‹ Manuel de psychologieChapitre 53 sur 142 · LE SENS AMPULLAIRE · texte numérisé non relu

LE SENS AMPULLAIRE

lequel s'appuie un petit champ de cellules ciliées. Dans les taches cependant, les cils supportent une masse de fins cristaux de carbonate de chaux, l'otolithe ; dans les aigrettes ils se dressent librement comme les poils d'un pinceau, dans les cavités ampullaires. Les otolithes sont enveloppés d'une substance homogène, visqueuse, qui interpénètre et entoure également les cils des ampoules. La masse qui se meut dans les taches est par conséquent l'otolithe ; dans les aigrettes, c'est la structure agglutinée, en forme de pinceau, qui a reçu le nom de cupula.

L'étude des canaux semi- circulaires et du vestibule présente pour la psychologie une curieuse difficulté, qui est justement l'inverse de celle qui s'est présentée quand nous avons étudié la sensibilité des muscles, des tendons et des articulations. Nous avions alors un complexe embrouillé de sensations, et le problème consistait à les distribuer entre les organes terminaux disponibles. Ici au contraire nous avons des organes terminaux remarquablement développés, et nous ne pouvons leur attribuer avec certitude des groupes donnés de sensations. En outre, il est hors de doute que les fonctions du nerf vestibulaire sont, dans une large mesure, des fonctions réflexes ; grâce à ses connexions avec le cervelet il joue un rôle important dans le réglage de ce qu'on peut appeler le ton (lone) du système musculaire : les impulsions qui en proviennent tiennent les muscles en état, alors que lorsque les communications sont coupées, il se produit dans les muscles un effet atonique comparable à celui qui détermine la section des racines dorsales de la moelle. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les divers savants se fassent des idées très différentes sur l'importance kinesthésique des aigrettes et des taches. Les paragraphes suivants représentent pourtant la tendance générale de l'opinion psychologique.

§ 52. Le sens ampullaire. — Lorsqu'on tourne plusieurs fois de suite et rapidement sur les talons, et qu'on s'arrête ensuite, en fermant les yeux, on éprouve une sensation qu'on ne peut décrire que comme un tournoiement {swimming) dans la tête. Le sens de ce mouvement apparent est l'inverse du mouvement réellement effectué ; il a ainsi

|^$ LES SENS KINESTHÉSIQUES

toute l'apparence d'une image consécutive négative. Une fois qu'on a observé cette impression, on peut ensuite remarquer quand on commence à tourner, une sensation de tournoiement dont le sens est le même que celui du mouvement réel. On a alors la sensation d'un cercle qui tournerait dans la tête et le plan de ce cercle change en même temps que la position de la tête. Si, par exemple, on tourne, la tête penchée sur la poitrine, et si, brusquement, on relève la tête dans sa position normale, après s'être arrêté, le plan de tournoiement change aussi brusquement et d'horizontal devient vertical et transversal ; si on tourne, la tête inclinée sur l'épaule, et qu'on redresse la tête de la même façon, le plan, d'abord horizontal, devient sagittal. Cette sensation de tournoiement, dont on peut avoir conscience avec de l'entraînement à chaque mouvement rapide de la tête dans n'importe quelle direction, vient des crêtes des canaux semi-circulaires. Lorsque son intensité augmente, elle donne naissance à l'étourdissement et au vertige.

Voici un fait significatif : nous trouvons des canaux parfaitement constitués et joints à un limaçon très rudimentaire chez des animaux qui, comme les oiseaux et les poissons, ont à se tenir en équilibre dans le milieu environnant. Leur grandeur et la facilité avec laquelle on les atteint chez ces vertébrés inférieurs, rend les expériences aisées : on peut couper, boucher ou arracher les canaux sans causer d'autre dommage à l'organisme. Or.si on sectionne un seul canal chez un pigeon, par exemple, on remarque après l'opération un relâchement général de tout le système musculaire et en plus des troubles du mouvement dans le plan du canal lésé. D'un côté, l'oiseau semble plus faible : son vol est mou, ses pattes fléchissent ; de l'autre il est sujet à certains mouvements fatals. Si par exemple c'est le canal horizontal droit qu'on a coupé, le pigeon se met à balancer sa tête latéralement, de droite à gauche et vice versa, il tend également, lorsqu'il marche, à pencher à droite et à tourner en cercle, au lieu de s'avancer en droite ligne. Ces symptômes varient avec l'étendue et la place de la lésion. Lorsqu'on

Page 1