‹ Manuel de psychologieChapitre 49 sur 142 · LA PEAU ET SES SESS · texte numérisé non relu

LA PEAU ET SES SESS

la peau, encore mal établie dans certains détails, s'affirme cependant sur une base solide.

Tout d'abord, on a trouvé que la surface de la peau n'a pas une sensibilité uniforme. On ne peut obtenir des sensations que sur certains points définis ; le reste de la surface est insensible. Les points ont une position fixe et réagissent toujours de la même façon au même stimulus. Ils indiquent sans nul doute la présence d'organes sensoriels séparés dans la surface de la peau. En second lieu, on a trouvé que ces points sont de quatre sortes : ils nous donnent les sensations de pression, de chaud, de froid et de piqûre. En d'autres termes, il y a quatre sens cutanés : le sens de la pression ou du toucher au sens étroit, le sens de la chaleur, celui du froid, et celui de la douleur. Nous allons les examiner tour à tour.

Ce qu'on appelle d'ordinaire le sens du toucher nous apparaît comme extrêmement complexe : c'est un mélange de sensations qui proviennent de quatre sens cutanés et d'un certain nombre de sens sous-cutanés. Il s'ensuit naturellement que les termes du langage courant qui désignent des qualités tactiles n'ont pas de valeur pour le psychologue : nous avons des mots comme : pression, contact, piqûre (d'épingle : prick, ■ — d'insecte : sting), douleur (aiguë et courte : Smart, forte et continue : ache) et nous devons tâcher de nous en servir dans un but scientifique. Mais le choix n'est pas facile et le même terme peut avoir des sens différents selon les différents livres. C'est pourquoi il est utile de vérifier par des observations effectives les descriptions qu'on va lire dans les paragraphes suivants : les instruments nécessaires sont très simples, et leur manipulation est des plus faciles. Le terme particulier vaudra alors pour un fait d'expérience donné, pour une impression particulière : les analyses de sensations cutanées complexes seront des analyses de sensations concrètes et réelles, et non pas des mots vides de sens ; et d'un autre côté, il sera possible de suivre, grâce à l'introspection, les comptes-rendus donnés par des auteurs qui n'emploient pas la même terminologie.

§ 39. Le sens de la pression. — Si, avec la pointe d'un

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crayon, vous effleurez un des poils qui sont disséminés au hasard sur le dos de la main, vous obtenez une sensation faible, mais d'une qualité bien nette, qui a quelque chose du chatouillement, mais qui, malgré sa ténuité, a cependant une voluminosité définie. Cette sensation, que nous pouvons appeler celle de contact, est physiologiquement une faible sensation de pression. Partout où la peau est couverte de poils (c'est-à-dire à peu près sur les 95 /100 de la surface cutanée totale), les bulbes pilaires sont les organes du sens de la pression.

On peut étudier les sensations de pression d'une façon systématique au moyen du crin de cheval que montre la fig. 20. Regardez un poil du dos de votre main : vous notez

Fig. 20. — Pointe de crin de cheval pour explorer la surface cutanée. Un morceau de crin d'environ i cm.de long est fixé avee de la cire à cacheter au bout d'une allumette.

sa direction oblique par rapport à la surface de la peau. Juste au-dessus du bulbe, et du côté opposé à la direction du poil, se trouve un point de pression que vous trouverez aisément après quelques essais avec le crin de cheval. En appliquant le crin de cheval sur ce point, et en variant la pression, vous pouvez provoquer des sensations de pression à différents degrés d'intensité. Vous obtenez tout d'abord la sensation nette et fine comme un fil (« wiry ») dont nous avons parlé plus haut. A mesure qu'augmente la pression, la sensation devi nt plus lourde, plus solide, tantôt il y a en elle quelque chose d'élastique et de tremblotant ; tantôt elle apparaît simplement comme la pression compacte d'un petit cylindre. Enfin, à des degrés plus élevés d'intensité, la sensation devient granulaire : il semble que vous pressez sur un petit grain dur enchâssé

LE SENS DE LA. PRESSION l£5

dans la substance même de la peau. Cette sensation granulaire est souvent teintée d'une légère souiïrance due à ce qu'une sensation de douleur vient s'ajouter à la sensation tactile : parfois elle est accompagnée d'une sensation sourde et diffuse qui provient des tissus sous-jacents. Mais la sensation peut aussi apparaître comme une pression pure et simple.

