre à la périphérie, et de la périphérie au centre, peut aller immédiatement du centre moteur au centre sensoriel ; l'appareil périphérique n'a même pas besoin d'être excité.Mais le centre sensoriel habitué à répondre à l'excitation par la sensation kinesthésique
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en fera de même, dans le cas de cette excitation directe,et par suite une kinesthésie au caractère stable de sensation apparaîtra à la conscience. Habituellement le chemin détourné et le chemin direct sont tous les deux traversés par des processus d'excitation : dans le cas des sensations de mouvement projeté, seule la voie directe serait utilisée.
On doit comprendre que les noms donnés à ces réactions composées, discriminative, cognitive, de choix, sont purement conventionnels. Discrimination et choix se rapportent à un arrangement extérieur de l'expérience de réaction, et à cela seulement ; dans la réaction discriminative, nous ne discriminons pas, dans la réaction de choix, nous pouvons faire différentes choses mais nous ne choisissons pas. La connaissance (cognition), l'appréhension directe est impliquée dans toutes les réactions, aussi bien les réactions simples que les composées ; et même dans la réaction musculaire, nous reconnaissons « quelque chose de différent ». Ces noms furent donnés, d'un point de vue spéculatif, à une époque de l'histoire de la psychologie où l'expérimentation était toute récente et où l'analyse restait encore à faire. Ils ont été conservés, comme le sont fréquemment les noms ; il est aussi difficile de les reléguer que de bannir les termes « actif » et « passif » de la théorie de l'attention ; mais le lecteure ne doit les considérer que comme les marques de certaines formes historiques de l'expérience de réaction et ne plus lss perndre pour des rubriques psychologiques.
Tout dépend, disions-nous plus haut (p. 441) de l'attitud • que prend le réacteur en face de l'expérience ; et cette attitude elle-même dépend de la façon dont il comprend les instructions. Il nous faut maintenant ajouter que l'exécution des instructions, telles qu'elles sont comprises, dépend de l'entraînement ; le temps d'une réaction de choix qui comporte un travail de réflexion, peut, si la pratique a suffisamment coordonné le stimulus au mouvement, être le même que celui d'une réaction sensorielle simple. Il découle de ces considérations que les
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îéactions composées ne sont pas construites, pièce à piècer avec des réactions simples ; les réactions cognitives et discriminatives ne sont pas des réactions sensorielles prolongées par la durée de la discrimination ou la durée de la « cognition » ; es réactions de choix ne sont pas des réactions discriminatives prolongées par la durée du choix. En d'autres termes, nous ne pouvons obtenir la durée de la discrimination en retranchant le temps de la réaction sensorielle du temps de la réaction discriminative, ou la durée du choix en retranchant le temps de la réaction discriminative du temps de la réaction de choix. Pourtant on adopte souvent cette façon de procéder : et l'on trouve fréquemment dans les manue s les temps de discrimination, de connaissance (cognition) ou de choix ; mais rien, en fait, ne prouve la vérité de l'affirmation qu'implique une telle méthode, à savoir que la réaction est un enchaînement de processus distincts, auxquels on peut ajouter à volonté de nouveaux chaînons ; la réaction est un événement mental simple, conditionné dans son ensemble par la compréhension des instructions h un degré donné d'entraînement.
Il y a une troisième façon de compliquer l'expérience de réaction simple ; c'est de lier le mouvement de réponse, non pas directement avec le stimulus mais indirectement avec quelque idée associée évoquée par le stimulus. Ainsi, on dit au réacteur qu'il lui sera montré un mot imprimé et qu'il devra réagir en prononçant le premier mot que lui suggérera le stimulus (association libre). Ou bien, il lui est prescrit de répliquer d'une façon plus déterminée ; il devra nommer une idée subordonnée (espèce comprise dans le genre indiqué par le mot stimulus) ; ou une idée coordonnée ; ou une idée surordonnée (genre dont l'objet désigné par le mot stimulus est une espèce) ; il devra encore donner une association de la partie au tout, de l'attribut à l'objet, de l'effet à la cause et ainsi de suite (associations partiellement déterminées). Ou, finalement, il peut avoir à réagir d'une façon plus précise encore et donner l'équivalent latin d'un mot moderne qui lui est montré, nommer la capitale d'un Etat, etc. (associations déterminées). Il est
clair que chaque phase de la conscience associative peut, à l'aide de dispositifs convenables, être mesurée dans sa durée objective ou physique. On a démontré la valeur du temps de réaction au point de vue scientifique ; elle indique alors la force des tendances associatives et, du point de vue pratique, elle révèle l'existence de connexions associatives que le réacteur entendait cacher. Enfin, l'observation de la conscience réactive a également projeté une heureuse lumière sur le processus de la pensée {thought).
