PRÉTENDU PROCESSUS ELEMENTAIRE DE RELATION
d'une conscience de relation sous la forme d'images sensorielles ou verbales. Les autres offraient des cas d'associations verbales, dirigées par l'instruction ; le quatrième terme surgissait, pour ainsi dire, automatiquement, fatalement, sans aucune conscience de relation. Les comptes rendus ne montrent pas trace d'un « sentiment de relation » sans images. Comme ces expériences sont plus nombreuses et plus variées que celles sur quoi s'appuie l'hypothèse d'un élément psychologique de relation, nous nous croyons justifiés à dire que les faits négatifs l'emportent sur les faits positifs.
Les expériences que nous venons de rapporter ne sont d'ailleurs pas isolées. On a montré que la signification des prépositions, considérées en dehors de tout contexte, présentées seules, est soutenue par « une certaine tension ou une certaine impulsion motrice qui n'a pas de but, de signification, pas de ton affectif ni de sentiment de vouloir ou d'agir. Ainsi,, avec le mot dans, « il semble y avoir une simple confusion sans aucune intention » ; « j'ai vaguement conscience de me blottir par rapport à quelque chose sans savoir ce que cette chose peut être. » Il en est de même de hors de, avec, de, etc. : chaque mot à son système kinesthésique propre (1). Ce sont là les sentiments de relation de W. James, isolés de tout contexte, et présentés dans toute leur pureté ; mais ils se révèlent finalement comme des complexes kinesthésiques et non pas comme des processus élémentaires.
En ce qui concerne la genèse de ces processus, on a suggéré l'idée que nos sentiments de relation « sont les vestiges d'attitudes motrices de nos lointains ancêtres. Prenez, par exemple, le « sentiment de mais » : impression de contradiction entre deux idées. Si nous essayons d'imaginer son origine, que pouvait-il être à V origine, sinon l'expérience d'un organisme sollicité par deux stimuli simultanés à exécuter à la fois deux actions incompatibles, et que pouvait être cette expérience sinon une
(1) E. H. Rowland, The Psychological Expériences connected witk the Différent Parts of Speech 1907, 24 sq. {Psychological Reiiew. Mon. , Suppl. 32).
certaine attitude motrice suspendue, inhibée ? De même, pour le sentiment de si. Ce que primitivement représentait ce sentiment a dû être l'expérience d'un animal qui a tendance à suspendre toute réaction avant l'apparition d'un nouveau stimulus déterminé (1). » Si nous admettons que cette façon de voir est en principe légitime, la simplicité apparente d'un sentiment de relation serait une simplicité résiduelle et non primitive ; elle serait due à une réduction, à une dégénérescence et non à la présence de véritables éléments.
Dans l'expérience personnelle de l'auteur, les sentiments de relation ne sont jamais simples. D'ordinaire, ils résultent d'un mécanisme moteur d'empathie ; la relation est agie, bien que sous forme d'images plutôt que sous forme de sensations. Parfois, les images kinesthésiques sont accompagnées d'une image visuelle, elle-même habituellement symbolique ; parfois, elles se colorent fortement d'affectivité. Quand la relation est consciente, elle est incontestablement un complexe d'éléments familiers. Mais, l'habitude, ici comme partout ailleurs, la fait passer du conscient à l'inconscient ; un mot de relation peut infléchir nos idées dans une direction nouvelle, sans que l'on puisse remarquer la moindre représentation consciente de cette relation. On peut alors supposer que les relations sans images, citées dans ce texte, marquent un stade intermédiaire entre la disposition kinesthésique et l'inconscience complète ; que, chez certains individus, une faible lueur de conscience se joue encore autour des processus excitateurs qui, chez d'autres, sont devenus tout-à-fait inconscients. Il est plus probable qu'une introspection systématique et contrôlée révélera, dans tous les cas, le caractère imagé des sentiments de relation.
Réalité et irréalité. Le sentiment de relation peut être considéré comme le type des prétendus processus élémentaires qui, comme l'affection, ne peuvent se manifester isolément dans la conscience. D'autres processus analogues sont les sentiments de réalité et d'irréalité qui sont amenés, par exemple, par la comparaison des images-souvenirs et des images d'imagination (§ 118). L'image d'imagination peut paraître irréelle parce
(1) M. F. Washburn, The term « Feeling » dans Journal of Philosophy, Ptychology and Scientific Methods, III, 1906, 63. La citation est un peu résumée.
