SENSATION OLFACTIVE ET COMPOSITION OU STIMULUS
diaire entre les deux autres. Que va-t-il arriver si nous mélangeons deux odeurs ?
Nous pouvons procéder de deux façons : nous pouvons faire parvenir séparément les odeurs à nos deux narines au moyen de l'olfactomètre ; ou bien, si cela ne produit pas de combinaison chimique, nous pouvons faire un mélange mécanique des substances odorantes, avant de les sentir. Dans les deux cas nous obtenons des résultats analogues à ceux qu'on obtient par le mélange des couleurs.
1° Il existe, sans nul doute, des odeurs qui, mélangées dans de justes proportions, se neutralisent. On mêle souvent, dans les bouquets de mariée, des gardénias aux fleurs d'oranger, de façon que l'odeur aromatique des unes affaiblisse le parfum fragrant trop capiteux des autres.
On se sert de poudre dentifrice à base de racine d'iris pour faire disparaître la mauvaise haleine. En médecine, on désinfecte les salles d'opération en ayant recours à ce principe de compensation : le baume du Pérou dissipe l'odeur de l'iodoforme ; et l'acide carbolique la puanteur de la gangrène pulmonaire. Les expériences de laboratoire aboutissent au même résultat : l'odeur du caoutchouc rouge, par exemple, neutralise les odeurs du bois de cèdre, du benjoin, de la paraffine, de la cire d'abeilles, du baume de tolu, etc.
2° Il y a des odeurs qui, mélangées dans de justes proportions, donnent naissance à une odeur résultante, une qualité olfactive nouvelle. Beaucoup d'entre nous ont
Doubla olfactoniètrc (stimuli liquides).
remarqué qu'il suffit d'ajouter quelques feuilles d'odeur fragrantc à un bouquet pour en altérer le parfum : que le mélange de deux parfums de toilette peut en produire un autre, différent de chacun d'eux ; que lorsqu'on essaie de faire disparaître une mauvaise odeur à l'aide d'un parfum, on obtient parfois une odeur plus désagréable encore que la première. Les expériences de laboratoire donnent des résultats analogues : on fait apparaître de nouvelles odeurs, par exemple en mêlant du musc à l'opium ou à la listérine, l'iode à l'ylang-ylang ou le camphre, l'acide valérianique avec la lavande ou la jacinthe. Dans tous les cas de ce genre, l'odeur résultante est simple et inanalysable : elle ressemble aux odeurs composantes, mais on ne peut la réduire par analyse à ces odeurs.
On ne peut dire avec certitude si les odeurs ont une valeur de mélange constante, indépendante de la nature de leur origine, en d'autres termes, s'il y a pour les odeurs quelque chose d'analogue à la troisième loi du mélange des couleurs. Cependant toutes les apparences nous inclinent vers une réponse affirmative.
La ressemblance entre ces résultats et ceux du mélange des couleurs est patente. Toutefois, il y a des différences frappantes entre ces deux groupes de phénomènes. Ainsi, les mélanges d'odeurs sont en général beaucoup moins stables que les mélanges de couleurs. L'expérience montre que deux odeurs peuvent rarement se neutraliser complètement plus de quelques secondes : il est facile d'obtenir une odeur non saturée, de la qualité du composant le plus fort ; mais il est difficile d'arriver à la faire disparaître réellement. Ceci semble signifier que l'équilibre chimique des cellules olfactives est moins stable que celui des cônes de la rétine. De ra^me, l'odeur nouvelle qui résulte du mélange de deux odeurs a souvent un caractère transitoire, ei fait place, soit à l'odeur d'un des composants, soit à une oscillation entre les deux odeurs. Cela est dû, en de nombreux cas, à ce que l'organe sensoriel s'adapte plus rapidement à un stimulus qu'.i l'autre, ou à ce que les substances mélangées ne sont pas également volatiles ; mais dans d'autre cas, cela semble aussi