Il semblerait au moins, qu'il fût permis de séparer par soustraction les éléments du temps global de réaction ; el que nous puissions, avec un haut degré de probabilité, déterminer le temps nécessaire à l'association en retranchant le temps de la réaction sensorielle de celui de la réaction associative. Les faits montrent qu'il en est autrement. L'instruction « associer » domine tout le cours du processus et par conséquent les deux réactions ne peuvent être comparées.
La phase d'attente de la réaction associative offre des caractères qui nous sont déjà familiers : fixation attentive de l'appareil de présentation, attente concentrée (sensations de tension autour des yeux, sur le front, et dans la partie supérieure de la tête, respiration retenue, lèvres serrées, etc.), représentation des instructions, habituellement sous forme verbale. Les réacteurs rapportent aussi une certaine variété d'attitudes émotives — curiosité, sentiment de difficulté, impatience, calme quand apparaissent les stimuli, — que nous pouvons attribuer à la nature significative de ceux-ci. La phase centrale offre les caractères énumérés au § 111, avec quelques différences. Ici, par exemple, le sujet se sent poussé par la réaction qui se dessine,en sorte que le cours de la conscience se précipite, ses processus se mêlent et se confondent, En un sens, cette disposition de la conscience est donc un désavantage : elle comprend trop d'éléments et l'introspection dispose de trop peu de temps pour être adéquate : le réacteur ne peut qu'indiquer ou nommer en gros des processus qu'il est impuissant à décrire. En un autre sens,pourtant,il y a là un avantage réel : le sujet qui travaille dans les conditions précisées au § 111, a tout le temps nécessaire pour s'analyser et il rend compte
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de sa conscience en termes analytiques ; il risque alors, en examinant les arbres de ne pas voir la forêt. Au contraire, dans l'expérience de réaction associative, n'ayant pas le temps de décrire les arbres, il doit se contenter d'indiquer les bosquets et les taillis ; mais, par là, il appelle notre attention sur le fait qu'il y a des taillis et des bosquets, complexes unitaires de différents degrés et de différentes formes ; et ceux-ci, une fois indiqués, peuvent devenir à leur tour l'objet d'analyses ultérieures, qu'on poursuivra dans des conditions plus favorables.
Les faits les plus importants que révèle la conscience associative sont peut-être ceux qui portent sur l'attitude du réacteur par rapport à l'instruction. En premier lieu, l'instruction, clairement consciente au début, disparaît ensuite entièrement de la conscience et,dès lors, dirige le cours des processus mentaux sous la forme de dispositions nerveuses inconscientes. Tel est, en fait, le sort de toutes les instructions (suggestions, commandements, directions ou prescription), auxquelles nous faisons des réponses habituelles (p. 277 sq.). En second lieu, lorsque l'instruction est énoncée en termes vagues et généraux, elle est spécialisée, restreinte par la réacteur lui-même. Bien qu'on lui ait dit de répondre par le premier mot qui jaillira dans sa conscience, il réagira par des termes associés qui forment un sens avec le mot stimulus ; si un terme associé sans signification apparaît à sa conscience, ce terme sera rejeté au profit d'un mot dont la signification s'accorde avec celle du stimulus ; le réacteur a substitué à l'expression : « le premier mot », celleici : « le premier mot offrant un sens. » De même, on lui a dit : « On va vous présenter des substantifs et vous réagirez par le premier adjectif qui se présentera à votre conscience » ; or, il va réagir par des adjectifs appropriés. Pour lui, « le premier adjectif » est devenu « le premier adjectif qui conviendra ». Tout se passe comme si nous étions adaptés à un monde rationnel comme nous le sommes à un monde de réalité objective : dire ou penser des non-sens est beaucoup plus difficile que nous ne saurions imaginer. Enfin, en troisième lieu, point qui, quant a la méthode, a la plus haute importance, la consigne d'ob- Berver, de faire attention et de rapporter ses constatations (§6), minemment favorable à un retour de la conscience dans la phase consécutive. Si la vieille objection avait de la valeur,
l'introspection interférerait nécessairement avec le processus même qu'on essaie d'observer, le sujet qui cherche à obéir à la double instruction d'associer et de s'analyser, devrait se dédoubler et, par suite, ses associations seraient hésitantes, ses observations intermittentes. En réalité, les deux consignes vont de pair, le sujet se met à associer aussi attentivement et aussi exclusivement qu'il lui est possible, le résultat est que le cours de la conscience est clairement saisi et trouve facilement son expression verbale.
