IQ2 AUTRES SENSATIONS ORGANIQUES
Un grand nombre d'autorités semblent regarder les sensations de l'orgasme chez les deux sexes comme distinctes et uniques. Il est toutefois aussi difficile dans ce cas que dans celui de la faim et de la nausée de dire si nous sommes en présence d'une qualité nouvelle, ou s'il s'agit d'une résultante spécifique de l'activité musculaire et glandulaire. Puisque les sensations peuvent subsister après l'ablation des testicules et des ovaires, c'est cette seconde hypothèse qui paraît la plus probable.
L'analepsie sexuelle est surtout faite de sensations musculaires. C'est un état général soit de légèreté et de soulagement, soit de lassitude et de faiblesse, très semblable à ce qui suit l'urination ou la défécation ; et nous pouvons supposer que c'est cette ressemblance qui a donné naissance à la théorie qui voit dans l'excitation sexuelle un besoin d'évacuation.
Les sensations qui accompagnent la menstruation et l'accouchement se ramènent à des sensations de pression musculaire, de douleur et de tension et parfois de nausées. On n'y trouve, non plus que dans les états de soulagement qui suivent, aucune qualité nouvelle.
LECTURES COMPLÉMENTAIRES
§§ 56-59 : C. S. Sherrington, Common Sensation, dans le Text-Book de Schàfer, II, 1900, 965 sq.; H. Ellis, S tudies in the Psychology of Sex, IV, 1903, 1, sq. (Analysis of the sexual impulse) ; E. Meumann, Zur Frage der Sensibilitàt der inneren Organe, dans : Archiç fur die gesammte Psychologie, IX, 1907, 26 sq.
§ 56 : Une discussion récente a montré clairement que l'effet d'une anesthésie locale est plus étendu que ne le supposaient d'abord les chirurgiens, de sorte que certains arguments sur lesquels s'appuyaient les conclusions de ce paragraphe ont perdu leur valeur. Les témoignages ne sont pas actuellement d'accord, et les divergences ne peuvent être attribuées avec certitude à des différences individuelles de sensibilité ou à des différences dans la technique opératoire. Le lecteur peut consulter E. Bêcher, Ueber die Sensibilitàt der inneren Organe, dans Zeits
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/. Psych., XLIX, 1908, 341 sq. ; Einige Bemerkungen Uber die Sensibilitàt der inneren Organe, dans Arch. f. d. ges. Psych. XV, 1909, 356 sq. ; E. Meumann, Weiteres zur Frage d. Sensibilitàt d. inneren Organe u. d. Bedeuliing d. Organempfindungen, ibid., XIV, 1909, 279 sq.
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SYNESTHÉSIE
§ 60. Synesthésie. — Tout stimulus sensoriel d'intensité moyenne fait naître une réaction qui se propage largement. On a démontré par exemple que l'émission d'une seule note d'harmonium n'entraînera pas seulement un ajustement des organes de l'ouïe, mais évoquera également des associations visuelles, verbales et autres d'une vividité et d'une complexité extrêmes, en même temps que des dispositions organiques et des attitudes de différentes sortes. Un tel résultat n'est que naturel si l'on pense aux multiples connexions qui existent à l'intérieur du système nerveux. Mais il peut surprendre ceux qui sont habitués à considérer seulement les effets locaux d'une excitation.
En dehors de ces perturbations générales de l'organisme, il arrive souvent qu'un stimulus produit, outre la sensation qui lui est propre, une sensation secondaire ou concomitante. Les phénomènes de synesthésie, comme on les appelle, affectent la série entière des sensations, et sont de natures extrêmement variées. Parfois ils semblent ne dépendre que d'un caractère purement individuel de constitution nerveuse, comme lorsqu'un goût acide provoque une démangeaison du cuir chevelu ; parfois, ils sont communs à un grand nombre de personnes : la plupart d'entre nous frissonnent et grincent des dents en entendant le crissement de la craie sur un tableau noir, ou le son d'une scie sur le métal, qui nous écorche les oreilles. La connexion peut s'établir entre des modalités sensorielles distinctes, comme les sensations auditives et visuelles, ou entre différentes parties d'une même modalité : ainsi, une démangeaison du nez apparaît souvent en même
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temps que des picotements en arrière du cou, du même côté, et l'évacuation de la vessie ou du rectum s'accompagne d'un frisson musculaire. Dans certains cas, la concomitance est stable, dans d'autres, elle est éminemment variable ; elle est tantôt restreinte, comme si elle était due au hasard, tantôt systématique et s'étendant à une série entière de sensations.
