LA VOLONTÉ
cord ». (/ agrée). Les deux termes de cette signification sont accentués ; elle est rapportée au moi psychologique d'une part et implique d'autre part, une intention de céder, d'acquies cer (1). Mais il est rare que l'attitude volontaire devienne soit explicite, soit focale. En règle générale elle est incorporée dans la conscience totale de réaction ; les sensations organiques qui la constituent se mêlent aux autres contenus de la conscience ; le réacteur ne sait pas qu'il veut mais si on le questionne après coup, il déclare qu'il voulait. Lorsque l'acte se répète et que l'instruction n'est pas renouvelée, elle disparaît tout à fait. Nous aurons à parler plus longuement de l'attitude volontaire quand nous aurons affaire aux attitudes en général (p. 529 sq.).
La Conation. Le Dictionnaire de Philosophie et de Psychologie de Baldwin donne cette définition de la conation : c'est « l'élément actif théorique de la conscience . qui se révèle dans les tendances, les impulsions, les désirs et les actes volontaires. Sous sa forme la plus générale, la conation est inquiétude motrice. Elle se manifeste lorsque et dans la mesure où un état présent de conscience tend par sa nature intrinsèque à se transformer en quelque chose de différent. » Ces formules semblent signifier que les processus conscients tels que l'impulsion ou le désir contiennent un élément d'inquiétude motrice qui ne peut être isolé et examiné en lui-même, mais dont il est nécessaire d'affirmer l'existence si l'on veut une description complète de ces phénomènes : elles signifient, en outre, que de tels processus, en vertu de l'inquiétude qui y est infuse, sont eux-mêmes instables, activement fugitifs, et tendent spontanément vers leurs propre fin.
La question de l'existence d'un élément actif d'inquiétudene peut être tranchée que par l'introspection expérimentale. Wundt, nous l'avons vu, admet une excitation élémentaire et une tension élémentaire, mais ces processus sont pour lui d'ordre affectif. Les investigations de la conscience de réaction, dans leurs centaines de comptes rendus n'ont pas découvert d'élé-
(1) Un exemple peut être utile. Un sujet écrit : « Akt der Zustimmung Wesentlich motorischer Natur (unmittelbar auf der Ichseite erlebt) » : c'està-dire un acte d'acceptation de caractère essentiellement moteur senti, comme appartenant au côté personnel de mon expérience. La dernière phrase signifie que le réacteur se sent lui-même dans l'attitude d'acceptation, indépendamment de l'attitude effective, physique, de son corps.
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ment actif : l'inquiétude motrice, l'effort, le besoin impérieux apparaissent sous la forme de sensations organiques, surtout kinesthésiques. Le temps n'est plus où le psychologue bâtissait son système psychologique dans son cabinet de travail ; si les champions de l'élément actif veulent être pris au sérieux, ils doivent ou bien expérimenter eux-mêmes, ou bien proposer aux autres des expériences cruciales et attendre les résultats. Rien n'est plus facile que d'imaginer des éléments psychologiques (p. 47) ; mais les auteurs qui se rendent coupables de ce délit devraient être punis de six mois de recherches introspectives au laboratoire !
La dernière partie de la définition implique une conception de l'esprit que nous ne pouvons accepter. « Il y a activité mentale quand et dans la mesure où un processus de conscience résulte immédiatement d'un processus antérieur de conscience » (1). S'il en est ainsi, nous pouvons répondre qu'une telle activité n'existe aucunement. La direction de la conscience présente peut être prédéterminée par une suggestion qui a été ellemême représentée dans la conscience ; mais dire que la conscience présente résulte directement de la suggestion précédente, c'est simplement dire que l'une suit immédiatement l'autre, ou bieu c'est faire de la conscience une forme d'énergie (p. 10) Et lorsqu'on nous dit qu'une « conscience tend par sa nature intrinsèque à se développer en quelque chose d'autre » nous n'avons plus devant nous qu'une expression figurée empruntée à la psychologie populaire.
La motivation de Faction par Vaffection. Nous avons parlé p. 265 de la théorie qui fait du plaisir et du déplaisir des signes symptomatiques du mode normal et du mode anormal de la vie ; et nous l'avons écartée parce qu'elle n'était pas démontrée et qu'elle ne présentait pas d'utilité par les recherches. On trouve souvent cette théorie liée à une autre qui donne au plaisir et au déplaisir un rôle actif dans la vie mentale : ils nous poussent à l'action ou nous arrêtent, ils guident les fonctions vitales, ils stimulent d'activité de l'organisme vers ses fins propres. Le plaisir est alors le signe que nous allons bien ; mais il nous incite également à agir de façon à nous maintenir ainsi. Le déplaisir est le signe que nous allons mal mais il nous incite
(1) G. P. Stout, Analytic Psychology, I, 1896, 148.
