THÉORIE DU SENS AMPULLAIRE
a opéré un seul côté, il peut se produire une guérison complète ; si les deux séries de canaux ont été enlevées, la faiblesse musculaire peut aboutir à une atrophie musculaire générale, et la confusion atteint tous les mouvements coordonnés.
Ainsi, il est clair que les canaux servent à régler le ton du système musculaire. Mais il semble également évident qu'ils ont des relations spéciales avec les mouvements de la tête. Les lésions qui les atteignent, non seulement suppriment les impulsions toniques, mais de plus, donnent naissance à des impulsions anormales qui provoquent des mouvements inaccoutumés. Comme la fonction tonique, cette fonction dynamique peut être purement réflexe. Cependant, elle est probablement accompagnée d'une sensation dont la qualité propre est perdue pour l'observation ordinaire, dans le complexe des sensations cutanées et kinesthésiques précédemment décrites.
La preuve de l'existence de cette sensation vient en partie des expériences faites sur des sujets humains normaux, et en partie des cas pathologiques. Les expériences sur la rotation, conduites dans des conditions bien déterminées, montrent le tournoiement et l'étourdissement dont nous avons parlé. On provoque des sensations semblables en faisant des injections dans l'oreille, ou en y faisant passer un courant électrique. D'autre part, on a constaté qu'environ la moitié des sourdsmuets de nos grandes institutions ne sont pas étourdis lorsqu'ils tournent sur eux-mêmes ; ils ne chancellent pas quand ils s'arrêtent de tourner, et ils ne présentent pas les mouvements spasmodiques de compensation qui chez les gens normaux sont un symptôme d'étourdissement. Or, l'autopsie montre que chez environ 50 0/0 des sourds- muets il y a lésion et dégénérescence, non seulement du limaçon, mais également de l'ensemble de l'oreille interne. Cette correspondance est un solide argument pour attribuer la sensation d'étourdissement aux canaux semicirculaircr.
§ 53. Théorie du sens ampuîlaire. — Les trois canaux semi- circulaires dont chaque oreille est pourvue sont disposés approximativement dans les trois dimensions de l'espace. Ils sont également disposés symétriquement dans les deux oreilles. Les canaux horizontaux sont dans le
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même plan horizontal, et ainsi il est évident que tout mouvement de la tête, quelle que soit sa direction, affectera les canaux. Si ce mouvement se produit dans un plan qui coïncide avec le plan d'un canal, ce canal seul subira une excitation ; dans tout autre cas, deux ou trois canaux seront affectés à différents degrés, d'après le principe du parallélogramme des forces.
Supposons, par exemple, que nous soyons soumis à une rotation dans le plan horizontal. Quand nous commençons à tourner, le liquide que contient le canal horizontal se met en mouvement plus lentement que le tube qui le contient ; la poussée du liquide (qui revient en arrière) exerce une pression sur la cupula, qui
Fig. a4. — Modèle de canal semi-circulaire (Exner).
excite les nerfs de la crête, et nous avons la sensation de tournoiement. Tant que dure la rotation, le liquide prend le mouvement du canal, et le cupula retrouve son équilibre. Lorsque nous nous arrêtons, le liquide continue son mouvement en avant, et fait fléchir le cupula dans la direction opposée : nous avons alors la sensation d'un tournoiement en sens inverse qui continue jusqu'à ce que l'organe ampullaire soit revenu à la position normale de repos. Le même phénomène se produit précisément quand nous tournons volontairement sur nos talons, et les mouvements dans les autres plans suscitent dans les autres canaux des excitations analogues.
La sensation ampullaire ressemble tout à fait, lorsqu'elle est
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peu intense, à la sensation de pression diffuse. Le sens du tournoiement n'est pas directement senti, mais inféré à la suite d'associations.
