THEORIE DU SENS VESTIBULAIHE I-Q
ment lui-même doit être doux et ininterrompu. Dans ces conditions, un mouvement du corps en avant ou en arrière, en haut ou en bas n'est pas perçu, tant que la vitesse du déplacement demeure la même. Mais que la vitesse change, que la voiture accélère ou ralentisse son mouvement, aussitôt nous reprenons conscience de notre déplacement dans l'espace.
Certains auteurs pensent que, toutes les fois qu'il y a accélération, positive ou négative, de la vitesse avec laquelle le corps est déplacé, les taches acoustiques entrent en action, tandis que, aussi longtemps que la vitesse reste uniforme, elles s'adaptent à ce mouvement, comme' les organes des ampoules s'adaptent à un mouvement uniforme de rotation. Si le mouvement s'effectue dans le plan horizontal, en avant, en arrière, à droite ou à gauche, les sensations vestibulaires sont d'ordinaire submergées par la masse des sensations de la peau, des muscles, des tendons et des articulations. Si, d'autre part, le mouvement s'effectue dans le sens vertical, comme lorsqu'on monte ou qu'on descend en ascenseur, lorsqu'on saute d'un endroit élevé, lorsqu'on fait du toboggan, ou qu'on se balance, les sensations se manifestent comme une pression ou une légèreté dans la tête. Comme les sensations ampullaires, elles sont souvent plus claires lorsqu'elles se présentent sous la forme d'images consécutives négatives : lorsque l'ascenseur qui monte vient à s'arrêter, nous éprouvons distinctement une sorte de pression dans la région des oreilles.
§5 5. Théorie du sens vestibulaire. — Les taches fonctionnent à peu près exactement comme les crêtes. Les otolithes, qui sont suspendus au-dessus des champs de cellules ciliées, correspondent au liquide des canaux. Lorsqu'on commence à se mouvoir, le mouvement des otolithes retarde sur celui de la structure qui les supporte. Inversement lorsqu'on s'arrête, leur mouvement continue et exerce une pression sur leur support. Les deux taches de chaque oreille sont situées de telle sorte que les lignes de
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déplacement des otolithes sont perpendiculaires l'une à l'autre. L'une est dirigée dans un plan horizontal, qui a une inclinaison d'environ 45° d'avant en arrière, l'autre dans un plan sagittal, qui a une inclinaison de même valeur d'arrière en avant. Aussi sont-elles affectées selon le principe du parallélogramme des forces par les mouvements qui s'effectuent dans n'importe quelle dimension spatiale.
Appliquée aux changements de perception de la verticale que l'on éprouve sur un manège, cette théorie signifie que la force centrifuge déplace vers le dehors les otolithes ; ils glissent dans la position qu'ils auraient naturellement si, le corps immobile, nous nous penchions en réalité, en dehors. La vraie verticale semble ainsi s'incliner vers le dehors, et notre effort pour la rétablir aboutit à un mouvement vers l'intérieur. Une explication semblable vaut aussi pour la perception de la direction sous l'eau. La pression ou la poussée des otolithes nous indique si nous avons la tête en haut ou en bas. La destruction ou l'atrophie de ces organes aboutirait alors à des insuffisances de perception que nous avons constatées chez les sourds-muets. Pouvons-nous faire appel au déplacement des otolithes pour la perception des accélérations de mouvement dans le plan horizontal ? Cela dépend du degré d'inertie qu'ils possèdent. Or, celle-ci n'étant pas connue, une hypothèse à ce sujet serait toute gratuite. Toutefois l'introspection ne nous donne pas sur cette fonction la certitude qu'elle semble nous donner dans le cas des mouvements rectilignes verticaux du corps.