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que, comme le disent les sujets, il n'y a rien à faire avec elle : elle est là, claire et substantielîe,mais elle ne provoque aucune réaction kinesthésique. La signification d'irréalité est soutenue dans la conscience, par une sensation kinesthésique de lourdeur et d'inertie qui ressemble un peu à la fatigue, mais est plus voisine de l'impression de perdre conscience, de défaillir, avec pourtant un caractère moins accentué. D'autre part, la même image d'imagination peut être signalée comme plus réelle que la réalité, comme possédant une réalité indépendante ou détachée. Cette signification est soutenue dans la conscience par l'impression kinesthésique de vision contemplative (fixation prolongée, mouvements des yeux sur l'étendue de l'image, relâchement musculaire général), en même temps que par l'inertie ci-dessus mentionnée ; l'image est réelle, possède la réalité de la perception parce qu'on peut l'examiner dans le détail ; elle a une réalité indépendante parce qu'on ne peut rien faire avec elle (1). La réalité de l'image-souvenir est d'une espèce différente ; c'est la réalité d'un événement qui s'est effectivement passé autrefois. Les sujets l'identifient avec le sentiment de reconnaissance, en relation avec les concomitants conscients de mouvements et plus spécialement de mouvements imitatifs et « supplémentaires » (mouvement qui reproduisent l'expérience originale et renforcent les détails de l'image). Ces mouvements sont extrêmement nombreux et variés.
§ 141. Analyse de V attitude consciente. — Il est vraiment impossible de faire l'analyse de toutes les attitudes conscientes ; leur nombre est légion. Et tant qu'une seule attitude restera non analysée, il y aura un point de ralliement pour les champions de la pensée sans images. Nous devons donc nous contenter d'indiquer sommairement les conditions de l'analyse et laisser le lecteur conclure lui-même.
Il faudrait tout d'abord noter que la théorie de la simplicité des attitudes conscientes, est, dans une large mesure,
(1) C'est, sans doute, le sentiment de réalité perçue qui s'attache à l'hallucination et lui donne son caractère hallucinatoire. Car aucune image visuelle si claire ou si tenace soit elle, n'est en elle-même une hallucination.
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un accident historique. Nous avons fait remarquer au § 138 qu'au mot original des comptes rendus inanalysé, s'est peu à peu substitué à celui d' inanalysable. Le mot « inanalysé » contenait une forte suggestion en ce sens,et cette suggestion a été efficace, sans doute, elle a été renforcée par des faits d'observation : il est souvent arrivé, au cours d'une recherche expérimentale, qu'une attitude résistât à l'analyse. Mais, même dans ce cas, la suggestion a agi : elle a banni de l'esprit de l'expérimentateur le qualificatif « dans ces circonstances », et pour apprécier vraiment la portée des faits, ce qualificatif était nécessaire. Car, parfois, dans les études mêmes qui affirmaient le caractère inanalysable de l'attitude, on publiait des comptes rendus introspectifs qui contenaient déjà une analyse partielle, et montraient que les sujets auraient pu, dans des conditions plus favorables, pousser plus loin leurs analyses.
En second lieu, quelques-unes des attitudes les plus communes ont été soumises, dans le laboratoire de l'auteur, à une investigation minutieuse et un grand nombre d'attitudes fortuites ont été happées au passage, poussées au foyer de la conscience et examinées aussi soignement que les circonstances le permettaient. Tous les rapports montrent les mêmes caractéristiques : images visuelles, scènes ou symboles ; langage intérieur ; sensations kinesthésiques générales ou locales ; sensations organiques. Jamais trace d'un composant non imagé !
En troisième lieu, les attitudes s'appauvrissent avec la répétition. Les images visuelles s'évanouissent ; les images verbales ou bien disparaissent ou bien deviennent fragmentaires ; ce qui était au début une conscience explicitement imagée, peut dégénérer en un simple papillottement de kinesthésie. Le changement est loin d'être continu : il arrive souvent que dans des esprits du type imaginatif, le stade final se complique d'associations, de sorte que la conscience retrouve sa première complexité. Néanmoins, le changement s'est bien produit et les nouveaux processus imagés sont reconnus comme étrangers, comme des con-
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•comitants. et non comme des éléments constitutifs de l'attitude.
