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STIMULUS VISUEL ET SENSATION VISUELLE

d'ondes d'éther qui constituent la lumière du point de vue physique, se distinguent de trois façons, par leur longueur d'onde ou vitesse, par leur amplitude ou énergie, et par leur forme ou composition. En gros, ces trois aspects de la vague d'éther correspondent à trois attributs de la sensation de couleur, la tonalité, la luminosité, la saturation. A la gauche du spectre, les ondes lumineuses ont une longueur d'environ 700 [J- : à la droite une longueur d'en-

Fig. 3. — Pyramide pour la démonstration des couleur?, American Journal of Psvchology, XX, 1909, i5.

viron 400 [J- et les couleurs intermédiaires correspondent aux ondes dont la longueur est comprise entre ces deux nombres. Si nous augmentons ou diminuons l'énergie de ces ondes, dans certaines limites, les couleurs dans leur ensemble deviennent plus claires ou plus foncées : mais la distribution des couleurs et les degrés respectifs de luminosité et de saturation restent constants. Enfin le fait que

t)2 LA VISION

les couleurs spectrales possèdent un haut degré de saturation, tandis que les couleurs que nous voyons dans la nature ou les œuvres d'art sont moins saturées, est du à la simplicité relative de la forme des ondes, dans le premier cas, et à leur complexité relative dans le second. Toutefois, ce sont là des correspondances générales. Dans le détail, les rapports entre les stimuli visuels et les sensations sont beaucoup moins simples.

Il y a même un cas, unique d'ailleurs (celui de la sensation du noir) dans lequel il semble, au moins à première vue, n'y avoir aucune relation directe entre le stimulus et la sensation. On dit souvent, et c'est un paradoxe, que le stimulus du noir est l'absence de toute lumière physique. Si c'était vrai, le noir serait à mettre tout à fait à part de toutes les autres qualités visuelles. Mais, d'un côté, ce que nous voyons en l'absence de toute lumière, n'est pas du noir : a la nuit tous les chats sont gris » ; en l'absence de toute lumière, ce qui nous entoure nous paraît en fait d'un gris neutre. D'un autre côté, nous ne pouvons voir du noir que dans une bonne lumière : de sorte que la sensation de noir, comme les images consécutives et les sensations de contraste dont nous parlerons au paragraphe 18, dépend non d'une manière directe, mais indirectement de la présence de la lumière physique. Nous chercherons au § 22 quelle peut en être l'origine.

Ainsi le noir est une sensation positive : puisqu'il n'est pas dû à l'absence de lumière, il ne représente pas l'absence de sensation visuelle. Supposer que l'aveugle vit dans l'obscurité est une véritable erreur : car c'est supposer qu'il est capable de voir. Les aveugles, comme le dit Helmholtz (1), voient les choses de la même manière que nous-mêmes nous voyons ce qui est derrière notre dos : c'est-à-dire qu'ils ne les voient pas du tout.

§ 16. Comment la sensation visuelle dépend de la longueur

(1) II. L. F. von Helmholtz, Handbuch der physiologischen Optik, 1896

LA SENSATION VISUELLE ET l'oNDE LUMINEUSE 63

■çt de V amplitude de Vonde lumineuse. — En général, avonsnous dit, un changement de longueur d'onde de la lumière physique détermine un changement de tonalité dans la sensation colorée. 11 nous faut maintenant apporter trois atténuations à la portée de cette proposition.

En premier lieu, si nous nous reportons au spectre solaire, nous voyons que la correspondance de la longueur d'onde et de la couleur n'est pas uniforme pour toute la série des couleurs. Aux deux extrémités du spectre en R et en V nous pouvons parcourir une distance considérable sans noter de changement appréciable de tonalité. Si, au contraire, nous considérons les régions qui s'étendent à droite et à gauche du jaune ou les régions du bleu vert, nous voyons un grand nombre de couleurs différentes ramassées dans un tout petit espace. En second lieu, nous voyons que la différence de longueur d'onde amène avec elle une différence de saturation. Les couleurs spectrales les plus saturées sont le rouge et le bleu, les moins saturées sont le jaune et le bleu- vert. Donc la saturation dépend aussi bien de la longueur d'onde que de la composition des ondes. En troisième lieu, nous constatons qu'un changement de longueur d'onde détermine un changement de luminosité. Nous avons déjà remarqué que le jaune est la couleur du spectre la plus claire, le violet la plus foncée. Or, l'énergie des ondes lumineuses décroît d'une façon continue du rouge au violet : si bien que si la luminosité dépendait uniquement de l'énergie ou de l'amplitude de Fonde lumineuse, c'est le rouge et non le jaune qui devrait être la couleur la plus claire et le bleu devrait être, par rapport au rouge, beaucoup plus foncé qu'il ne l'est en réalité.

De même, un changement d'énergie de la lumière physique peut modifier, non seulement la luminosité, mais encore la couleur et la saturation des sensations de cou-

Ci) Cette affirmation est valable pour le spectre de dispersion d'une lumière artificielle, tel qu'il est d'ordinaire observé dans les laboratoires de psychologie. Dans le spectre de diffraction de la lumière solaire (que les physiciens appellent le spectre normal), le maximum d'énergie est dans le bleu.

leur. Si l'énergie des ondes lumineuses qui constituent le spectre augmente considérablement, les tonalités se réduisent à deux — le jaune et le bleu — toutes deux claires et peu saturées. Le rouge, l'orangé, le jaune-vert deviennent de plus en plus clairs et de plus en plus jaunes ; le bleu vert et le violet deviennent de plus en plus clairs et bleus ; le vert devient seulement plus clair et finalement se transforme en gris pâle. Si, au contraire, l'énergie décroît suffisamment, les tonalités se réduisent peu à peu à trois : le rouge, le vert et le bleu vert, toutes les trois foncées et peu saturées. En même temps, on constate une modification sensible de la distribution de la luminosité le long du spectre : toutes les couleurs sont plus foncées,, mais la couleur relativement la plus claire n'est plus le jaune, mais le vert, en sorte que la luminosité des longues ondes a diminué, celle des ondes courtes a augmenté, par comparaison avec le spectre ordinaire. Ce déplacement de la luminosité, dû à la diminution de l'énergie lumineuse, s'appelle, du nom du physiologiste autrichien qui l'a observé le premier, le phénomène de Purkinje (1).

Le phénomène de Purkinje est particulièrement net lorsque l'énergie du spectre a suffisamment diminué pour que les couleurs s'évanouissent complètement et qu'il ne reste plus qu'une suite de sensations de lumière. Il n'apparaît, en tous cas, que si Fénergie lumineuse a décru sur toute l'étendue du champ visuel : il ne suffit pas en effet de diminuer seulement fénergie lumineuse du spectre. Nous pouvons nous faire une idée du phénomène en plaçant côte à côte des bandes de papier rouge et bleu et en les observant d'abord à la lumière diffuse et habituelle du jour, puis à travers une carte percée d'un trou d'épingle. De même, si vous observez le rouge et le bleu d'un tapis quand vient le crépuscule, vous remarquerez que les rouge& deviennent vite gris sombres ou noirs, tandis que les bleus Be changent en gris bleuâtres argentés. Nous reviendrons sur cet

(1) J. Pubkinje, Beobachtungen und Versuche zut Physiologie der Sinne II, 1825, 109.

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