‹ Manuel de psychologieChapitre 63 sur 142 · LA MESURE MENTALE 2O · texte numérisé non relu

LA MESURE MENTALE 2O

teur du bruit ; il est pratiquement difficile de maintenir constante une qualité de bruit même lorsque la série des intensités qu'exige le travail de laboratoire est relativement courte. De même, la qualité de ce que nous avons appelé « odeurs résultantes » (§32) demeure rarement stable sur une large étendue de l'échelle des intensités. Il semble que les stimuli composants se comportent différemment ; que leur faculté de se faire sentir augmente ou diminue aux différentes intensités ; mais dans un domaine si mal connu il est hasardeux de risquer une explication.

§ 63. La mesure mentale. — Le problème psychologique de l'intensité de la sensation est lié historiquement à une question beaucoup plus vaste, celle de la possibilité même d'une mesure mentale. Chaque science s'efforce d'établir ses faits et de formuler ses lois aussi précisément que possible, c'est-à-dire en termes quantitatifs, en valeurs mesurées. Ainsi, il ne suffit pas de dire que la pesanteur est une force exercée par la terre sur toute particule de matière ; il ne suffit même pas d'ajouter que cette force est proportionnelle à la masse du corps matériel, mais indépendante de la matière particulière qui constitue ce corps ; le physicien va plus loin, et mesure la force de la pesanteur en termes d'accélération. La physique et la chimie sont d'un bout à l'autre des sciences quantitatives ou sciences de mesure. La biologie, elle aussi, s'essaie à la mesure : le biologiste moderne mesure l'étendue des variations que présentent les membres d'une espèce, donne aux facteurs qui déterminent l'hérédité une expression numérique, et ainsi de suite. La psychologie doit se proposer le même résultat. Il y a des faits mentaux et il y a des lois mentales : ces faits, ces lois peuvent-ils recevoir une expression quantitative ? Pouvons-nous mesurer l'esprit ? Or la question de la possibilité de mesure mentale a surtout été étudiée, nous l'avons dit, par rapport à l'intensité de la sensation. C'est donc de ce point de vue qu'il convient de la traiter. Nous nous demanderons ce que signifie la mesure ; nous nous demanderons dans quel sens et dans quelles limites

2o8 l'intensité de la sensation

la mesure peut être appliquée à la psychologie ; et nous chercherons nos exemples dans l'étude de l'intensité sensorielle, telle qu'elle a été définie dans le paragraphe précédent. Chaque fois que nous mesurons dans n'importe quelle branche de la science, nous comparons une grandeur donnée à quelque unité conventionnelle de même espèce et nous cherchons combien de fois l'unité est contenue dans la grandeur en question. Lorsque nous disons par exemple qu'une certaine ligne a cinq centimètres de long, nous voulons dire par là que nous avons comparé cette ligne avec l'unité conventionnelle de longueur, le centimètre, et que nous avons trouvé qu'elle contient cinq fois cette unité. Toute mesure implique donc trois termes donnés : les deux points qui limitent la grandeur à mesurer (commencement et fin, haut et bas, extrême-droite et extrême-gauche, zéro et maximum) et un troisième point séparé d'un des deux points limites par la valeur d'une unité de distance. Les intensités de sensation, nous l'avons vu, se situent le long d'une droite qui s'étend d'un point zéro à un point d'intensité maximum. Voilà donc une grandeur avec deux points limites. Pour mesurer l'intensité sensorielle (l'intensité de sensation de lumière, de ton ou de bruit, de pression, de goût ou d'odeur), nous avons d'abord à fixer ces deux points, d'une façon définie et exacte, et, en second lieu, à déterminer l'unité de mesure intensive, la subdivision type de la ligne totale.

Il importe de bien réaliser que l'unité de mesure est toujours conventionnelle ; son choix est simplement affaire de commodité pratique. Les savants conviennent généralement aujourd'hui que l'unité d'espace physique doit être le centimètre, l'unité de temps la seconde, l'unité de masse le gramme. Ces unités n'ont cependant rien d'absolu. Le système métrique rend les calculs faciles,et reliée d'une façon très simple les trois quantités fondamentales ; mais c'est là son seul titre, d'ailleurs suffisant, à être accepté.

Et de même que l'unité de mesure est conventionnelle, et que le pas ou l'empan, l'once ou la livre, nous donneront des

Page 1