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COMPARAISON ET DISCRIMINATION

On a prétendu, en s'appuyant sur ces comptes rendus introspectifs,que la conscience spécifique de différence est simple et irréductible ; et des psychologues parlent d'une sensation de différence comme, dans des circonstances analogues, ils parlent d'une sensation de mouvement (§ 100). Il y a pourtant une autre explication. Nous pouvons avoir l'impression de couleur sans être capables d'identifier la couleur ; de mouvement, sans être capables d'indiquer la direction du mouvement ; de différence, sans être capables de préciser la nature de la différence, simplement parce que les significations abstraites de couleur, de mouvement, de différence sont plus aisément associées à la perception donnée que les significations déterminées rouge, à droite, plus élevé. Les concepts entrent naturellement dans une foule de connexions associatives et c'est pourquoi ils sont plus spécialement exposés à être éveillés par association. Nous avons donc, dans ces réponses abstraites qui signalent purement et simplement une « différence », l'aboutissement d'une ligne d'évolution mentale dont nous voyons le commencement dans la tendance de l'enfant à appeler tous les hommes « papa » et tous les animaux « minet. » Inversement, lorsque la mémoire s'affaiblit chez le vieillard, ce sont les mots concrets qu'il oublie d'abord : noms propres, noms particuliers de toutes sortes, tandis que les termes abstraits, les concepts, subsistent les derniers.

Nous avons exposé aux § 86 et 112 ce qu'on appelle impression absolue. Lorsque notre esprit a été longuement occupé par une certaine série de stimuli, nous nous formons une idée composite de la classe, sujette aux limitations des idées composites en général ; et l'idée est d'abord soutenue puis remplacée par une disposition corticale {cortical set), une prédétermination nerveuse. Il est clair que les conditions de la discrimination au laboratoire sont particulièrement aptes à former de telles idées et de telles dispositions et nous constatons, effectivement, qu'elles se manifestent dans tous les genres de recherche psychologique. Aussi, chaque fois que le stimulus donné se distingue nettement de la norme, il nous apparaît comme une exception à une règle, et déclenche une réponse verbale immédiate ; et comme les réponses sont dirigées par une instruction qui les rapporte au second stimulus, nous sommes mentalement prêts à rendre compte de ce dernier avant même qu'il ait paru.

Nous comparons la lourdeur de poids que nous soulevons ; un poids particulièrement lourd est présenté et nous répliquons aussitôt <v plus léger », bien que nous ne sachions pas encore ce que sera le second stimulus. Traduite en termes logiques, la comparaison est faite entre le poids d'une lourdeur inaccoutumée et le poids moyen de la série ; au point de vue psychologique, il n'y a pas du tout de comparaison mais une réaction directe à l'impression absolue du premier terme du couple de stimuli.

L'effet de l'impression absolue a été noté dans les recherches sur la discrimination de qualités visuelles (sensations de gris) et de distances visuelles ; celle d'intensités de bruits et de hauteur de tons ; celle de distances cutanées, de poids soupesés, d'intervalles de temps ; on l'a également décelé dans certaines sphères de la mémoire. L'impression absolue peut, comme le montre cette liste, influencer la réponse du sujet dans le cas de comparaison simultanée aussi bien que dans celui de la comparaison successive. Ce que nous en savons est encore, dans la plupart des domaines où elle joue un rôle, bien vague et bien général, et l'on ne peut encore dire dans quelles limites s'exerce son influence : on peut, dans certains cas, l'éviter en variant méthodiquement les expériences particulières.

Ces deux faits, à savoir que l'image n'est pas nécessaire, et que l'impression absolue a une certaine influence, illustrent, chacun à sa façon, le rapport de la psychologie expérimentale à la psychologie populaire. L'impression absolue est commune dans la vie quotidienne ; mais on ne peut la déceler et la quantifier que dans les conditions expérimentales. L'image, dont la psychologie populaire affirme la présence nécessaire, est remise par l'expérimentation à sa vraie place. Mais en même temps, l'instruction rigoureuse qui prescrivait au sujet de comparer Belon quatre catégories : plus grand, moins grand, le même, douteux, a restreint artificiellement le rôle de la conscience discriminative, et nous empêche de conclure des expériences de laboratoire aux comparaisons et aux discriminations de l'expérience vulgaire.

§ 146. Attente, Entraînement, Habitude, Fatigue. — Dans les expériences comme celles qu'on a décrites dans le précédent paragraphe, le sujet reçoit des instructions spé-

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