Enfin, le comportement général de l'attitude dans la conscience semble la rattacher au même ordre de phénomènes que les idées. Car elle peut avoir une tonalité affective comme elle peut être indifférente ; elle peut être déclenchée par association avec une idée présente ; elle peut faire partie d'un complexe associatif ordinaire ; on peut y faire attention, on peut l'oublier ; en un mot, elle se comporte exactement comme les idées.
Nous avons donné (§ 103) une analyse de la signification ; le compte rendu suivant, écrit par un sujet au type kinesthésique très marqué (§ 114), servira à la fois à illustrer cette analyse et à fortifier le deuxième argument de ce paragraphe. « Une phrase comme celle-ci vient à la pensée : « l'Infini plane sur toutes choses ». Immédiatement, avec les mots eux-mêmes, viennent dans la conscience les processus verbo-moteurs, puis, un arrièreplan général de symbolisme kinesthésique : ainsi le symbole kinesthésique du mot « Infini » consiste dans la tendance à prolonger le mot, prolongation accompagnée par l'impression nette de la projeter hors de la bouche, et de suivre le mot ainsi projeté par des mouvements corporels distincts. Il y a l'image ou la sensation d'une expulsion forte et continue par l'appareil verbo -moteur, d'une inclinaison en avant et d'une tension de tout le corps comme s'il se préparait à voler. 11 n'y a là aucun symbole visuel, comme, par exemple, celui d'un espace étendu ou de la voûte illimitée des deux par une nuit étoilée. Tout viensous forme d'ajustements moteurs. Le mot plane amène une suggestion entièrement différente : ici l'idéation se concentre en une représentation distincte (kinesthésique et non- visuelle) des mains étendues et d'un corps s'inclinant en avant. Tout (en anglais ail), est symbolisé par une sensation ou une image d'arrondissement de la cavité buccale et par un large geste (non pas effectivement exécuté mais simplement représenté), d'un mouvement d'embrassement avec les deux mains balayant l'espace pour venir se rejoindre en avant du corps. Le symbole du mot choses est la représentation mentale d'un geste direct et soudain avec la main étendue et l'index
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pointé en avant et en bas (1). » Les détails varieront naturellement selon le type individuel. Quand l'auteur, en lisant l'article d'où il a extrait cette citation, arriva à la phrase : « l'Infini plane sur toutes choses », il ferma les yeux et essaya d'analyser sa propre attitude mentale. Ce qui dominait alors était la représentation d'une voûte céleste d'un bleu sombre, profond qui palpitait comme avec des ailes immenses sur une surface convexe solide, évidemment la surface du globe. Infini était ainsi symbolisé par l'étendue spatiale du ciel, plane par le mouvement d'ailes, sur par le rapport visuel du ciel à la terre, toutes choses ?ar la terre elle-même. L'attitude comprenait, en outre, un arrêt notable de la respiration, et une certaine depression organique ; ces impressions, les couleurs sombres du tableau, l'affection désagréable produisaient un certain sentiment d'aversion et d'horreur.
Il n'est pas nécessaire de s'étendre sur le processus de réduction plusieurs fois rencontré au cours des paragraphes précédents. Il suffit de signaler que, là encore, il peut y avoir d'importantes différences selon les individus. On peut supposer que la dernière lueur de conscience peut être dans certains cas si faible et si confuse qu'on ne peut plus l'analyser.
Reste une possibilité : chaque attitude aurait sa forme particulière de combinaison qui viendrait à la conscience comme un processus non sensoriel et non imagé. La question d'une forme de combinaison dans la perception a été discutée et la discussion a donné un résultat négatif ( § 104). Ici deux nouveaux arguments peuvent s'opposer à cette hypothèse : le premier est que la forme de combinaison s'attacherait, non pas comme dans le cas de la perception, à des contenus toujours arrangés selon le même modèle mais à des contenus de modèles très variés. Et le second est que dans la pensée absolument sans images, la forme apparaîtrait sans contenu, comme « le sourire sans le chat » (2). En vérité, les psychologues qui attribuent une
(1) S. S. Calv.n, A Marked case of Mimette Ideation, dans Psychologie
^.Son'à un°pi4sagSeqd'«n livre de Lewis Carroll «^™ dan lequel, un chat féerique disparait graduellement : * £ *» °e "^ plUi que sa figure grimaçante puis on ne voit plus que le sourire sans la figure.