Les otolithes tiennent une très grande place dans le règne animal, depuis la méduse jusqu'à l'homme. Leur fonction semble être dès le début, tonique et statique. On s'est aperçu qu'il était possible par exemple, de remplacer l'otolitha d'un crustacé, dont les organes de l'otocyste se renouvellent en même temps que la peau, par une masse de fine limaille de fer. Lorsqu'on approche de cet otolithe artificiel un électro-aimant et qu'on ferme le circuit, l'animal prend une position particulière qui est directement due à l'excitation de l'organe. D'autre part, le sac à otolithes est le précurseur de notre organe de l'ouïe, et on a beaucoup utilisé ce fait dans les théories qui
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cherchent à expliquer sa fonction. L'on a émis l'idée, par exemple, que les taches de nos propres oreilles donnent les sensations de bruit, et peut-être des tons aigus, stridents, et que les crêtes des ampoules nous donnent la perception de la direction d'où viennent les sons. Cette double hypothèse n'est rien moins que certaine. De plus on a découvert que les cils qui supportent les otolithes ont, au moins dans certaines espèces, une action sélective. Si des tons résonnent dans leur voisinage, certains cils restent immobiles, et d'autres, qui varient suivant les variations de l'excitation, se mettent à vibrer fortement. Dans le même ordre d'idées, les cils des antennes pennées du moustique mâle ne vibrent qu'aux notes dont la hauteur correspond au bourdonnement de l'insecte femelle. On a essayé, dans ces différents cas, de regarder l'organe vibratile comme un appareil auditif, et de conclure que les cris aigus, les bruits de râpe ou de tarière que produisent les insectes, sont entendus par les autres insectes de même espèce, tout comme par nousmêmes. On doit cependant se rappeler qu'une vibration sympathique est un mouvement purement mécanique : l'excitation envoyée par les cils en mouvement peut déclencher un réflexe, ou peut être sentie comme une vibration ou un tremblement. A vrai dire, les rapports étroits de l'organe otolithique et de l'organe du toucher rendent très probable l'opinion qui rapproche les sensations provenant de l'un et de l'autre. Même les poissons, chez qui le labyrinthe membraneux a commencé à se diviser en un vestibule et un limaçon, ne semblent pas avoir de sensations auditives, alors qu'ils sont extrêmement sensibles à la moindre agitation de l'eau dans laquelle ils nagent. Aussi, en gros, et avec toute la réserve à laquelle nous oblige, l'obscurité du sujet, nous pouvons dire que les véritables sensations auditives n'apparaissent qu'à un degré assez élevé dans la série des vertébrés.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES
§§ 51-55 : J. G. Me Kendrick, The internai Ear in Schâfer's, Text-Book, 1900, 1166 sq., 1194 sq.
W. Nagel, dans le Handbuch de Nagel III, 1905, 778 sq.
W. Wundt, Physiologische Psychologie, I, 1908, 440 sq. ; II, 1902, 475 sq.
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J. Lubbock, On the Sensés, Instincts and Intelligence of Animais, 1889, chap. IV, V.
R. M. Yerkes, The dancing Mouse, 1907, ch. Y. M. F. Washburn, The animal mind, 1908, ch. VI.
Autres sensations organiques
§ 56. La sensibilité des organes abdominaux. — Nous pouvons grouper sous le terme « viscérales » toutes les sensationes, sauf les sensations sexuelles, qui proviennent des organes internes du corps situés au-dessous du diaphragme. La connaissance certaine que nous avons de l'origine et de la nature de ces sensations, ainsi que du rôle qu'elles jouent dans l'éveil de la conscience, dérive de diverses sources : chirurgicale, physiologique, pathologique, ps3Tchologique. Elles ne nous donnent pas toutes les mêmes renseignements ; ceux-ci doivent se compléter les uns par les autres.
Prenons d'abord le témoignage du chirurgien. Les opérations des organes abdominaux sont maintenant assez, fréquents, et dans de nombreux cas, les anesthésiques employés n'affectent que la peau et les tissus conjonctifs sous-jacents. Dans ces conditions, on a découvert que l'estomac, les intestins, le foie, la vésicule biliaire, les reins, ainsi que leurs enveloppes et les tissus interstitiels, de même que la muqueuse du rectum, la paroi antérieure du vagin, l'utérus, les ovaires, les trompes de Fallope et la partie adjacente des grands ligaments, probablement aussi la partie des testicules qui est couverte par une membrane séreuse, sont également insensibles. On peut pincer, tirer, couper, piquer, brûler, refroidir ces organes, le patient ne s'aperçoit d'aucune de ces opérations. D'autre part, le péritoine externe ou pariétal qui tapisse les parois abdominales et pelviennes, les couches membraneuses et séreuses du diaphragme, la tunique du vagin, sont d'une extrême sensibilité ; le premier et le troisième tissus ne
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semblent sensibles qu'à la douleur, le deuxième l'est à la douleur et à la pression. Ainsi, du point de vue chirurgical, l'ensemble des sensations viscérales doit être attribué à ces trois tissus. La sensation de satiété, de l'estomac plein, viendrait d'une pression de bas en haut exercée sur le diaphragme, les douleurs de la colique seraient dues à la pression ou la poussée des intestins distendus sur le péritoine et ainsi de suite.
