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METHODE DE LA PSYCHOLOGIE

déclanche dans votre conscience : comment le mot vous affecte, quelles idées il évoque, etc. L'observation peut être répétée : elle peut être isolée (on peut vous faire asseoir, dans une chambre obscure et silencieuse pour écarter toute cause de trouble) et elle peut être variée (on peut prononcer différents mots, on peut les projeter sur un écran au lieu de parler, etc.). Ici, pourtant il y a, semble-t-il, une différence entre l'introspection et l'extrospection. Pendant qu'il surveille une réaction chimique ou qu'il suit les mouvements d'un organisme microscopique, l'observateur peut noter, d'instant en instant, les différentes phases du phénomène observé. Mais si vous essayez de consigner les changements de votre conscience, pendant ces changements mêmes, vous intervenez dans la conscience : votre effort pour exprimer en mots votre expérience mentale introduit de nouveaux facteurs dans l'objet même de votre observation.

2° Supposez encore que vous observiez un sentiment ou une émotion, pr.i' exemple un sentiment de désappointement, d'ennui, une émotion de colère ou un chagrin. Un contrôle expérimental est encore possible : on arrangera les circonstances dans le laboratoire de psychologie de façon à pouvoir répéter, isoler, varier les sentiments. Mais l'observation qu'on prête à ces processus peut modifier plus profondément encore que dans l'exemple précédent le cours de la conscience : la considération froide d'une émotion est fatale à son existence même : votre colère disparaît, votre désappointement s'évanouit dès que vous les observez.

Pour surmonter cette difficulté de la méthode introspective, on recommande d'ordinaire aux étudiants en psychologie, d'attendre que le processus se soit complètement développé avant de noter leurs observations. Ce n'est qu'alors qu'ils font appel à leur mémoire pour le décrire. L'introspection devient ainsi la rétrospection : l'examen introspectif devient un examen « post mortem ». C'est là, sans doute, une excellente règle pour les débutants : il

y a même des cas où le psychologue expérimenté aura la prudence de la suivre. Mais il ne faut pas y voir un procédé universel. En effet, il nous faut rappeler :

a) Que les observations en question peuvent être répétées. Il n'y a alors aucune raison pour que l'observateur devant qui l'on prononce le mot ou en qui se produit l'émotion, ne puisse faire un compte-rendu aussitôt après la première phase de son expérience et noter soit l'effet immédiat du mot, so't la naissance du processus émotif (1). Il est vrai que ce compte-rendu interrompt l'observation. Mais lorsque la première phase a été soigneusement décrite, des observations ultérieures peuvent être faites et une seconde, une troisième phases décrites de la même façon : on obtiendra ainsi, au moment même, une description complète du processus entier. En théorie, il y a danger à séparer ainsi artificiellement les moments d'un même processus mental : la conscience est un courant et si nous la décomposons en moments distincts, nous courons le risque de laisser échapper certaines liaisons intermédiaires. Mais, en pratique, ce danger paraît bien mince : nous pouvons, du reste, avoir toujours recours à la rétrospection et comparer nos résultats partiels avec le souvenir de notre expérience globale.

b) Bien plus, la pratique fait acquérir à la longue une habitude d'introspection : l'esprit finit par adopter tout naturellement l'attitude introspective, de telle sorte qu'il devient possible au psychologue, non seulement de prendre mentalement des notes pendant que se poursuit l'observation, sans interrompre le cours de la conscience, mais, même de jeter des notes sur le papier, comme le fait l'histologiste, pendant que son œil est encore fixé à l'oculaire du microscope.

(1) Lorsque nous traiterons des processus élémentaires de l'émotion, au § 69, nous aurons à discuter la difficulté spéciale que nous mentionnons cidessus : à savoir que lorsque l'on concentre son attention sur une colère, par exemple, la colère disparaît. Cette difficulté nécessite l'emploi de procédés spéciaux pour l'étude de l'émotion. Mais elle ne force pas, et c'est ici ce qui nous intéresse, à observer l'émotion rétrospectivement.

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