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forme de combinaison aux attitudes mentales nous semblent tomber dans le péché d'habitude de la psychologie spéculative : ils traduisent une exigence logique en fait psychologique : parce que la signification des attitudes est stable, ils supposent que le véhicule de la signification doit être toujours le même.
Des inférences de ce genre servisont à bâtir un système de psychologie, mais ne pourront jamais nous donner une vraie description de l'esprit.
Les fragments symboliques d'imagerie qui soutiennent les attitudes mentales présentent pour la psychologie plusieurs points intéressants. Il peut arriver, par exemple, qu'une image qui est une partie intégrante de l'attitude, prenne un caractère conventionnel en se changeant en une sorte d'idéographie qu'on ne peut déchiffrer que d'une façon conjecturale. Ainsi l'auteur se représente le mot signification comme le bout grisbleu d'une manière de main à sucre avec un peu de jaune audessus (probablement un morceau du manche), qui fouille dans la masse sombre d'une matière à l'apparence plastique. Selon toutes probabilités, le mot signification est compris tout d'abord comme quelque chose qu'il faut extraire d'un certain sujet ; mai3 il n'y a aucune suggestion de ce genre dans l'image elle-même. Il peut ainsi arriver que les images, alors qu'elles font encore partie intégrante de l'attitude, sont plus ou moins inadéquates, comme lorsque nous parlons de faire voile quand nous allons prendre le vapeur. Ce qu'il y a encore de plus important, c'est que les sujets se rendent clairement compte que certaines images sont des parties constitutives de l'attitude et que certaines autres sont secondaires et étrangères à celle-ci. L'auteur a eu lui-même fréquemment cette impression, mais rarement d'une façon explicite. Le caractère de convenance ou de non-convenance des images, est, pour ainsi dire, incorporé dans la conscience globale ; sur le moment on ne distingue pas les deux catégories et c'est seulement après qu'on peut dire que celles-ci faisaient partie de l'attitude, celles-là étaient dues à des associations purement fortuites. Nous avons déjà rencontré le fait d'incorporation à propos de l'attitude volontaire ( § 127). Il apparaît également dans les attitudes familières de comprendre,
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de résoudre un problème, de tirer une conclusion. Si l'on vous demande : <* Comprenez- vous ce passage ?» — « Avez-vous calculé correctement ?» — h Avez-vous tiré la conclusion légitime de ces prémisses ? » Vous êtes prêt, peut-être même avec un certain sentiment de surprise offensée, à répondre : « Oui » et pourtant, la « conscience d'être dans le vrai » n'était pas explicitement présente pendant que vous acheviez votre travail. Peut-être la clef de toutes ces observations pourrait-elle être trouvée dans la double nature, négative aussi bien que positive, des tendances déterminantes (p. 471). L'attitude consciente, dirigée par les tendances, est exclusive aussi bien qu'inclusive : les processus qui ne conviennent pas sont automatiquement rejetés, ceux qui conviennent sont groupés ensemble. Cette dernière opération signifie alors acceptation, convenance, exactitude, et peut, dans des conditions favorables, trouver son expression dans des formules comme : « D'accord ». — « C'est ce qui convenait. « — ■ « Assurément j'avais raison ». Mais lorsque ces conditions sont absentes, c'est-à-dire lorsqu'aucune question n'est posée, la signification ne devient pas explicite, mais reste latente dans les processus dirigés.
Cet exposé n'est qu'une première ébauche : c'est tout juste si Ton a commencé à étudier sérieusement les attitudes. L'auteur a cru devoir appeler l'attention sur le fait d'incorporation car la signification latente est ce qu'il a trouvé de plus semblable à une forme de combinaison. Quant à cette forme elle-même, en tant que processus conscient mais non imagé, il n'a jamais pu la découvrir.
Si nous rassemblons les résultats de la discussion précédente, nous pouvons conclure que les attitudes conscientes sont toutes faites de trois processus élémentaires : sensation, images et affections, mais que les processus sensoriels ou imagés se présentent dans des conditions très défavorables à l'analyse. Les attitudes présupposent toutes sortes de synergies complexes dans l'écorce cérébrale ; les tendances actives sont le résultat ou le résidu d'une longue suite de transformations. Néanmoins l'analyse est possible ; lorsqu'on vit un processus, on peut aussi l'analyser, et la connaissance partielle que nous avons déjà est pleine de
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promesses pour l'avenir si les recherches sont poursuivies.