La forme la plus courante de la synesthésie systématique, connue sous le nom d'audition colorée est aussi fréquente que la cécité chromatique partielle. Voici en quoi elle consiste : tout stimulus auditif, bruit, ton ou son complexe, peut éveiller une image visuelle de lumière ou de couleur. On ne peut établir de régies générales, car les associations varient avec les personnes et, dans une certaine mesure, peuvent varier aussi pour une même personne selon les différents moments. Cependant, deux types ont été distingués : chez les uns, la connexion est directe, le son évoque l'image visuelle sans intermédiaire ; chez les autres, elle est indirecte et se produit par l'intermédiaire de sensations organiques.
Le cas suivant peut être cité à titre d'exemple : « Les voyelles de la langue anglaise m' apparaissent toujours quand j'y pense, comme possédant certaines couleurs. Les consonnes, prises en elles-mêmes, sont d'un noir pourpre, mais quand je pense à un mot entier,la couleur des consonnes tend vers celle des voyelles Par exemple, dans le mot luesday, quand je pense à chaque lettre séparément, les consonnes m'apparaissent d'un noir pourpré ; u est gorge-de-pigeon clair ; e vert émeraude pâle ; a jaune ; mais quand je pense à l'ensemble du mot, la première partie me semble vert- gris, la seconde jaune. Chaque mot est un tout distinct. J'ai toujours associé les mêmes couleurs aux mêmes lettres, et aucun effort n'est capable de modifier la couleur d'une lettre pour l'attribuer à une autre (1) ».
Dans quelques cas, peu nombreux, des couleurs accompagnent
(1) Passage d'une lettre citée par F. Galton, Inquirles into human factilty and its development, 1883, 149.
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les sensations gustatives et olfactives. Le salé, par exemple, parait rouge terne à un observateur ; l'amer, brun, l'acide, vert ou bleu- vert ; le doux, bleu clair et brillant. Des couleurs accompagnent une douleur, une pression ou une température ont été aussi notées : ainsi, l'immersion des mains dans l'eau froide peut évoquer du rouge vif.
Les couleurs ainsi éveillées par synesthésie ne suivent pas, dans l'association, la ligne de ce que nous supposerions être celle de la moindre résistance. Il est curieux de voir par exemple que, pour certains « le mot « rouge » revêt une teinte vert-clair, tandis que le mot « jaune » est vert-clair au début, et rouge à la fin. » Et tandis que l'observateur que nous citions tout à l'heure voit le goût de la viande rouge ou brun, et celui des bananes jaune, celui du pain de Graham {graham-bread) lui apparaît comme un beau rouge vif, et toutes les crèmes glacées, excepté celle au chocolat et au café, qui sont brunes parce qu'elles renferment un élément amer, lui apparaissent comme bleues.
La vision tonale (tonal vision), qui est juste l'inverse de l'audition colorée, ne paraît pas exister. Certains faits de ce genre, sans évoqués par des couleurs, ont cependant été notés incidemment : dans un cas, tous les bleus, clairs ou sombres, font entendre des tons graves et sourds, et tous les jaunes des tons plus ou moins aigus et retentissants. On a reconnu également l'existence de « phonismes », de douleur, de pression et de température. Récemment, on a découvert un cas d'audition gustative, ou plutôt gustativo-tactile ; le son du mot « intelligence » par exemple, provoque un goût analogue à celui de la tomate crue, et celui du mot « intérêt » le goût de la tomate cuite.
Il est clair qu'on ne peut pas expliquer l'audition colorée comme on explique le frisson causé par un bruit suraigu ou déchirant. Les couleurs se présentent à la conscience. Elles sont, comme nous l'avons dit, des images, non des sensations provenant d'excitations périphériques. Néanmoins plusieurs faits évidents montrent qu'elles appartiennent au domaine de la sensation plutôt qu'à celui des associations d'idées. D'abord la concomitance de l'image colorée et du son est dans beaucoup de cas, bien trop précise et persistante pour pouvoir être attribuée à l'association au sens ordinaire de ce mot. Il est impossible que ces