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également à nous retenir d'agir d'une façon qui ne nous réussit pas.
On peut attaquer cette conception par plusieurs côtés. On pourrait mettre en doute la corrélation du plaisir et de l'utile, du déplaisir et du nuisible comme nous l'avons déjà fait. Nous pourrions demander comment un processus mental peut stimuler ou arrêter l'activité, favoriser ou repousser tel mode de réaction. Mais il suffit de faire appel aux faits. Le mouvement suit la suggestion ; et l'aspect conscient de la suggestion peut être agréable, désagréable ou neutre. Kiilpe écrivait en 1893 que « les stimulants de l'activité volontaire peuvent appartenir à des catégories les plus variées », en tant qu'ils sont conscients et que la volition peut être « partiellement déterminée par des stimulants inconscients ». Thorndike en 1905 déclarait que « n'importe quel état mental peut être l'antécédent d'un acte intentionnel. » Ce point de vue, quelque radical qu'il semble, cadre bien mieux avec le résultat des introspections dans les expériences de réaction que ne le fait la tKéorie traditionnelle de la motivation par le plaisir et la peine.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES
§§ 121-127. W. Wundt, Physiol. Psychol, III, 1903, 242 sq. ; Grundriss d. Psych., 1905, § 14 ; W. James, Principles of Psychology, II, 1890, 486 sq.
§ 121. E. C. Sanford, Personal Equation, dans American Journal of Psyehology, II, 1888-89, 3, 271, 403. Pour l'histoire et la technique de l'expérience de réaction, cf. E. B. Titchener, Exper. Psych., II, i, 1905, 141 sq. ; II, 326 sq., 356 sq.
§ 122. Wundt, Physiol. Psychol, III, 1903, 410 sq. Notre analyse suit N. Ach, Ueber die Willenstàtigkeit und das Denken, 1905 ; mais en ce qui concerne ces réactions simples, les expériences ont été reprises et vérifiées au laboratoire de l'auteur.
§ 123. Wundt, op. cit., 450 sq. ; cf. aussi II, 1910, 38 ; Ach, op. cit., Pour le procédé de soustraction cf. VS undt, III, 450 sq. ; Ach, 156 sq. ; O. Kùlpe, Grundriss der Psych., 1893, § 70. Pour la psychologie de l'instruction Titchener, Lectures on the Exper. Psychol. of the Thought- processus, 1909. Voir l'index à Problem. Pour le diagnostic par l'expérience d'association cf. C. G.
Jung, The association Method, dans American Journal of Psychology, XXI, 1910, 219 sq.
§ 124. Kiilpe, op. cit. (1893), § 69, 71. Pour les tendances déterminantes, Ach., op. cit., spécialement 191 sq. ; Titcbener, op. cit., index à Tendencies. Pour la suggestion, J. M. Baldwin, Mental Development in the Child and the Race ; Methods and Processes, 1906, 100 sq.
§ 125. Titchener, Were the Earliest Organic Movements Conscious or Unconscious ? dans Pop. Se. Monthly, LX, 1901- 02, 458 sq. Cf. Feeling and Attention, 1908, 387 ; C. J. Herrick, The Evolution of Intelligence and its Organs, dans Science, N. S., XXXI, 1910, 7 sq. ; Baldwin, op. cit., 197 sq., 349 sq.
§ 126. Pour l'instruction négative, H. S. Langfeld, Suggestion with Négative instruction, dans Psychol. Bulletin, VII, 1910, 200 sq. Pour l'instinct voir les citations de James dans le texte ; W. Mac Dougall, An Introduction to Social Psychology, 1908.
§ 127. Ach., 230 sq. ; A. Messer, Experimentell-psychologische Untersuchungen iïber das Denken, dans Archiv. f. d. gesamte Psychol., VIII, 1906, 203. Parmi les partisans de l'élément « conatif », G. T. Ladd, Psychol. Descriptive and Explanatory, 1894, 211 sq. Sur la motivation, Kùlpe, op. cit., 445 sq. ; E. L. Thorndike, The Eléments of Psychology, 1905, 282 sq. , D. C. Nadejde, Die biologische Théorie der Lust und Unlnst. ;