En gros, les résultats des expériences physiologiques directes s'accordent avec ces résultats. Néanmoins la physiologie semble accorder d'une main ce qu'elle reprend de l'autre. Nous apprenons, par exemple, qu'il y a d'ans la cavité abdominale assez de mécanismes sensoriels pour provoquer autant de sensations qu'on voudra. Nous devons aussi nous rappeler qu'il faut distinguer des stimuli adéquats et des stimuli inadéquats. Les incursions d'une opération chirurgicale ne sont pas naturelles ou normales pour l'organisme et il est tout-à-fait possible, du point de vue physiologique, d'admettre que les sensations peuvent se manifester dans des organes qui ne réagissent pas à une stimulation externe. En particulier nous nous rencontrons avec la loi de douleur réflexe. Chaque fois que deux régions, l'une peu sensible, l'autre très sensible, ont d'étroites connexions nerveuses, une lésion subie par la première est rapportée, comme sensation de douleur, à la seconde. Par suite, un trouble viscéral peut être senti localement comme une simple oppression, vague, tandis que l'aire cutanée qui lui correspond est le siège d'une douleur aiguë, incisive. En d'autres termes, la peau peut voler des sensations aux viscères, comme le goût en vole à l'odorat.
Si nous nous tournons vers la pathologie, nous y trouvons des faits aussi définis que ceux que nous présente la chirurgie, mais ces faits ont un caractère opposé. Il y a des cas d'anesthésie viscérale dans lesquels les malades ne peuvent dire s'ils ont assez mangé, mais sont obligés de mesurer la quantité de nourriture qu'ils doivent absorber ; dans lesquels ils ne sentent pas le besoin de débarrasser la
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vessie ou les intestins. Dans ces cas, ce n'est pas seulement l'appétit, la nausée, la répugnance à la nourriture, la sensation de vigueur renouvelée par le sommeil, qui sont perdues, mais également des sentiments et des perceptions. L'affectivité peut avoir disparu entièrement : les malades sont alors apathiques, incapables d'éprouver soit toutes les émotions, soit du moins la plupart d'entre elles ; les côtés agréables et désagréables de la vie mentale se sont en même temps évanouis pour eux. Nous reviendrons à ces phénomènes au § 74. Ce qui nous importe ici davantage, c'est la perte de certaines perceptions ; ainsi les malades n'ont plus connaissance de la fuite du temps ; le jour, ils dépendent uniquement de l'horloge, et lorsqu'ils se réveillent le matin, ils n'ont pas conscience d'avoir dormi. En un mot donc, si nous faisons confiance à la pathologie, il nous faut croire à l'existence de sensations viscérales assez variées qui servent de matériaux bruts à certains processus perceptifs complexes.
Toutes ces différences peuvent être conciliées (conciliation encore vague et générale) si l'on fait appel à la psychologie. Le caractère le plus frappant des sensations viscérales est leur retour périodique. La plupart du temps, nous ne savons absolument rien, lorsque nous sommes en bonne santé, sur l'état de nos organes abdominaux ; l'introspection des sensations viscérales est impossible, parce qu'il n'y a pas de sensations à étudier introspectivement. Mais, pendant quelques instants, à des intervalles assez bien définis, elles envahissent la conscience ; c'est alors la faim et la satiété, la soif et sa satisfaction, et les impressions caractéristiques qui précèdent, accompagnent et suivent l'urination et la défécation. C'est évidemment ce caractère de récurrence qui les rend propres à jouer un rôle dans la perception. De plus cette périodicité prouve que ces sensations ne s'éveillent que dans des circonstances particulières à l'occasion de certains changements dans !es organes. Comme les opérations chirurgicales ne reproduisent pas ces conditions et n'amènent point ces
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changements, il ne faut pas s'étonner que les organes restent insensibles au scapel et au cautère. Les résultats négatifs de la chirurgie sont assurément des faits, mais ils sont du point de vue psychologique des faits qui ne prouvent rien. On doit en dire de morne des résultats de l'expérimentation physiologique. Le physiologiste affirme que l'estomac est insensible à la température ; lorsque nous buvons un liquide très chaud ou glacé, nous ressentons au plus une lourdeur vague dans l'estomac, cependant que la chaleur ou le froid est rapporté par l'introspection aux parois du corps. Mais il pourrait y avoir là une loi de sensations réflexes de température, comme il y a une loi' de douleur réflexe. Et en tout cas, nous n'avons pas de preuves que l'estomac soit tout à fait insensible, lorsqu'il est excité d'une façon appropriée, et par un stimulus adéquat.