En opérant avec des syllabes sans signification, on a trouvé que les couples qui présentent les temps d'association les plus courts sont ceux dont les tendances associatives sont les plus fortes et les plus durables ; il s'ensuit que, toutes choses égales, la longueur du temps de réaction associative est en raison inverse de la force de la tendance associative. Il y a un cas pourtant dans lequel, les autres conditions n'étant pas les mêmes, cette règle comporte une exception manifeste. On a constaté en opérant avec des associations verbales ordinaires, que, lorsque le mot stimulus déclenche ce qu'en langage technique on appelle un « complexe », cette réaction même ou la réaction suivante présente un retard considérable. Un « complexe », dans ce sens spécial, est l'impression produite dans l'organisme par une violente émotion : c'est un groupe de tendances impressionnelles et de tendances associatives qui peuvent avoir ou ne pas avoir de représentation actuelle (générale ou partielle), dans la conscience, mais qui tendent à s'actualiser si elles ne sont pas déjà effectivement présentées et dont les idées associées tendent, dès qu'elles sont évoquées, à se placer au foyer de la conscience et à restaurer l'émotion qui a donné naissance au complexe. Si, par exemple, j'ai fait quelque chose dont j'ai honte, et si le mot-stimulus déclenche le complexe de « cette action dont j'ai honte », le temps de réaction s'allongera. Cette découverte a évidemment une valeur pratique mais un exposé complet des faits, avec toutes leurs conditions et leurs caractères, dépasserait le cadre de cet ouvrage.
Dans des expériences encore plus compliquées,le mouvement de réaction peut suivre, non pas une idée associée mais un jugement de comparaison, une appréciation littéraire, etc. Mais, alors, les temps deviennent très variables et sont peu significatifs : l'expérience de réaction perd son caractère spécifique et
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n'est plus qu'un dispositif commode pour certains exercices d'introspection.
§ 124. L'action. — Quand on commença à s'occuper de l'expérience de réaction, on se souciait assez peu d'indiquer le place qu'il lui fallait réserver dans le système des faits psychologiques. Elle servait à mesurer la durée objective de certains processus mentaux ; mais elle apparaissait ainsi comme un moyen, et non comme une fin. Comme elle impliquait simplement une suite de perceptions ou d'idées, puisque la perception de son mouvement suivait dans l'esprit du sujet celle du stimulus, ou suivait une idée associée à cette dernière perception, on pouvait exposer cetta expérience dans le chapitre de l'association et on pouvait la considérer comme une forme d'association successive. Cela établi, l'attention des auteurs s'attachait aux durées et non à la préparation ou au contenu de la conscience réactive. Nous avons ainsi un précédent historique pour exposer l'expérience de réaction, sans préambule psychologique, simplement comme une des expériences classiques de la psychologie expérimentale. Mais nous n'avons pas examiné les temps de réaction ; nous avons décrit la réaction en elle-même, si bien que maintenant la question se pose : qu'est-ce, psychologiquement, que cette réaction ?
Si évidente qu'elle soit, la réponse n'a été donnée qu'au début des dix dernières années du xixe siècle : elle a encore un certain nombre de préjugés à vaincre. La réaction est une action ; elle appartient au même ordre de faits que l'action réflexe, volontaire ou instinctive. Elle est une action réduite, dans l'expérience de réaction simple, à une forme squelettique ; et elle est une action artificielle, réaliste, pour l'étude, dans des conditions expérimentales. Mais elle est encore une action et la conscience qui la caractérise est une conscience d'action.
