ATTENTE, ENTRAINEMENT, HABITUDE, FATIGUE
ciales en rapport avec la tâche qu'il a à remplir. Mais en imaginant la méthode et en recueillant les résultats, l'expérimentateur tient compte de l'attitude générale du sujet et de ses prédispositions : intensité d'attention, direction de l'attente, degré d'entraînement, habitude, fatigue. L'attente, en effet, peut agir en faveur ou au détriment de la discrimination selon que le sujet est prédisposé à l'idée que le stimulus va changer ou rester le même. L'entraînement est favorable, l'habitude et la fatigue sont défavorables à la discrimination.
Nous avons déjà parlé de l'attention. L'attente, l'entraînement, l'habitude et la fatigue interviennent en psychologie à un double titre. Dans la mesure où les termes désignent des dispositions nerveuses, ils possèdent une valeur explicative ; en tant qu'ils désignent des processus conscients, ou des attitudes conscientes, ils doivent être examinés pour eux-mêmes. Tous quatre sont, en réalité, des noms généraux, comme la perception, ou comme la pensée elle-même, qui recouvrent une grande variété de arrangements ou de processus particuliers.
L'attente est d'ordinaire décrite comme une attention anticipée et la conscience expectante est, croit-on, dominée par une image anticipée de l'événement attendu. L'expérimentation a montré, cependant, que l'image de l'attente doit aller rejoindre l'image de la reconnaissance et celle de la comparaison ; elle peut être présente, mais elle ne constitue pas un traité essentiel ou caractéristique de ce processus. L'attente est déclenchée par une suggestion donnée sous la forme d'une perception, et consiste en sensations organiques, kinesthésiques ou autres, parfois accompagnées d'idées verbales et, occasionnellement, de l'image. Ces éléments sensoriels sont l'aspect conscient de la détermination perceptive : ils sont le véhicule de la signification : « telle ou telle chose va arriver. » Ils dérivent en partie de l'attitude corporelle de l'attention : muscles tendus, respiration retenue, accommodation des organes sensoriels. Néanmoins cette conscience peut difficilement être appelée attentive : les sensations kinesthésiques sont bien au foyer mais non
de leur plein droit ; comme les « sensations de mouvement projeté », ces sensations « de ce qui va arriver » sont plutôt données comme un contexte, comme une signification que comme des processus indépendants. Un sujet exprimait ce fait en disant que la conscience de l'attente lui semblait être a un anneau de kinesthésie avec un trou au milieu. » Avec le temps, et avec les répétitions, la conscience expectante s'évanouit ; la suggestion qui est incorporée à la perception initiale dispose alors inconsciemment l'organisme en vue de la situation imminente.
L'entraînement est une conscience intégrative (en tant que cette forme se distingue de la forme discursive, cf. p. 421, 430) ; les processus au foyer sont en petit nombre, extrêmement clairs, protégés par l'effet négatif de la détermination contre toute interférence d'associations fortuites. Les effets de l'entraînement, si l'on prend l'expression dans son sens le plus large, sont très variés. Ainsi, l'on a trouvé dans des expériences sur la discrimination de poids soulevés que l'influence de l'entraînement se révèle de cinq façons distinctes. L'entraînement rend les sujets plus forts, (et un changement de force physique peut, dans ce cas, signifier un changement de l'impression absolue des stimuli) ; il amène le sujet à soupeser d'une façon plus uniforme ; il élève le niveau de l'attention ; il accroît la probabilité du jugement par impression absolue ; et il peut modifier, chez le sujet, le type de comparaison, de telle sorte qu'une différence de stimuli qui, d'abord s'exprimait par les mots : « plus lourd » ou « plus léger » peut, quand le sujet est plus entraîné, être signalée par les mots : « beaucoup plus lourd », ou « évidemment plus léger ». » Tous ces effets sont étroitement liés ; mais leur nombre et leur variété montrent que la formule générale : « l'entraînement favorise la discrimination », recouvre un grand nombre de facteurs coopérants.
L'habitude a été définie « une tendance qui prend forme au cours d'une série d'observations semblables, à éprouver et à décrire des perceptions de caractères semblables ». Les processus de la conscience habituée sont maigres, uniformément indistincts et dirigés d'une façon précise par une détermination ; la ressemblance générique que présente la description de ces processus est donc plutôt due à leur manque de clarté qu'à leur ressemblance qualitative. Les tendances habituelles peuvent être classées dans l'ordre de leur persistance et de leur influence