Donc, en gros, nous pouvons dire que le péritoine externe est probablement responsable des douleurs de coliques ; que le diaphragme fournit à la fois des sensations musculaires et douloureuses, et qu'il y a, en outre, d'autres sensations particulières au tube digestif, qui sont provoquées par des stimuli spéciaux, à des intervalles de temps réguliers. Il nous faut maintenant examiner ces sensations plus en détail.
Nous distinguons dans le langage ordinaire une foule de douleurs différentes : ainsi nous parlons de mal à la tête, aux dents, à l'estomac, à l'oreille ; de douleurs de rhumatismes, de sciatique, de goutte, de névralgie, d'angine, d'enfantement ; et, plus généralement, nous distinguons des douleurs sourdes, aiguës, fines, massives, lancinantes, persistantes, des saccades douloureuses, des souffrances qui rongent, des douleurs incisives, pénétrantes, explosives, des coups de poignard, des douleurs déchirantes, cuisantes, des douleurs de brûlure, d'ébouillantement et d'arrachement. C'est encore une question débattue que de savoir si la douleur, dans ces expressions, est comme le mot couleur un terme général qui désigne des qualités sensibles diverses ou si, comme le mot froid, c'est un terme qui désigne
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une seule et même qualité. En somme, il semble nécessaire de distinguer en dernière analyse deux sensations de douleur : une douleur fine et vive, une autre pesante et sourde (§ 41). Maistoutes les autres différences semblent pouvoir se réduire à des différences d'intensité, de diffusion et de durée ou de périodicité. Ainsi une douleur en coup de poignard (stabbing pain) est une douleur qui affecte une surface limitée, nettement localisée et qui atteint brusquement un haut degré d'intensité ; une douteur pénétrante (boring pain) oscille entre certaines limites d'insensité ; une douleur déchirante (racking pain) s'élève progreslivement jusqu'à son maximum pour diminuer ensuite et ainsi de suite.
§ 57. Les sensations des systèmes digestif et urinaire. — La soif est localisée dans le voile du palais. Elle apparaît comme une pression diffuse ou comme un mélange de pression et de chaleur, de sécheresse et de fièvre. On peut la calmer un moment en enduisant le voile du palais d'acide ou en se rinçant la bouche avec de l'eau, ou même en mouillant la peau de la figure et du cou, c'est-à-dire à l'aide de stimuli qui rafraîchissent et humectent les tissus et déclenchent l'action des glandes salivaires. Mais la sensation revient vite, et nous avons, comme dit Helmholtz, l'impression générale d'un manque d'eau dans l'organisme. Toutefois la sensation est encore localisée surtout dans le voile du palais. Lorsqu'elle a ce caractère, elle peut être apaisée par une injection de liquide intra-veineuse. Peut-être pouvons-nous supposer qu'un manque de lymphe dans les espaces lymphatiques de la muqueuse qui tapisse le voile du palais détermine alentour un relâchement de la membrane qui sert à exciter les organes de Pacini et les organes semblables. Comme le tube digestif est la voie normale qui apporte de l'eau à l'organisme, il est tout naturel qu'un organe régulateur d'une sensibilité spéciale soit situé à son entrée.
Immédiatement après, si nous descendons dans le tube digestif, nous trouvons cette forte sensation de pression qui se produit lorsque nous avalons trop vite une trop