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LE JUGEMENT

sur la conscience, en cinq groupes : les plus faibles sont celles qui ne subsistent qu'à cause de leur récente formation ; puis viennent celles qui sont dues à des situations fortement insistantes ; plus fortes sont celles qui sont nées des activités routinières, professionnelles ou autres de la vie adulte et qu'il faut attribuer à la fois à l'exercice récent et répété ; plus fortes encore sont celles qu'a engendrées l'éducation durant l'enfance : elles doivent être attribuées à l'insistance et à la répétition ; enfin, les plus puissantes de toutes sont les tendances innées qui peuvent être considérées comme les résultantes de tous les facteurs d'habitude accumulés au cours du développement de la race.

La fatigue abaisse le niveau et raccourcit la durée de l'attention et par suite, comme l'habitude, est défavorable à la discrimination ; contrairement à l'habitude, elle tend aussi à inhiber l'expression et ainsi à rendre les rapports introspectifs hésitants et incertains. On a vu dans la fatigue un phénomène essentiellement musculaire, dans l'entraînement un phénomène nerveux ; et de nombreux essais ont été faits, dans un but à la fois théorique et pratique, pour découvrir le moyen de mesurer ces deux dispositions. La conscience fatiguée est caractérisée, comme la conscience expectante, par un complexe organique spécial, consistant en une lassitude générale et en des sensations locales de tension ou de douleur. Il n'y a aucune corrélation entre le degré de fatigue, tel qu'il est éprouvé dans les conditions ordinaires du travail quotidien, et la capacité physiologique de l'organisme pour un travail ultérieur ; aussi la biologie ne peut-elle pas plus nous aider à faire la psychologie de la fatigue, qu'elle n'a pu nous servir pour la psvchologie des affections (p. 265).

§ 147. Le Jugement. — Le jugement est considéré dans la plupart des manuels de psychologie comme le processus caractéristique de la pensée. La nature psychologique du jugement est encore un sujet de discussions ; quelques auteurs même lui refusent une place dans leur système psychologique. Nous nous contenterons ici d'en donner une description provisoire.

Selon Wundt, on peut prendre comme type du processus

de jugement renonciation d'une phrase compliquée. Nous devons savoir, auparavant, d'une façon générale ce que nous allons dire : autrement, nous ne pourrions mener la phrase à sa conclusion. Donc, le jugement présuppose ce que Wundt appelle une idée-agrégat, une idée qui représente la façon dont nous saisissons globalement une certaine situation. L'idée-agrégat n'est pas uniforme et stable : tantôt c'est tel de ses aspects qui devient clair dans la conscience, tantôt c'est tel autre (attention secondaire) et à l'intérieur de ces aspects abstraits, se continue le même processus de différentiation. L'idée est ainsi soumise à une division discursive. Et comme l'effet de l'attention est toujours d'accentuer quelque trait particulier du complexe, (ou un groupe limité de traits), qui est alors dans un certain rapport avec le tout d'où il a été abstrait, le jugement présente une dualité correspondante du sujet et du prédicat. La même dualité apparaît, en fait, dans toutes les formes logiques de pensée, dans les distinctions grammaticales du substantif et de l'adjectif, du verbe et du complément, du verbe et de l'adverbe.

Sans aucun doute, la description de Wundt vaut pour certaines modalités de la conscience de pensée ; et, sans aucun doute, selon l'avis de l'auteur, la dualité du jugement est expliquée d'une façon satisfaisante lorsqu'on l'attribue à l'attention. Mais il y a aussi des cas dans lesquels l'idéeagrégat est remplacée par une attitude mentale ou une détermination inconsciente. De plus, le rapport du prédicat au sujet doit, s'il est conscient, être analysé et décrit.

Examinons quelques-unes des définitions les plus récentes du jugement, formulées d'après des études expérimentales des processus de la pensée. Selon un auteur, un jugement est « une suite de faits de conscience dont le développement à partir de son premier terme a été déterminé par une suggestion consciente.La suggestion a elle-même disparu, en tant que fait conscient, mais son influence persiste et reste appréciable. » Cette définition classerait toutes les associations dirigées parmi les

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