Les objections principales élevées contre cette « théorie de la condensation » sont, d'abord, que les attitudes ne possèdent pas les attributs sensoriels de qualité et d'intensité ; ensuite, que notre mémoire des pensées n'est pas soumise à la loi de contiguïté temporelle. Mais certains auteurs reconnaissent à l'attitude des différences d'intensité, et certains sujets les signalent dans leurs rapports rétrospectifs. Et si nous ne pouvons pas distinguer les qualités contenues dans une attitude, nous pouvons, tout au moins, les rapporter à une modalité sensorielle particulière ; d'ailleurs, nous savons qu'il n'est pas toujours facile de saisir les qualités constitutives, même dans une fusion de tons ou de sensations organiques, qui est très voisine de la simplicité de la sensation. De plus, étant donné la complexité du substrat physiologique, il ne faut pas espérer que la pure contiguïté temporelle soit aussi efficace, pour la mémoire des pensées, que la restauration ou la réintégration du type habituel des excitations corticales. Et, vraiment, cette absence d'influence est si loin d'infirmer la théorie qu'elle pourrait tout aussi bien être avancée en sa faveur. Il semble donc qu'on puisse aisément écarter ces objections.
Le caractère des processus physiologiques sous-jacents est naturellement hypothétique. Il est naturel de penser que les attitudes de signification et de relation dépendent, dans leurs formes extrêmes, les unes surtout des tendances associatives, les autres des tendances déterminantes, tandis que les cas ordinaires de « notion » (awareness) requièrent la coopération des deux systèmes de tendances (selon des proportions et avec des complications variables) et d'autres facteurs psychologiques 11 est aussi possible que le processus de réduction (cf. § 118), ait lui-même un double caractère : le complexe de tendances peut s'atténuer, s'amincir, se simplifier par la perte de ses composants originaux ; ou bien il peut y avoir substitution, réduction à un dénominateur commun : le groupe hétérogène des processus excitateurs peut être remplacé par les corrélatifs homogènes d'idées verbales et de dispositions (sets) kinesthésiques. C'est là une simple conjecture qu'il faut prendre pour ce qu'elle vaut. On a, en outre, supposé que la lueur résiduelle de conscience, mentionnée comme possible, p. 526 et 530, est
conditionnée par le demi-réveil, l'excitation partielle d'un groupe de tendances ; la sommation d'un certain nombre d'excitations faibles donnerait alors naissance à une conscience diffuse et indifférenciée.
§ 142. Le langage. — Depuis très longtemps, les psychologues discutent sur la question de savoir si la pensée est possible sans le langage. Cette controverse repose, comme beaucoup d'autres, sur l'ambiguïté de la question posée. Si nous prenons l'homme adulte, tel qu'il est, et si nous faisons appel à son introspection, la réponse qui se présente est claire et précise : la pensée et le raisonnement, définis aussi rigoureusement qu'on le voudra, peuvent se manifester sous forme de langage intérieur, d'attitudes mentales, « intuitions sommaires, sans traduction verbale de relation et de direction », et sous forme d'images ( § 142). L'attitude est aussi symbolique que le mot et l'image peut être aussi symbolique que l'attitude ; tout ce que demande la pensée, c'est un système de symboles mentaux. Mais cette assertion même suggère une autre forme de la question débattue. La pensée a besoin de symboles : le langage est un système de symboles et nous n'avons aucune raison de supposer que, dans l'histoire de l'esprit, il soit survenu après un système antérieur dont il aurait pris la place. Langage et pensée, en d'autres termes, semblent avoir poussé l'un à côté de l'autre : l'un implique l'autre ; et en ce sens, il est vrai de dire qu'il n'y a pas de pensée sans mots : raisonnement et langage sont deux aspects d'une même phase de développement mental. La vieille énigme : « Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ? Parce qu'ils n'ont rien à dire », contient une vérité psychologique : si les animaux pensaient, ils parleraient ; puisqu'ils ne parlent pas, c'est qu'ils ne pensent pas non plus.
L'emploi du langage comme véhicule de la pensée a à la fois des avantages et des inconvénients. Si nous commençons par ceux-ci, nous notons, d'abord, que le langage s'est développé