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LA. PEAU ET SES SE>'S 1 4 I

Les sens cutanés

§ 38. La peau et ses sens. — Dans le langage populaire, le toucher est le cinquième sens : on le place à côté de la vue et de l'ouïe, du goût et de l'odorat, et son organe est la peau. Ni le sens lui-même, ni son organe, ne sont définis d'une façon très rigoureuse. On peut dire toutefois que le terme « peau » désigne la totalité de la membrane qui enveloppe le corps ; il comprend non seulement la peau proprement dite, mais encore la surface rouge des lèvres, le bord des cavités de la bouche et du nez, la conjonctive et la cornée de l'œil. Dans la mesure où cette surface n'est pas occupée par des organes de sens spécialisés, comme le goût et l'odorat, elle représente l'organe du toucher. Par suite, le mot toucher s'applique à toutes les sensations que provoque le contact de la surface du corps avec des objets du monde matériel. Une chose est dure, molle, chaude, froide, douloureuse &u toucher ; c'est par le toucher que nous distinguons l'humide et le sec, le léger et le lourd, le rugueux et le poli, ce qui cède et ce qui résiste, les pointes aiguës et émoussées, les substances visqueuses et graisseuses, les choses qui se meuvent et celles qui restent immobiles (1).

On ne fait exception qu'en faveur des propriétés qui, comme l'odeur et la saveur, font appel à des sens spéciaux. Et ici, naturellement, on n'essaie pas d'analyser le donné : c'est ainsi que le piquant des odeurs acres, le mordant des goûts acides, qualités qui appartiennent en réalité au toucher, sont attribuées à l'odorat et au goût euxmêmes.

Notre expérience du timbre et des mélanges d'odeurs ou de goûts nous met ici en garde : nous n'allons pas d'em-

(i) Naturellement, il est aussi clair pour le sens commun que pour l'observation psychologique que ces distinctions sont souvent indiquées en termes visuels : nous voyons qu'une chose est humide, lourde ou mouvante. Ce qui est en question c'est la sensation des objets qui sont effectivement en contact avec la peau.

blée considérer l'humide et le sec, le rugueux et le poli, comme les qualités dernières de la sensation tactile. Au lieu d'examiner en détail la liste des qualités tactiles vulgaires, nous pouvons commencer par éclaircir la confusion inhérente à la notion populaire de toucher, confusion entre les sensations qui proviennent de la peau et celles qui proviennent des tissus sous-jacents. Prenez une plume sur la table, ou donnez une poussée à votre bibliothèque tournante, ou essayez d'ouvrir une fenêtre que la pluie a fait gonfler ; dans chaque cas, vous pourrez constater que les sensations de la peau se mêlent avec des sensations internes. Le vulgaire attribuera ce tout complexe au sens du toucher ; le psychologue distinguera deux groupes de sensations différentes qu'il lui faudra attribuer à des sens séparés.

Supposez cependant que les sensations sous-cutanées soient éliminées : une question se pose encore : la peau est-elle le siège d'un seul ou de plusieurs sens ? Et l'introspection est favorable à la seconde alternative. Il n'y a aucune ressemblance par exemple entre la dureté polie et le froid d'un morceau de glace, entre la rugosité friable et la chaleur d'une tartine de pain qu'on vient de griller ; nous pouvons en toute sécurité distinguer le sens du toucher et le sens de la température. Il n'y a pas non plus de ressemblance, si nous y réfléchissons, entre le toucher et la douleur. Ces deux espèces de sensations se distinguent aussi bien dans le temps que par la qualité : si nous plongeons la main dans de l'eau brûlante, si nous prenons une assiette trop chaude, nous sentons le contact d'abord, la douleur ensuite. Il semble donc qu'il faille encore distinguer le sens du toucher du sens de la douleur.

Pour dépasser ces constatations, il nous faut recourir à l'expérimentation. Il faut explorer la surface de la peau avec soin, minutieusement, avec toutes sortes de stimuli mécaniques, thermiques, électriques, chimiques, puis décrire et classer les sensations produites. On a déjà fait beaucoup de recherches de ce genre, et la psychologie de

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