Si l'on explore avec le crin de cheval les régions glabres de la peau, on trouvera des points de pression qui donnent les mêmes sensations que les bulbes pilaires. Les organes de la pression se trouvent alors dans des structures très voisines, connues sous le nom de corpuscules de Meissner.

Ces organes peuvent être excités soit par des pressions qui viennent de l'extérieur, lorsqu'on tire ou qu'on refoule la peau, soit par la peau elle-même, selon qu'elle se plisse ou se tend. Ils réagissent en somme à tout changement marqué du degré local de pression, que ce changement soit positif ou négatif, c'est-àdire que la pression augmente ou diminue. Mais ils ne donnent pas tous de la même façon la série graduée de sensations que nous venons de décrire. Ils sont pour ainsi dire accordés à des intensités différentes de stimuli, de sorte qu'une pression qui provoque ici la sensation granulaire, ne produit sur un autre point que la sensation faible et nette de contact. Mais il n'y a pas d'autres distinctions à faire dans la nature de leurs réponses : toutes les sensations de pression appartiennent à cette seule série.

Les points de pression se trouvent en pratique sur la surface entière de la peau, mais leur distribution varie selon les différentes régions. En moyenne, il y en a à peu près 25 par centimètre carré ; mais ce nombre peut descendre par exemple à 7 sur le haut du bras, et peut monter jusqu'à 300 sur la peau du crâne.

L'adaptation à la sensation de pression est un fait d'expérience quotidienne. Tant que nous restons assis, immobiles, c'est à peine si nous avons conscience du contact de nos vêtements, et l'homme qui cherche ses lunettes

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alors qu'il les a remontées sur son front est un sujet classique de caricature. Nous ne remarquons pas habituellement les images consécutives positives de pression, car notre attention se porte plutôt sur l'objet qui provoque la sensation que sur la sensation elle-même. Elles peuvent pourtant être intenses et de longue durée : la déformation de la peau persiste un certain temps après qu'on a enlevé le stimulus, et cet effet consécutif du stimulus se traduit par une persistance de la sensation.

Au premier abord, il paraît à peine croyable que les organes terminaux de la pression ne soient pas différenciés pour recevoir les différentes espèces de stimuli. Quand nous pensons à la riche variété de notre expérience tactile, et quand nous nous rappelons en outre que le même stimulus, appliqué à différentes parties de la peau, a des effets nettement différents, nous sommes amenés presque fatalement à croire à l'existence d'un certain nombre de sensations qualitativement distinctes. Néanmoins le verdict de l'expérimentation est ici décisif, et il est décisif à peu près dans le même sens que pour le goût. Et d'autre part, il ne faut pas perdre de vue les faits suivants : D'abord, les stimuli qui impressionnent habituellement la peau sont des stimuli étendus, qui excitent par suite tout un groupe d'organes de pression, diversement accordés, et la contexture même de la peau, la nature des tissus sous-jacents, varient de place en place. Aussi y a-t-il toutes les chances pour que, dans l'expérience quotidienne, il se produise des différences marquées dans l'intensité et le développement dans le temps des sensations de pression. De plus, les sensations que nous avons appelées contact, pression, pression granulaire, bien qu'elles soient provoquées par des intensités différentes d'un même stimulus, et que, à cet égard, elles soient d'ordinaire considérées comme les intensités différentes d'une même qualité, sont au moins aussi distinctes que le rouge et le noir, le jaune ou l'orangé : et si nous ne pouvons les appeler des qualités psychologiques, nous devons pourtant dire qu'elles rendent au toucher les mêmes services que la discrimination de qualités véritables rend aux autres sens. En second lieu, le plus grand nombre des stimuli ordinaires affectent des organes cutanés ou sous-cutanés autres que ceux

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