L'étourdissement est, d'ordinaire, le produit d'une situation très complexe. Lorsque nous avons tourné sur nos talons, et que nous nous sommes brusquement arrêtés, les sensations kinesthcsiques de nos membres sont disposées pour donner la perception d'une certaine position. D'un autre côté, le tournoiement de la tête et l'arrêt des viscères mous contre les parois du corps nous donnent la perception d'un mouvement en sens inverse ; enfin si nous avons les yeux ouverts, nous voyons les objets tourner dans la même direction que celle de notre mouvement initial. Il se produit alors une sorte de conflit entre trois perceptions différentes : les membres sont immobiles, le corps se meut dans un sens, et le monde extérieur dans un autre. Pour compliquer encore les choses, la nausée apparaît fréquemment.
Dans ces conditions, l'introspection est très difficile. Certains psychologues ont nié tout caractère sensoriel à l'étourdissement et le regardent comme la résultante de perceptions en conflit. Cependant, puisqu'il peut être provoqué par des excitations locales telles que le passage d'un courant électrique à travers l'oreille, il semble bien qu'il faille l'attribuer aux organes ampullaires. Bien plus, il n'y a pas à douter que la sensation dans la tête, que provoque un mouvement brusque ou le commencement d'une rotation, est dès le début celle d'un tournoiement, d'un léger étourdissement, si bien que l'étourdissement apparaît comme la qualité naturelle de ces sensations portée à un haut degré d'intensité.
§54. Le sens vestibulaire. — La fonction sensorielle des taches acoustiques est encore assez problématique. Il semble cependant qu'elles jouent un rôle dans nos perceptions de la position globale du corps et peut-être dans celles des mouvements rectilignes du corps dans l'espace, en particulier quand les perceptions se rapportent à la dimension verticale.
Nous pouvons remarquer que les écuyers de cirque qui tournent sur les manèges des foires, s'inclinent vers l'intérieur à mesure qu'augmente la vitesse de la rotation ; ils modifient leur équilibre, pour n'être pas projetés par la
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force centrifuge. Ceci est assez naturel ; mais ce qui est curieux c'est que, s'ils ferment les yeux, ces cavaliers ont l'impression de rester dans la même position verticale, et si on leur demande de tenir un bâton verticalement devant eux pendant qu'ils tournent, ils le tiennent obliquement ; c'est donc que la perception de la verticale a changé. De même nous pouvons observer que quand le corps est immergé dans Peau, comme lorsqu'on plonge, lorsqu'on nage sous l'eau, on reconnaît toujours avec certitude la direction du fond et celle de la surface. Aucun individu doué de sens normaux ne s'est jamais noyé pour avoir nagé vers le fond tout en croyant remonter à la surface.
Ces perceptions sont surtout remarquables quand on les compare avec le comportement des sourds-muets, à qui manque la sensation du vertige. Si nous faisons tourner un de ces sujets sur une piste, il ne saura pas s'adapter à une nouvelle verticale. Il se tiendra tout droit et il tiendra le bâton verticalement. Si on ne l'a pas attaché il sera projeté au dehors par la force centrifuge. Et il est dangereux pour les sourds-muets de se baigner en eau profonde, même s'ils savent nager, car, sitôt qu'ils sont sous l'eau, ils perdent la perception du haut et du bas, et risquent de se noyer en confondant les deux directions.
Il semble donc que nous ayons quelque source de perception dont les sourds-muets sont dépourvus, et il est naturel de la rechercher dans les organes vestibulaires. De nombreux psychologues croient que les taches nous fournissent des sensations de pression qui, dans des conditions favorables, peuvent être distinguées et séparées par l'introspection.
De plus, beaucoup d'entre nous ont pu remarquer que lorsqu'on repose dans un sleeping-car, ou qu'un ascenseur rapide vous transporte aux étages supérieurs d'un édifice élevé, il y a de i moments où toute perception du mouvement disparait. Naturellement il faut pour cela avoir les yeux fermés ; il ne faut pas de courants d'air, qui nous rappelleraient que nous noua déplaçons ; enfin le mouve-