Dans son sens le plus large, une action est un mouvement organisé ; dans un sens plus restreint, c'est un mouvement d'un organisme locomoteur. Pour le psychologue l'action
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est un mouvement humain plus ou moins accompagné de diverses représentations dans la conscience. Les mots « d'une certaine sorte et d'un certain degré » sont employés à dessein, car la conscience d'action est Tune des plus changeantes, des plus variables que nous connaissions : nulle part ailleurs, peut-être, la psychologie ne dépend plus évidemment de la physiologie pour la cohérence et la continuité de ses descriptions (p. 39) Cependant, si, en nous appuyant sur les analyses précédentes, nous essayons de reconstruire la conscience d'action typique, nous obtenons quelque chose comme ceci : une phase préliminaire dans laquelle les éléments saillants sont des processus kinesthésiqucs et ridée d'une fin ou d'un résultat ; une phase centrale dans laquelle un objet est saisi dans ses relations avec l'idée de fin ; et une phase finale, dans laquelle la perception du résultat se présente, avec un arrière- fond de kinesthésie (sensations éveillées par le mouvement accompli). Chacune de ces trois phases peut être colorée de sentiment, agréable ou désagréable et enrichie de sensations et d'images plus ou moins complexes.
La première phase correspond à la phase d'attente de l'expérience de réaction. Les éléments kinesthésiques sont surtout les sensations de mouvement projeté ; il peut y avoir également des sensations kinesthésiques dues à des mouvements affectifs, anti ipés et peut être des souvenirs kinesthésiques. L'idée de fin ou de résultat prend la place de la représentation consciente de l'instruction dans la conscience réactive ; elle peut être soutenue par des images visuelles, du langage intérieur, etc. La deuxième phase correspond à la phase centrale durant laquelle le mouvement est déclenché dans le sens de l'instruction, au moment de la perception du stimulus (perception de l'objet). La troisième phase diffère de l'introspection de la période consécutive ; la perception du résultat, avec son halo kinesthésique est à la fois l'abcutissemoni de la conscience d'action et le point de départ de quelque nouvelle conscience, émotive ou autre.
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Ce qui caractérise la conscience d'action, et la distingue de toutes celles dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent, c'est sa prédétermination dans le sens de l'idée de fin. La présentation de l'objet éveille des tendances associatives comme elle le fait ordinairement ; mais seules se réalisent celles des tendances qui vont dans le sens môme de la suggestion, de la signification de l'idée de fin : transposons ces faits en langage physiologique : nous dirons que les processus excitateurs qui sous-tendent dans le système nerveux l'idée de fin, établissent des tendances déterminantes ; celles-ci ouvrent pour ainsi dire, des canaux nerveux et en ferment d'autres, de telle sorte que les excitations suivantes trouvent leur chemin tout tracé. Ainsi les tendances déterminantes prennent leur place à côté de l'impression et des tendances associatives en tant que corrélatifs nerveux de la conscience. Nous ne savons rien de leur nature intime ; mais bien des faits témoignent en faveur de leur existence et le nom que nous leur donnons est encore le meilleur qu'on puisse trouver. Ce sont des processus nerveux de coordination et d'intégration, en partie communs à la race et transmis de génération en génération, en partie acquis au cours de la vie individuelle, soit grâce à l'habitude, soit grâce à la forte impression que nous a produite une expérience frappante. Leur influence n'est nullement limitée à la détermination de l'action, mais ici, ces tendances trouvent une expression physiologique directe dans un mouvement corporel et on peut plus aisément observer et déterminer leur influence.
Nous pouvons maintenant donner une définition du mot « suggestion ». Il n'est pas difficile d'en traduire l'idée en d'autres termes : une suggestion est une instruction, quelque chose qui s'impose à nous avec une force impérative. Mais les psychologues ont toujours trouvé qu'il était difficile d'en donner une définition parce qu'il leur semblait n'y avoir aucune différence d'ordre psychologique entre l'idée suggestive et n'importe quelle autre idée. Et, en vérité, il n'y a aucune